Guerre entre Israël et le Hamas : les habitants de Gaza peuvent-ils vraiment fuir les bombardements israéliens, comme le demande Benyamin Nétanyahou ?

Le Premier ministre israélien a appelé les habitants de la bande de Gaza à évacuer leur territoire, mais de nombreux Palestiniens soulignent qu'ils n'ont nulle part où aller pour se protéger des frappes.
Article rédigé par Marion Bothorel
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min
Des Palestiniens fuient la ville de Gaza, le 10 octobre 2023, après de nouvelles frappes israéliennes en représailles à l'attaque menée par le Hamas dans l'Etat hébreu, trois jours plus tôt. (MAJDI FATHI / NURPHOTO / AFP)

"Partez maintenant car nous allons opérer puissamment partout." Quelques heures après l'attaque du Hamas contre Israël, les Gazaouis ont été avertis, dimanche, par le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou : ils doivent quitter immédiatement la bande de Gaza sous peine d'être touchés par des bombardements. Le déluge de feu déclenché, depuis, par la contre-offensive israélienne a fait au moins 900 morts côté palestinien, selon les autorités locales. La dernière salve de frappes nocturnes menées par Israël a fait une trentaine de morts et des centaines de blessés à Gaza, dans la nuit du mardi 10 au mercredi 11 octobre.

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Mais aucune solution d'évacuation n'émerge pour les plus de 2 millions de Palestiniens actuellement coupés du monde dans cette enclave de Gaza, assiégée par l'armée israélienne. Avertis quartier par quartier des bombardements à venir, certains habitants disent ne pas savoir où se réfugier.

Près de 264 000 Palestiniens déplacés dans la bande de Gaza

L'Organisation des Nations unies (ONU) a déclaré, mercredi, que près de 264 000 personnes avaient été contraintes de fuir leur domicile dans la bande de Gaza. Le territoire est pilonné par l'armée israélienne, depuis que le Hamas a mené une attaque surprise samedi, faisant plus de 1 200 morts du côté israélien. Reprenant des chiffres des autorités palestiniennes, le Bureau de coordination des affaires humanitaires (Ocha) de l'ONU a fait état de plus de 1 000 logements détruits à Gaza et de 560 rendus inhabitables par des frappes. De plus, avec le "siège" instauré par l'armée israélienne, aucune nourriture ni médicament n'entre sur ce territoire palestinien, où les coupures d'eau et d'électricité sont fréquentes.

"La réalité, c'est que personne n'est en sécurité à Gaza en ce moment", explique Louis Baudoin-Laarman, porte-parole de Médecins sans frontières. "Avec les bombardements, les mouvements sont compliqués." Les dernières frappes israéliennes, dans la nuit de mardi à mercredi, ont touché des dizaines d'immeubles d'habitation, des usines, des mosquées ainsi que des magasins, a déclaré Salama Marouf, le chef du bureau des médias du gouvernement du Hamas.

De fait, les Gazaouis ne semblent pas savoir où se mettre à l'abri. "On voit des personnes qui portent des sacs et qui marchent, sans savoir où aller. Si vous leur demandez, ils vous diront qu'ils ne savent pas où ils vont", témoigne Sami*, journaliste à Gaza, auprès de franceinfo. Les Palestiniens "reçoivent un SMS au milieu de la nuit pour leur demander d'évacuer leurs maisons", confie Léo Cans, chef de mission de Médecins sans frontières pour la Palestine. "En cinq minutes (...) ils se retrouvent dans la rue, au milieu de la nuit, sous une pluie de bombes, ils ne savent pas où aller et c'est un vrai problème."

Des milliers de Gazaouis cloîtrés dans des écoles, des églises, des hôpitaux

Poussés hors de chez eux par ces frappes, le plus souvent en pleine nuit, les Palestiniens déplacés ont trouvé refuge où ils le pouvaient dans ce territoire dense de 365 km2. Les 88 écoles gérées par l'UNRWA, l'agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, ont très vite été identifiées comme des lieux de mise à l'abri, rapporte The Times of Israël. Dans son dernier bilan, l'ONU affirme que près de 175 500 déplacés gazaouis s'y sont réfugiés. "Les chiffres augmentent à mesure que les frappes aériennes se poursuivent. Les gens se réfugient désormais dans nos centres de santé alors que les écoles atteignent leur pleine capacité", a encore précisé l'UNRWA.

