Conflit israélo-palestinien : "Les pénuries vont nécessairement s'aggraver", craint le Comité international de la Croix Rouge

Le risque de pénurie "peut aller très vite, d'autant plus que la population gazaouie est quand même très vulnérable et depuis très, très longtemps", a estimé sur franceinfo Frédéric Joli, porte-parole du Comité international de la Croix Rouge.

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Des Palestiniens transportent un survivant sous les décombres d'un bâtiment, après qu'il ait été frappé par des frappes israéliennes, dans la ville de Gaza, le 16 mai 2021. (MOHAMMED ABED / AFP)

Alors que les affrontements au Proche-Orient entrent dans leur deuxième semaine, le porte-parole du Comité international de la Croix Rouge s'inquiète, lundi 17 mai sur franceinfo, des difficultés que rencontrent ses équipes sur place pour apporter de l'aide humanitaire aux habitants de Gaza. "La situation est loin d'être satisfaisante", déplore Frédéric Joli, en prévoyant que "les pénuries vont nécessairement s'aggraver, compte tenu des destructions."

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franceinfo : Est-il possible de faire entrer de l'aide humanitaire à Gaza ?

Frédéric Joli : La situation est très compliquée, d'une part à cause de la violence qui continue, des destructions, et puis effectivement de toute la difficulté qu'il y a de mettre en place ce qui existait déjà de façon assez sporadiques, à savoir des sortes de pipelines humanitaires qui permettraient de pouvoir approvisionner les moyens de secours. Pour autant, le CICR sur place fait ce qu'il peut avec d'autres ONGs humanitaires, utilisant au maximum ses stocks à destination des infrastructures sanitaires. On livre ce qu'on appelle des "kits blessés" – qui permettent de traite une cinquantaine de polytraumatisés, de blessés de guerre, par kit – que ce soit à l'hôpital Al-Shifa, que ce soit au soutien du Croissant rouge palestinien. Nous livrons aussi des sacs mortuaires et soutenons les ambulances du Croissant rouge palestinien pour les évacuations sanitaires. La situation est loin d'être satisfaisante car, au-delà de la dimension du temps du Samu, du secours d'urgence, on voit que les pénuries vont nécessairement s'aggraver, compte tenu des destructions, que ce soit l'approvisionnement en eau potable, l'évacuation des eaux usées donc des problèmes sanitaires, et l'approvisionnement en électricité et en pétrole.

"Ces pénuries vont affecter un peu plus une population qui est déjà extrêmement vulnérable dans son quotidien et qui, depuis une semaine, doit faire face à des problèmes de plus en plus graves."

Frédéric Joli, porte-parole du Comité international de la Croix Rouge

à franceinfo

Le risque de pénurie est-il imminent ?

Il peut aller très vite, d'autant plus que la population gazaouie est quand même très vulnérable et depuis très, très longtemps. Le CICR sur place fait ce qu'il peut avec les moyens dont il dispose. Il est aussi en contact avec toutes les parties, tous ceux qui ont la responsabilité de la violence. La diplomatie essaie de s'organiser – ce sont vraiment les États, c'est la diplomatie, qui va régler ce problème-là, ce ne sont pas les humanitaires – mais en attendant, il faut que les principes les plus élémentaires de droit humanitaire, que sont la protection des civils en tout temps, la proportion à l'attaque, ou encore le principe de précaution, c'est-à-dire prendre toutes les précautions possibles quand on bombarde dans des zones peuplées, tout ça, il faut aussi le rappeler et ça doit faire partie des négociations politiques aujourd'hui.

Les équipes du CICR sur place craignent-elles de travailler sous les bombes ?

Je crois que le risque est réel, malheureusement on ne le voit pas que dans ce contexte-là. On le voit dans énormément de contextes aujourd'hui où la mission médicale est de moins en moins respectée. On l'a vu au Yémen, en Afghanistan, etc. Bien évidemment que protéger le personnel médical, ne pas s'attaquer à lui simplement parce qu'il ne fait pas partie du conflit et qu'il est là pour sauver des gens qui ne font plus partie du conflit parce qu'ils sont blessés est un souci du quotidien. Si ce risque perdure, ça va aussi limiter les déplacements, ça va poser des tas de problèmes, et le temps est l'ennemi lorsque vous avez des blessés lourds à traiter.

"Il faut que les parties mettent tout en œuvre pour que la mission médicale soit respectée."

Frédéric Joli, porte-parole du Comité international de la Croix Rouge

à franceinfo

[Le bombardement des hôpitaux] fait partie de ce qu'interdit le droit international humanitaire. Mais c'est aussi toute la problématique des gens qui sont peut-être ensevelis sous les ruines, c'est la problématique des gens qui n'ont plus de logement et qui donc ce soir se posent la question de savoir où ils vont dormir, ce qu'ils vont manger, de quoi va être le quotidien le plus immédiat dans les jours qui viennent. La hantise est assez globale dès lors qu'on essaie d'appréhender toutes les victimes de ces violences. Il ne s'agit pas de renvoyer dos à dos les deux parties. Notre préoccupation, nous, CICR, en tant qu'intermédiaire neutre, c'est de travailler des deux côtés et de mettre tout en œuvre, face à cette asymétrie des conséquences, pour essayer de soulager au maximum la population gazaouie.

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