Affaire Khashoggi : "propos inacceptables", "jeu politique"... La passe d'armes entre Jean-Yves Le Drian et la Turquie en trois actes

Le président turc a affirmé avoir partagé des informations avec Paris sur le meurtre de l'éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi. Mais Jean-Yves Le Drian a répondu lundi matin ne pas avoir "connaissance" de ces preuves, ce qui a agacé Ankara.

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, le 10 novembre 2018, lors de la cérémonie de commémoration du 11 novembre 1918.
Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, le 10 novembre 2018, lors de la cérémonie de commémoration du 11 novembre 1918. (AFP)

"Pour l'instant, je n'ai pas connaissance." Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, affirme, lundi 12 novembre, ne pas disposer d'informations transmises par la Turquie sur le meurtre à Istanbul début octobre de l'éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi. Jean-Yves Le Drian répondait ainsi au président turc. Mais cette réponse n'a pas été jugée satisfaisante par Ankara. Franceinfo revient en trois actes sur ce vif échange avec la Turquie.

1 Le président turc assure avoir partagé des enregistrements sur le meurtre de Khashoggi

Tout commence samedi 10 novembre, lorsque le président turc, Recep Tayyip Erdogan, évoque l'existence d'enregistrements du meurtre de Jamal Khashoggi. "Nous avons donné les enregistrements, nous les avons donnés à l'Arabie saoudite, nous les avons donnés à Washington, aux Allemands, aux Français, aux Anglais", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse télévisée. La présidence turque a ensuite précisé que les enregistrements ont été écoutés, mais qu'aucun document écrit n'a été partagé. "Ils ont écouté les conversations qui ont eu lieu ici, ils savent", a-t-il poursuivi.

Plus d'un mois après sa mort, le corps de Jamal Khashoggi n'a toujours pas été retrouvé. Cet éditorialiste saoudien critique du pouvoir à Ryad, qui écrivait notamment pour le Washington Post, a été tué le 2 octobre au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, où il s'était rendu pour effectuer des démarches administratives. Après avoir d'abord fermement nié son meurtre, les autorités saoudiennes ont fini par affirmer que le journaliste avait été tué au cours d'une opération "non autorisée" par Riyad.

2Jean-Yves Le Drian dit qu'il "n'a pas connaissance" de ces informations

Invité des "4 Vérités" sur France 2 lundi matin, et interrogé sur ce point, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a affirmé "ne pas avoir connaissance" d'informations turques sur le meurtre de Jamal Khashoggi. "Si le président turc a des informations à nous donner, il faut qu'il nous les donne", ajoute-t-il.

Interrogé sur l'éventualité d'un mensonge du président turc sur ce point, le chef de la diplomatie française a juste observé que ce dernier avait "un jeu politique particulier dans cette circonstance". "La vérité n'est pas au rendez-vous, le compte n'y est pas", a estimé Jean-Yves Le Drian, à propos des circonstances de cet assassinat. Et de conclure : "Notre position, c'est la vérité – les circonstances, les coupables – et ensuite nous prendrons les sanctions nécessaires."

3La Turquie dénonce des propos qui "ne reflètent pas la réalité"

Les insinuations du ministre de la Défensefrançais ne passent pas en Turquie. "Nous jugeons inacceptable qu'il accuse le président Erdogan de 'jouer un jeu politique'", a estimé dans la foulée le directeur de la communication de la présidence turque, Fahrettin Altun. "Les dernières remarques du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur la manière dont la Turquie gère le meurtre de Jamal Khashoggi ne reflètent pas la réalité", ajoute-t-il.

"Je confirme que des preuves liées au meurtre de Khashoggi ont également été partagées avec les institutions concernées du gouvernement français. Le 24 octobre, un représentant des services de renseignement français a écouté l'enregistrement audio" et a eu accès à "des informations détaillées", affirme Fahrettin Altun. "S'il y a un problème de communication entre les différentes institutions au sein du gouvernement français, il appartient aux autorités françaises et non à la Turquie de régler ce problème", lâche-t-il.