"On ne veut même pas les mettre en prison, qu'ils dégagent !" : après l'explosion, la colère des Libanais face à une classe politique jugée corrompue

L'explosion survenue mardi sur le port de Beyrouth a mis en lumière la colère des Libanais face au manque d'État et à une classe dirigeante vue comme corrompue et incompétente. Le rassemblement, prévu samedi à Beyrouth pour rendre hommage aux victimes, devrait aussi leur permettre d'exprimer leur ras-le-bol. 

Article rédigé par
Nathanaël Charbonnier - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Le désarroi des Beyrouthins, jeudi 6 août. (NATHANAËL CHARBONNIER / RADIO FRANCE)

"On est en pleine crise et le mec fait de l’argent" déplore un restaurateur après un début de bagarre près de son commerce dans le centre-ville de Beyrouth. La raison de la confrontation : une simple coupure d'électricité. Il faut savoir que l'homme doit payer deux fois pour être alimenté, une fois la compagnie d’électricité mais aussi 700 dollars tous les mois à un acteur privé qui gère un groupe électrogène. 

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Quatre jours après l'explosion sur le port qui a coûté la vie à plus de 150 personnes, cette colère est surtout tournée contre les autorités. "C’est vraiment une honte, ils sont toujours là, qu’ils démissionnent, qu’ils partent !" s'emporte une femme. Ses mots sont destinés aux hommes politiques libanais qu’elle rend responsables de l’explosion du port mais aussi de la crise dans laquelle s’enfonce le pays depuis des mois. "Ce sont des massacreurs !  On ne veut même pas les mettre en prison, qu’ils partent, qu’ils dégagent. Ils ont tous d’autres nationalités, qu’ils partent d’ici", demande-t-elle. 

Une reconstruction sans l'aide des politiques

La colère c’est aussi celle de cette femme dont le magasin a été en partie détruit par la détonation. Alors que le nettoyage n’est pas terminé, elle se projette déjà dans la reconstruction. Une reconstruction qu’elle envisage de faire seule, c'est à dire sans l’aide des politiques. 

Sûrement pas, ils sont pourris, ils sont juste bons pour la poubelle. Tu vois cette poubelle là-bas ? Ils ne valent pas plus que ça.

Une commerçante de Beyrouth

à franceinfo

Sa colère, elle l'explique "parce que ça traîne depuis trop longtemps. Ce n'est pas juste à cause de ce qui s’est passé, là c’est l’apogée, le couronnement de toute la pourriture. Toute la pourriture nous a explosé au visage", explique-t-elle, ajoutant que "c’est pour ça que les jeunes, les moins jeunes, tout le monde, il faut bien qu’ils réfléchissent avant de choisir quand il y aura les prochaines élections. Parce qu’après tout c’est les gens qui les ont choisis, qui les ont élus, ils ne sont pas là par hasard".

Le clientélisme la corruption l’état inexistant et incapable, ces mots sifflent quand on se trouve dans le cœur de Beyrouth. Ils ne sont pas connus de tous car tout le monde connaît la situation du pays, mais la nouveauté, depuis mardi soir jour de l’explosion, c'est qu'ils sont devenus tout simplement inacceptables.

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