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Saad Hariri reçu à l'Elysée par Emmanuel Macron : "Il y avait une percée diplomatique possible et elle a été réussie"

Karim Emile Bitar, professeur de relations internationales, a décrypté sur franceinfo samedi la venue du Premier ministre démissionnaire libanais Saad Hariri en France.

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Radio France
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Des affiches de soutien au Premier ministre libanais démissionnaire, Saad Hariri, à Beyrouth, on peut lire en arabe "Nous sommes tous avec toi". (WAEL HAMZEH / EPA)

Le Premier ministre démissionnaire libanais Saad Hariri, qui n'est pas rentré au Liban depuis sa démission surprise il y a deux semaines, est reçu samedi à l'Elysée par Emmanuel Macron"La France est attachée à la stabilité du Liban. Il y avait une percée diplomatique possible et elle a été réussie", analyse sur franceinfo, Karim Emile Bitar, professeur de relations internationales à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, directeur de recherches à l’IRIS. Selon lui, "la France pourrait inciter les Saoudiens à se montrer plus mesurés, pour permettre à Saad Hariri de renégocier un retour à la tête du gouvernement".

franceinfo : Quel rôle diplomatique la France peut-elle jouer dans la crise libanaise ?

Karim Emile Bitar : La France a d'excellentes relations avec l'Arabie saoudite depuis une quinzaine d'années, des relations aussi bien économiques que politiques. La France est par ailleurs attachée à la stabilité du Liban. Elle ne souhaite pas que le Liban se retrouve déstabilisé par cette guerre des axes régionaux. Il y avait une percée diplomatique possible et elle a été réussie. La France souhaite montrer qu'elle n'est pas uniquement spectatrice face à ces crises régionales qui sont en train de déstabiliser plusieurs pays du Moyen-Orient. Elle est relativement bien acceptée parce qu'elle a des relations avec la plupart des partis libanais y compris le Hezbollah. Les Iraniens commencent à trouver que la France est un peu trop alignée sur l'Arabie saoudite, mais en faisant quelques signaux d'ouverture vers Téhéran, Emmanuel Macron pourrait véritablement jouer un rôle de médiateur entre ces deux pays à l'échelle régionale, à un moment où aux Etats-Unis on a une impulsivité du président [américain] qui est à 100 % derrière les Saoudiens.

Que la France reçoive Saad Hariri ne doit pas réjouir Téhéran qui ne doit pas voir cette rencontre d'un bon œil ?

Absolument, il y a une animosité qui remonte aux années 80. Cela dit, après la signature de l'accord nucléaire, on a de grandes entreprises françaises qui ont commencé à faire des affaires à Téhéran. Au-delà de cette affaire Saad Hariri, la France est certainement mieux placée que les Etats-Unis pour discuter ne serait-ce qu'indirectement avec les Iraniens. Et puis, il devrait y avoir un rééquilibrage dans les mois qui viennent. Emmanuel Macron n'est peut-être pas aussi en phase avec les intérêts saoudiens que ne l'était son prédécesseur. Il essaye de rééquilibrer quelque peu la diplomatie française et cette affaire libanaise pourrait lui permettre d'avoir un levier important, car même les adversaires de Saad Hariri au Liban ont bien accueilli cette initiative française.

Quelle peut être la teneur des entretiens entre Saad Hariri et Emmanuel Macron samedi à l'Elysée ?

Saad Hariri vient d'annoncer qu'il allait rentrer dans quelques jours [mercredi] au Liban. Emmanuel Macron voudra probablement savoir quelles sont les prochaines étapes prévues. Saad Hariri va-t-il être déterminé à continuer dans a voie de la démission ou bien pourrait-il revenir sur cette démission ? Ça dépendra en grande partie de la politique intérieure saoudienne qui vient d'être véritablement chamboulée par les ambitions de Mohamad ben Salmane [prince héritier saoudien]. La France pourrait éventuellement inciter les Saoudiens à se montrer un peu plus mesurés, pour permettre à Saad Hariri de renégocier un retour à la tête du gouvernement, en acceptant que le Hezbollah fasse de petites concessions notamment sur le Yémen. Tout le monde espère que Saad Hariri reviendra rapidement à Beyrouth. Cela dit, quand bien même il serait sur le territoire libanais, il continuera d'être dépendant de l'influence saoudienne. Il ne pourra pas sortir de l'orbite géostratégique saoudienne car il a beaucoup d'intérêts là-bas et la communauté sunnite libanaise est historiquement très liée à l'Arabie Saoudite.

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