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Les dirigeants israéliens, sans faire de commentaire public, ont exprimé vendredi leur préférence pour Abbas, un modéré

"Nous considérons Abbas comme un partenaire pour la paix aussi longtemps qu'il est au pouvoir", a dit un leader gouvernemental sous couvert de l'anonymat à l'AFP. "Nous aimerions démarrer les négociations dès que possible avec la direction palestinienne modérée."Abbas doit continuer sa "démarche vers la paix", a jugé de son côté Bernard Kouchner.
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Le président palestinien, Mahmoud Abbas, à la tribune de l'ONU le 25 septembre 2009 à New York (Rick Gershon - Getty Images - AFP)

"Nous considérons Abbas comme un partenaire pour la paix aussi longtemps qu'il est au pouvoir", a dit un leader gouvernemental sous couvert de l'anonymat à l'AFP. "Nous aimerions démarrer les négociations dès que possible avec la direction palestinienne modérée."

Abbas doit continuer sa "démarche vers la paix", a jugé de son côté Bernard Kouchner.

Le ministre des Affaires étrangères a précisé qu'il se rendrait dans les prochains jours en Israël et dans les territoires palestiniens. "J'insisterai auprès de Mahmoud Abbas pour qu'il continue sa démarche vers la paix".

La décision de Mahmoud Abbas analysée comme un "coup tactique"
Le président palestinien a annoncé jeudi qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat lors des élections générales palestiniennes prévues en janvier, manifestant ainsi sa frustration devant le blocage du processus de paix. "Nous ne nous immisçons pas dans les affaires internes des autres. Mais il est évident qu'Israël et les Etats-Unis ont tout intérêt à ce que les Palestiniens aient une direction pragmatique et responsable", a déclaré à la radio le vice-ministre des Affaires étrangères Danny Ayalon.

"Cette annonce est un coup tactique destiné d'abord à faire pression sur les Etats-Unis tout en répondant à des besoins internes" palestiniens, a déclaré un responsable gouvernemental non identifié au quotidien Yediot Aharonot. "Néanmoins, le Premier ministre (Benjamin Netanyahu) ne souhaite pas le départ de Mahmoud Abbas, car après lui viendront des dirigeants plus extrémistes", craint-il.

Abbas a annoncé jeudi qu'il ne se représenterait pas à la présidence de l'Autorité palestinienne
Dans un discours diffusé en direct du siège de l'Autorité palestinienne, à Ramallah, le numéro un palestinien a ajouté que sa position n'était pas sujette à débat. "J'ai indiqué à nos frères de l'OLP que je n'avais aucune envie de me présenter à la prochaine élection", a dit le dirigeant. Mahmoud Abbas, âgé de 74 ans, avait été élu triomphalement à la présidence palestinienne en janvier 2005, quelques semaines après la mort de Yasser Arafat.

Les responsables de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), la centrale qui regroupe les principaux partis nationalistes palestiniens dirigée par Mahmoud Abbas, ont fait savoir qu'ils soutenaient toujours ce dernier comme leur candidat à la présidentielle annoncée pour le 24 janvier 2010.

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a lui aussi exhorté le président palestinien Mahmoud Abbas à revenir sur sa décision.

Le scrutin doit en principe se dérouler en même temps que les législatives, mais les dirigeants palestiniens expriment eux-mêmes des doutes sur la possibilité de tenir ces élections en raison des divisions interpalestiniennes.

Un processus de paix avec Israël plus moribond que jamais
De source autorisée palestinienne, on précise qu'Abbas jette l'éponge devant l'absence de progrès du processus de paix avec Israël, plus moribond que jamais depuis l'accession au pouvoir en mars dernier du premier ministre Benjamin Netanyahou.

Le président palestinien avait prévenu le mois dernier Barack Obama qu'il envisagerait de se retirer si Washington n'obtenait pas d'Israël un gel de la colonisation juive à Jérusalem et en Cisjordanie, avait-on appris dans son entourage le 27 octobre. Mahmoud Abbas reproche au chef de la Maison blanche d'avoir fait machine arrière en renonçant à exiger d'Israël un gel total de la colonisation, en préalable à la reprise des négociations de paix avec l'Etat juif.

Après le refus catégorique de Netanyahou de concéder un tel gel lors de sa rencontre avec Obama et Abbas en septembre à New York, Barack Obama s'est borné à appeler Israël à la "retenue" et les Palestiniens à reprendre malgré tout les pourparlers de paix. En visite le week-end du 31 octobre à Jérusalem, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a confirmé cette volte-face en priant Mahmoud Abbas de ne plus subordonner la reprise des pourparlers à l'arrêt de la colonisation, un appel repris à son compte par Benjamin Netanyahou.

"Les négociations sont paralysées et le résultat de l'intransigeance israélienne et du rétropédalage de l'Amérique est qu'il n'y a pas d'espoir de reprise à l'horizon", avait alors estimé Nabil Abou Rdaïnah, porte-parole d'Abbas.

Le Hamas estime que la décision d'Abbas ne le regarde pas
Le geste fort de Mahmoud Abbas intervient alors que le camp palestinien est profondément divisé, le Fatah et le mouvement islamiste Hamas (qui contrôle la bande de Gaza) étant incapables de se réconcilier en dépit d'une médiation de l'Egypte.

Le Hamas s'est abstenu de commenter "une décision interne du Fatah". Mais il a fait porter la responsabilité de la décision de Mahmoud Abbas sur les Etats-Unis et Israël. "Nous interprétons cette initiative comme un message de désaveu envers ses amis israéliens et américains après qu'ils l'ont ignoré et instrumentalisé", a déclaré un porte-parole du mouvement.

Les deux principaux mouvements palestiniens sont à couteaux tirés depuis la violente prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas, en juin 2007, au détriment du Fatah, après 18 mois de coexistence houleuse au pouvoir.

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