"Les conditions de vie y sont difficiles, La totalité de nos [88] écoles ne sont pas toutes des abris d'urgence désignés et ne sont donc pas préparées à accueillir des personnes déplacées", a alerté l'agence, dont certains bâtiments ont été bombardés. Directrice de la communication de l'UNRWA, Juliette Touma a déclaré à franceinfo mardi que ces écoles étaient déjà "saturées".

Plus de 14 500 déplacés palestiniens ont également trouvé refuge dans 12 écoles publiques, selon l'Ocha. Ce bureau de l'ONU estime aussi que près de 74 000 personnes se sont abritées chez des proches, des voisins ou encore dans des églises. "Sur le bord de mer à Gaza, des hôtels privés sont vides. Beaucoup de personnes s'y sont rendues en demandant s'ils pouvaient rester ici", témoigne Sami. Ce journaliste gazaoui assure que ces hôtels ont ensuite été visés par des raids israéliens et que ces déplacés ont dû fuir à nouveau. "Des gardiens [leur] ont ouvert les jardins autour des hôpitaux", décrit encore Sami.

Des déplacés espèrent une réouverture de la frontière avec l'Egypte, en vain pour le moment

Acculés d'un côté par l'armée israélienne, les Gazaouis font face à la mer Méditerranée de l'autre. Pour quitter la bande de Gaza, la seule issue qui ne soit pas contrôlée par Israël reste le poste-frontière de Rafah, qui sépare ce territoire contrôlé par le Hamas de l'Egypte. 

Or, selon l'organisation égyptienne Sinaï for Human Rights et un journaliste de l'AFP présent sur place, ce poste-frontière a été bombardé à trois reprises lundi et mardi, stoppant le passage de familles palestiniennes de Gaza à l'Egypte. "Les équipes palestiniennes du poste-frontière de Rafah ont été prévenues par la partie égyptienne d'un risque de bombardement", a rapporté mardi le ministère de l'Intérieur de Gaza, sans que l'armée israélienne puisse confirmer ces raids. 

L'ONG affirme également sur le réseau social X que cette frappe "a provoqué une nouvelle fermeture du point de passage" et le renvoi des Palestiniens vers Gaza, sans confirmation pour l'heure de la part des autorités égyptiennes. L'ambassadrice d'Israël au Caire écrit, sur X, que l'Etat hébreu "n'a aucune intention concernant le Sinaï et n'a pas demandé aux Palestiniens de s'y installer". "Israël est attaché au traité de paix avec l'Egypte, dans lequel les frontières entre les deux pays ont été clairement définies", martèle Amira Oron. Pour l'heure, les Palestiniens ne semblent donc pas pouvoir se réfugier en Egypte. 

L'OMS et l'UE appellent à la création d'un corridor humanitaire pour évacuer les Gazaouis

Alors que l'ONU s'attend à un nombre croissant de déplacés, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a demandé mardi l'ouverture d'un couloir humanitaire vers la bande de Gaza. Ce corridor est "nécessaire pour acheminer les fournitures médicales essentielles aux populations", a déclaré un porte-parole de l'OMS depuis Genève. Le chef de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui se trouvait au Caire, lundi, a abordé ce sujet avec le chef d'Etat égyptien, Abdel Fattah al-Sissi.

Un corridor humanitaire est une solution permettant l'évacuation des civils. L'Union européenne (UE) s'est réunie, mardi soir, sur le sujet et s'est opposée au blocus total de Gaza. A l'issue de cette réunion, le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell, a annoncé que les 27 Etats membres s'étaient prononcés pour l'ouverture d'un corridor humanitaire afin de permettre l'évacuation vers l'Egypte des Palestiniens fuyant les frappes.

*Le prénom a été changé. 

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