Explosions de Beyrouth : "Ce que beaucoup de Libanais demandent, c'est un gouvernement indépendant pour gérer la crise économique et humanitaire"

Selon Nadim Houry, directeur exécutif du groupe de réflexion Arab Reform Initiative, le peuple libanais redoute que l'aide humanitaire envoyée notamment par la France ne soit "détournée par la classe politique".

Des bénévoles oeuvrent à la reconstruction du quartier de Gemayzeh à Beyrouth, le 6 août 2020.
Des bénévoles oeuvrent à la reconstruction du quartier de Gemayzeh à Beyrouth, le 6 août 2020. (ANWAR AMRO / AFP)

Emmanuel Macron a prévenu lors de son déplacement à Beyrouth jeudi 6 août : le Liban doit recevoir une aide financière pour se relever de la double explosion qui a frappé la capitale mardi, mais "à condition de réformes". Pour Nadim Houry, directeur exécutif de l’Initiative arabe de réforme (Arab Reform Initiative), le pays aspire, plus largement, à un changement de système politique : "Ce que beaucoup de Libanais demandent, c'est qu'il y ait un gouvernement indépendant avec un mandat de deux-trois ans pour gérer la situation et la crise économique et humanitaire et préparer des élections", a-t-il expliqué. Il espère que la France pourra "jouer un rôle constructif" dans cette transformation.

franceinfo : Qu'est-ce qui manque au Liban aujourd'hui ?

Nadim Houry : Un changement radical de système politique et de classe politique. Ce qui est intéressant, c'est que la société libanaise a eu un sursaut l'année passée, ils veulent changer de système.

Ils [les dirigeants libanais] ont déjà apauvri le Liban et leur incompétence a causé la destruction d'une grande partie de la capitale donc on sent la colère à Beyrouth.Nadim Houryà franceinfo

Ce que beaucoup de Libanais demandent, c'est qu'il y ait un gouvernement indépendant avec un mandat de deux-trois ans pour gérer la situation et la crise économique et humanitaire et préparer des élections.

C'est l'incompétence des précédents gouvernements qui a ammené à cette explosion de mardi soir ?

C'est sûr. Comment peut-on expliquer que dans un pays on laisse 2 750 tonnes de nitrate d'ammonium, un explosif dont tout le monde savait le danger - et les responsables libanais sécuritaires et du port savaient très bien -  pendant sept ans ? C'est quand même incroyable. Aucune mesure de sécurité n'a été prise. La plus grande mauvaise décision c'était de garder ces presque 3 000 tonnes de nitrate d'ammonium sans aucune mesure de précaution. Le problème n'est pas dans les personnages. Ce que les Libanais demandent, c'est un gouvernement indépendant, qui va avoir une tâche claire, de mettre fin à la corruption, parce qu'aujourd'hui les Libanais ont peur que cette aide humanitaire passe par le gouvernement, qu'ils voient comme mauvais gestionnaire. Le Premier ministre Hassane Diab a perdu la confiance des Libanais et Libanaises.

Une aide internationale a déjà été actée mais des doutes persistaient sur la façon dont cet argent allait être utilisé, est-ce que là le contexte a changé ?

Il va falloir distinguer entre l'aide d'urgence humanitaire, parce qu'aujourd'hui le Liban a un besoin humanitaire énorme et là il va falloir bouger très très vite et puis il y a la question principale qui est l'aide "de cèdre" pour faire les réformes nécessaires pour relancer l'économie.

Pour l'aide humanitaire, il ne faut pas attendre, mais il faut des garde-fous par contre pour s'assurer que cette aide ne soit pas détournée par la classe politique.Nadim Houryà franceinfo

Et il faut insister par contre sur le fait qu'il faut qu'il y ait les réformes que le Liban a promises et qu'il n'a jamais faites. Il faut que ces réformes prennent place, c'est ce que les Libanais et la communauté internationale veulent. Les seuls qui ne veulent pas, c'est la classe politique, on va savoir combien ils ont volé. La France a des relations privilégiées avec le Liban. J'espère que la France peut jouer un rôle constructif dans les revendications très légitimes du peuple libanais de voir un vrai changement de système.