Coupe du monde 2022 : en Argentine, le football mène souvent à la politique

De la rivalité entre deux clubs mythiques de Bueno Aires à la finale du Mondial en 1978, parfois la politique n'est pas loin du terrain. Chaque jour, dans le monde est foot, Jean-Marc Four donne un coup de projecteur sur les liens entre politique et ballon rond

Article rédigé par
Jean-Marc Four - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Le dictateur argentin Jorge Rafael Videla remet la Coupe du monde à l'équipe argentine, victorieuse du Pays-Bas, le 26 juin 1978. (ACTUALITES SUISSES)

Les Pays-Bas et l'Argentine s'affrontent vendredi 9 décembre en quart de finale de la Coupe du monde de football au Qatar. Une affiche familière puisque c'est la sixième fois, depuis 1974 que les deux pays se retrouvent dans cette compétition. Il y a eu des moments sportifs éblouissants comme ce but de Berkgkamp en 1998, également en quart de finale. Et un moment très politique lors de la finale de la compétition en 1978, en Argentine. Les Albicélestes s’étaient imposés 3-1 après prolongations. L'attaquant argentin Mario Kempes en marqué deux buts et l'ailier droit Daniel Bertoni en a inscrit un. 

Une finale politique en 1978

Cette finale était très politique car l'Argentine était dirigée par une impitoyable junte militaire. Le pouvoir en place avait instrumentalisé la Coupe du Monde pour effectuer une énorme opération de propagande, pour conforter son emprise sur le pays. L’image du dictateur Jorge Rafael Videla levant les bras au ciel à la fin du match est restée marquée dans la mémoire des Argentins.

Cette finale s’était déroulée au stade Monumental, à quelques rues à peine du pire lieu de torture de la dictature, la tristement célèbre École de Mécanique de la Marine. Les détenus qui s’y trouvaient au moment de la compétition et qui ont survécu ont raconté après coup qu’ils entendaient la clameur des buts. Daniel Bertoni, l’un des buteurs de la finale, dira "nous avons aidé la dictature à rester au pouvoir plus longtemps".

Boca Junior-River Plate, sans doute le plus grand classico au monde

Cette finale a été l'occasion pour la dictature de l'époque de s'offrir un énorme coup de pub parce que le football en Argentine, c’est une religion. C’est même dangereux tellement la passion est forte. Et la passion atteint son paroxysme lors des classico. Deux clubs de Buenos Aires nourrissent une rivalité depuis 120 ans : Boca Junior et River Plate. Les rouges et blancs contre les jaunes et bleus. 72 titres de champion à eux deux : 35 pour Boca, 37 pour River.

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Il s'agissait au départ d'une rivalité sociale : Boca, quartier pauvre et populaire au sud de la ville, avec son stade inouï : la Bombonera. River, quartier bourgeois et riches, situé à une quinzaine de kilomètres plus au nord, où les footballeurs jouent au stade Monumental, celui de la finale de 1978. Chaque clubs a ses emblèmes : Maradona et Riquelme pour Boca, Francescoli pour River.

Aujourd’hui, Boca est devenu un quartier "plus bobo". Mais les surnoms sont restés : les habitants du quartier Boca surnomment ceux qui quartier River "les millionnaires", les habitants du quartier River surnomment ceux du quartier Boca  "les Bosteros", c'est-à-dire ceux qui puent. Cette rivalité entre les deux clubs n'a jamais cessé depuis 1913. Des affrontements entre supporters avaient éclaté cette année-là. En 1931, avec une bagarre générale a eu lieu y compris sur le terrain. En 2010, les supporters de Boca ont lancé des torches sur ceux de River, etc.

En Argentine, il faut choisir : on est River, ou Boca

La particularité, c’est que tout le pays prend position dans cette rivalité. 80% des Argentins ont une préférence, pour l’un ou pour l’autre. Le jour des matches Boca- River, tout s’arrête de la Patagonie au Sud aux Andes au Nord. Et en Argentine, la politique n’est jamais loin du football, la preuve : Maurizio Macri, qui a dirigé Boca pendant 12 ans, a fini président de l’Argentine quelques années plus tard.

Aujourd'hui, tous les joueurs de la sélection argentine jouent en Europe. Tous sauf un, l’un des gardiens qui joue à River. Mais ils sont quand même 9 à venir de l’un des deux clubs. Mais il est évidemment impossible d’être passé de l’un à l’autre. 

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