"Les passagers étaient projetés au milieu des débris de verre" : le navire norvégien "Viking Sky" a frôlé la catastrophe

Des passagers du paquebot victime d'une avarie moteur en Norvège, ont dû être hélitreuillés. Dix-sept personnes ont déjà été hospitalisées. Au moins trois d'entre elles, une nonagénaire et deux septuagénaires, souffrent de fractures graves.

Capture d\'écran d\'une vidéo montrant les passagers du paquebot de croisière \"Viking Sky\" en difficulté au large de la Norvège, samedi 23 mars.
Capture d'écran d'une vidéo montrant les passagers du paquebot de croisière "Viking Sky" en difficulté au large de la Norvège, samedi 23 mars. (SOCIAL MEDIA / REUTERS)

La tempête fait rage. La mer démontée fait des creux de plusieurs mètres, au large de la Norvège, samedi 23 mars. En début d'après-midi, le navire de croisière Viking Sky, en provenance de Tromsø dans le nord du pays et en direction de Stavanger dans le Sud, lance un appel de détresse. A son bord : 1 373 passagers. Victime d'une avarie moteur, le bateau dérive vers les eaux côtières jalonnées de récifs au large de la région de Møre og Romsdal.

L'équipage parvient finalement à redémarrer l'un de ses moteurs. Il réussit à se stabiliser et jette l'ancre à environ deux kilomètres du littoral. Des images impressionnantes prises depuis l'intérieur du Viking Sky montrent le navire rouler très fortement. Le mobilier et les plantes glissent librement d'un côté à l'autre du paquebot. Des éléments du plafond s'abattent sur des passagers qui s'efforcent de garder leur calme.

"J'ai pensé que c'était la fin"

"Les meubles glissaient. Les passagers étaient projetés au milieu des débris de verre, c'était vraiment dangereux", confie Jan Terbruegen, un passager américain. L'urgence est de commencer à évacuer les 1 373 passagers à bord. Comme la mer est déchaînée, une seule solution s'impose : passer par les airs. Un par un, les occupants du paquebot sont hélitreuillés depuis le pont supérieur. Cinq appareils se relaient sans relâche. "Le garde-côte est descendu de l'hélicoptère. Il a attaché mon baudrier et m'a dit de bien m'accrocher. J'ai été hélitreuillée à une trentaine de mètres de hauteur", raconte Beth Clark, une passagère américaine.

Pour les autres passagers, gilets de sauvetage sur le dos, une longue attente commence. "L'équipage à bord du Viking Sky fait du bon travail. L'évacuation est lente. La mer est forte. Dans un poste de rassemblement, une porte a été soufflée, ce qui a blessé un passager et provoqué une inondation. Déménagé au milieu du navire", rapporte David Hernandez.

L'un des passagers, Rodney Horgan, décrit au média norvégien NRK comment un mur d'eau "de six-sept pieds" (environ deux mètres) s'est engouffré à l'intérieur du bateau à travers une paroi en verre brisée. "Vingt à trente personnes ont juste été balayées devant moi, témoigne-t-il. J'étais debout, ma femme assise devant moi et, tout à coup, elle n'était plus là. J'ai pensé que c'était la fin." "Le navire était battu par les vagues venant des quatre côtés", ajoute son épouse, finalement sauve.

Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, on voit des passagers obligés de lever leurs pieds pour éviter l'inondation en cours.

Plus de 400 personnes hélitreuillées

Le jour décline et la nuit s'improvise pour les passagers. Certains dorment à même les tables, d'autres sur le sol. "Toujours à bord du Viking Sky, quinze heures plus tard. En attente d'évacuation. L'équipe a été fantastique en gardant tout le monde calme et nourri. La mer est encore forte avec des vents de 40 nœuds [environ 80 km/h]", rapporte David Hernandez sur Twitter. "Ma batterie est morte et les gens dorment partout. Probablement mon dernier tweet de la soirée", écrit Alexus Sheppard.

Dimanche au petit matin, 350 personnes ont déjà été hélitreuillées. Les opérations de secours, et le ballet incessant des hélicoptères, reprennent. "Voici mon père de 83 ans en train d'être transporté par avion depuis le Viking Sky. Nous sommes tous hors du navire en toute sécurité !", signale Ryan Flynn.

Après avoir secouru 460 personnes, les spectaculaires opérations d'hélitreuillage sont suspendues pour tenter de redémarrer le bateau. Dimanche matin, l'équipage parvient à remettre en marche trois de ses quatre moteurs. Le navire est rejoint par deux remorqueurs. Direction le port refuge de Molde, à environ 80 kilomètres de là. Le Viking Sky y parvient dimanche à 16 heures.

Dix-sept personnes ont déjà été hospitalisées. Au moins trois d'entre elles, une nonagénaire et deux septuagénaires, souffrent de fractures graves. "C'est une des pires expériences de ma vie, témoigne l'armateur du Viking Sky, Torstein Hagen, au journal Verdens Gang (VG). Mais quand on voit comment ça va se terminer, on peut se dire qu'on a eu de la chance."

Le navire \"Viking Sky\" arrivant au port de Molde en Norvège, le 24 mars 2019. 
Le navire "Viking Sky" arrivant au port de Molde en Norvège, le 24 mars 2019.  (SVEIN OVE EKORNESVAAG / NTB SCANPIX / AFP)