Gaza : «La plus grande prison à ciel ouvert du monde»

La guerre menée par Israël dans le territoire de Gaza met en lumière l’histoire compliquée de cette bande de terre, qui fait partie des territoires occupés par Israël en 1967. En 2005, le gouvernement israélien s’est retiré de ce territoire mais en contrôle toujours les frontières terrestres et maritimes ainsi que l’espace aérien, et une partie de l’espace maritime.

Bombardements israéliens sur la ville de Gaza, le 29 juillet 2014.
Bombardements israéliens sur la ville de Gaza, le 29 juillet 2014. (ASHRAF AMRA / AFP)
Une bande de terre intensément peuplée
D'une largeur de 6 à 12 kilomètres et d'une superficie de 360 km², le territoire appelé «bande de Gaza» est entouré au nord, à l'est et au sud-est par l’Etat d’Israël, et au sud-ouest par l’Egypte. Vers le nord-ouest, la bande de Gaza est bordée par la Méditerranée. Cette étroite bande de terre est souvent considérée comme l’un des terrritoires les plus densément peuplés au monde. La bande de Gaza compte environ 1,7 million d’habitants. Elle est souvent considérée comme «la plus grande prison à ciel ouvert du monde», selon les mots de Nicolas Sarkozy (16 février 2009), en raison de son bouclage par les Israéliens et les Egyptiens.

Une histoire très ancienne
La ville de Gaza est très ancienne. Citée dans la Bible, elle remonterait au milieu du deuxième millénaire avant J.-C. Tour à tour phillistin (qui a donné le mot «palestinien»), grec (une statue de l'époque hellenique a été récemment mise à jour), romain, byzantin, ottoman… le territoire se retrouve sous mandat britannique à la fin de la Première guerre mondiale, comme l’ensemble de la Palestine (au sens géographique du terme).

Distribution de nourriture par l\'ONU en 1956 à des réfugiés palestiniens dans la bande de Gaza
Distribution de nourriture par l'ONU en 1956 à des réfugiés palestiniens dans la bande de Gaza (RENE JARLAND / AFP)

Gaza depuis 1948
Après la guerre de 14-18, l'ensemble de la Palestine (géographique) passe sous contrôle britannique qui, après la déclaration Balfour, favorise la création d'un «foyer national juif». A la fin du mandat britannique, après la création des deux Etats par l’ONU, l’Etat d’Israël voit le jour dans des frontières élargies à la suite d’un conflit avec les Etats voisins qui refusaient le plan de partage.
 
A l'issue de ce conflit, la bande de Gaza voit sa population fortement augmenter en raison de l'arrivée de très nombreux réfugiés qui sont rassemblés dans des camps (ceux-ci expliquent la présence de l'ONU et de ses écoles dans le territoire palestinien). On estime à l'époque que ce sont environ 170.000 Palestiniens qui ont fui ou on été chassés d’Israël, qui se retrouvent dans ces camps. La bande de Gaza se retrouve sous administration égyptienne.

En 1956, le territoire est occupé par Israël qui s’est lancé dans une opération contre l’Egypte, en collaboration avec le Royaume-Uni et la France qui n’acceptaient pas la nationalisation du canal de Suez. Lors de cette occupation, des crimes auraient été commis par les Israéliens dans un contexte de contestation permanente par la guérilla palestinienne. L’historien Jean Pierre Filiu estime que 1000 Palestiniens auraient alors été tués. Une bande dessinée de Joe Sacco retrace avec beaucoup de réalisme les événements de 1956.

Jeunes Palestiniens manifestant contre l\'occupation israélienne pendant la première Intifada en 1987 dans la bande de Gaza.
Jeunes Palestiniens manifestant contre l'occupation israélienne pendant la première Intifada en 1987 dans la bande de Gaza. (ESAIAS BAITEL / AFP ARCHIVES / AFP)

Intifada
En 1967, Israël, qui avait restitué Gaza aux Egyptiens, s’empare à nouveau de ce territoire, ainsi que du Sinaï, lors de la guerre des Six Jours. Cela n'arrête actions des Palestiniens contre les Israéliens. En 1971, Ariel Sharon procéda à d’énormes déplacement de populations pour tenter de mettre fin à cette contestation. Comme dans les autres territoires palestiniens, des colonies israéliennes s'implantent.

C'est dans le camp de réfugiés de Jabaliya, au nord de la bande de Gaza, qu'éclate la première Intifada, en 1987. 

En 1993, à la suite des accords d’Oslo, la bande de Gaza est en partie sous gestion de l’Autorité palestinienne. Mais le blocage du processus de paix débouche rapidement sur une seconde intifada alors que les accrochages et les attentats deviennent permanents. Symbole de l'échec du processus de paix, l'aéroport international de Gaza, inauguré par Bill Clinton et Yasser Arafat est détruit par les Israéliens lors de la seconde Intifada, en 2001.

La victoire du Hamas
En 2005, le départ des Israéliens de la bande de Gaza, initié par Ariel Sharon, est effectif, même s'il s'est fait sans accord international et qu'Israël contrôle les frontières du territoire. De ce fait, selon de nombreux juristes, la bande de Gaza doit toujours être considérée comme un territoire occupé. Le territoire se retrouve sous la gestion de l’Autorité palestinienne. Lors des élections démocratiques de 2006, le Hamas devient majoritaire, notamment à Gaza. La tension avec l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas devient difficile et le Hamas prend le pouvoir dans la bande de Gaza.

Depuis, le territoire, soumis à un blocus quasi-total par ses deux voisins, Israël et l’Egypte, évolue entre cessez-le-feu, actions israéliennes, tirs de roquettes ou bombardements massifs israéliens comme lors de l’opération «Plomb fondu» (décembre 2008-janvier 2009) qui fit plus de 1000 morts, essentiellement civils, côté palestinien.

«De 1948 à 1967, Gaza se trouve sous contrôle égyptien et sert de base de lancement à des raids de fedayins palestiniens contre Israël, lequel multiplie les coups de force. L'unité 101 dirigée par Ariel Sharon s'y illustre dès sa création, en 1953. Gaza est brièvement envahie trois ans plus tard. Depuis le retrait de 2005, l'armée israélienne ne cesse de rejouer cette partition, avec une puissance de feu décuplée, mais sans guère plus de résultats», écrivait déjà en 2012 le correspondant du Monde au Proche-Orient, Gilles Paris.

Cinq ans après l'opération «Plomb durci» et deux ans après cet article, la situation n’a guère évolué. La colonisation progresse en Cisjordanie, le processus de paix est totalement paralysé. 
 
«Il n’y pas de solution militaire à Gaza : une "victoire" israélienne contre le Hamas ferait le lit de groupes jihadistes embusqués de l’autre côté de la frontière égyptienne, et exaltés par l’avènement de leur "calife" en Irak. Israël répéterait avec des conséquences encore plus dramatiques l’erreur perpétrée dix ans plus tôt, lorsqu’elle affaiblissait l’Autorité palestinienne au profit du Hamas», estimait le 13 juillet Jean-Pierre Filiu, auteur d’une Histoire de Gaza (Fayard) sur Rue 89