Élections en Israël : les colonies de la vallée du Jourdain au cœur des dernières heures de la campagne

Le Premier ministre Benyamin Nétanyahou a promis d'annexer l'ensemble des colonies juives dans la vallée du Jourdain en cas de victoire. Des terres déjà fortement contrôlées. 

Vue aérienne de la vallée du Jourdain, le 12 septembre 2019.
Vue aérienne de la vallée du Jourdain, le 12 septembre 2019. (JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

Au sud de la vallée du Jourdain, à Al-Auja, une petite source jaillit au milieu d’un terrain désert. Elle est contrôlée par les colons israéliens, regrette Hamza Zbeidat de l’ONG palestinienne Maan. "Les Israéliens ont construit ici trois ou quatre turbines, explique-t-il, et ils pompent l’eau pour les colonies et les avant-postes de la région. A droite, il y a une zone asséchée, ce sont les Palestiniens qui n’ont pas d’eau, à gauche on voit des arbres et du vert… ce sont les colons qui contrôlent les sources d'eau."  

Al-Auja est une des localités de la vallée du Jourdain, une région qui représente près d’un tiers de la Cisjordanie occupée. Le Premier ministre a promis d’y annexer les colonies en cas de victoire. Dans la dernière ligne droite de la campagne, avant l’élection de mardi 17 septembre, Benyamin Nétanyahou fait tout pour capter le vote des colons et des plus extrémistes. Dimanche 15 septembre, il a donné son feu vert à la légalisation de la colonie sauvage de Mevoot Yericho, pour en faire une "colonie officielle".

Al-Auja est à quelques kilomètres de Mevoot Yericho. L'eau est contrôlée, tout comme les terres et les axes routiers. Une grande partie de la vallée du Jourdain est sous le contrôle d’Israël depuis 1967 et cette annexion est déjà une réalité, insiste Hamza : "C’est déjà annexé, l’Autorité Palestinienne ne peut rien faire dans une grande partie de la vallée du Jourdain, près de 90% des terres sont en zone C, c’est à dire sous le contrôle direct de l’armée et des colons".

Dans cette zone, 9 000 Bédouins vivent dans des campements de fortune, comme Halima qui craint d’être expulsée. "Où est-ce qu’on ira ? demande-t-elle. Il n’y a nulle part où aller. Je vis ici depuis quarante ans et on va me dire de partir mais où est-ce que je vais aller ?" 

Une région fertile bientôt militarisée

L’Etat hébreu n’a jamais caché son intention de faire de cette région fertile et stratégique une frontière militarisée. A la tête du conseil local des 8 000 israéliens répartis dans une trentaine de colonies agricoles de la vallée, David Elhayani y croit dur comme fer : "La vallée du Jourdain doit être placée sous souveraineté israélienne c’est une question de sécurité", soutient-il. 

Pour Yoram Ginsburg, urbaniste israélien, cette militarisation ne serait qu’une première étape : "C’est la partie la plus importante, c’est le cœur du judaïsme. Et quand je fais un plan, ça veut dire que c’est à moi, ça veut dire que je ferai tout ce qui me semble bien, et pas ce qui est bien pour Macron ou l’Union Européenne. Pourquoi? Parce que je me fous de ce qu’ils pensent" soutient l'urbaniste qui planche depuis des années sur un plan d’annexion de toute la Cisjordanie.

Plusieurs pays européens, dont la France, se disent "très préoccupés" par la promesse électorale de Benyamin Netanyahou qui met en danger une solution de paix à deux Etats.

Les terres colonisées de la vallée du Jourdain en passe d'être annexées. Un reportage de Marine Vlahovic
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