Famille recluse aux Pays-Bas : le père battait ses enfants pour chasser les "mauvais esprits"

Les enfants de cette famille avaient été découverts en octobre dernier reclus dans une ferme isolée.

Une image prise par un drone de la ferme où vivaient reclus une famille de sept personnes, à Ruinerwold (Pays-Bas) le 30 octobre 2019.
Une image prise par un drone de la ferme où vivaient reclus une famille de sept personnes, à Ruinerwold (Pays-Bas) le 30 octobre 2019. (WILBERT BIJZITTER / ANP)

Le père voulait préserver ses enfants de "l'impureté" du monde. Lors de la première audience dans l'affaire de la famille recluse aux Pays-Bas, mardi 21 janvier, le parquet a présenté ses conclusions avant l'ouverture du procès contre deux suspects, dont le père des six enfants qui vivaient isolés dans une ferme. En octobre dernier, une famille a été découverte à l'intérieur d'une ferme isolée où elle vivait recluse depuis neuf ans.

Le père de famille battait ses enfants et les maltraitait pour chasser les "mauvais esprits" et les préserver de "l'impureté" du monde extérieur, a déclaré le parquet devant un tribunal néerlandais. Le père, identifié par les médias comme Gerrit Jan van D., 67 ans, a "séparé les plus jeunes enfants du monde extérieur dès la naissance. Personne ne connaissait leur existence. Ils n'étaient pas non plus inscrits à l'état civil et n'existaient donc pas réellement", a poursuivi le ministère public. Beaucoup de questions subsistent autour de cette étrange affaire qui s'est déroulée dans une localité où personne ne semblait connaître les occupants de la ferme, ni même avoir été au courant de leur présence.

Soupçons d'agressions sexuelles et d'atteinte à la liberté d'autrui

Gerrit Jan van D., arrêté mi-octobre, n'était pas présent à l'audience pour des raisons de santé. Il faisait autrefois partie d'une secte. Il est accusé par le parquet d'avoir privé les enfants de leur liberté, de les avoir "frappé, leur avoir donné des coups de pied et les avoir privés de manger et de boire". Cette maltraitance représentait pour les enfants une "serrure figurative sur la porte", estime l'accusation. "Aucune serrure matérielle n'est requise comme preuve de privation illégale de liberté ou de prise d'otages", a-t-elle ajouté. L'homme est également soupçonné d'avoir agressé sexuellement deux de ses trois enfants, les plus âgés, qui ont quitté le domicile familial et n'ont pas vécu dans la ferme. Il est par ailleurs soupçonné de blanchiment d'argent.

Le deuxième suspect est le locataire de la ferme, Josef B., un citoyen autrichien de 58 ans. Il avait été arrêté quelques jours avant le père, et est également soupçonné d'atteinte à la liberté d'autrui. "J'ai l'impression que c'est une chasse aux sorcières", a déclaré mardi Josef B. devant le tribunal, cité par l'agence de presse néerlandaise ANP. "J'ai la conscience tranquille (...) Je n'ai privé personne de sa liberté", a-t-il affirmé. A l'issue de cette audience, le juge décidera du maintien en détention des suspects, en attendant la tenue du procès.