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Le gouvernement français "n'abandonnera pas" Florence Cassez et "continuera à demander son transfèrement en France"

C'est ce qu'a déclaré mardi la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, devant l'Assemblée.Dans le même temps, les réactions se multiplient dans les milieux politiques et dans la presse sur la manière dont Nicolas Sarkozy a géré l'affaire au niveau diplomatique.
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Florence Cassez, condamnée à 60 ans de prison au Mexique (Crédits photo : Schemidt /AFP)

C'est ce qu'a déclaré mardi la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, devant l'Assemblée.

Dans le même temps, les réactions se multiplient dans les milieux politiques et dans la presse sur la manière dont Nicolas Sarkozy a géré l'affaire au niveau diplomatique.


Mexico s'est dit par ailleurs dit "prêt" à participer à l'Année du Mexique en France si aucun lien n'est fait avec l'affaire Cassez, a affirmé l'ambassadeur du Mexique, alors que la veille, le pays avait annoncé son retrait de l'événement.

L'ambassadeur du Mexique à Paris, Carlos de Icaza, a toutefois quitté mercredi soir la tribune d'honneur du Sénat pour protester contre l'évocation du sort de Florence Cassez par la ministre française des Affaires étrangères. Cette dernière évoquait le sort de Florence Cassez lors d'un allocution prononcée à l'occasion de la création en France d'une journée de l'Amérique latine et des Caraïbes.

Revue de presse: "une politique de l'émotion est-elle viable?"
L'ensemble des éditorialistes critiquent mercredi les "cafouillages" et "bredouillements" contre-productifs de la diplomatie française dans l'affaire Cassez, allant jusqu'à accuser Nicolas Sarkozy de s'être comporté "comme un éléphant dans un magasin de porcelaine".

"En dédiant cette manifestation (l'Année du Mexique en France) à Florence Cassez, M. Sarkozy ne pouvait ignorer qu'il allait provoquer le retrait du Mexique", selon l'éditorialiste du Monde qui se demande si Nicolas Sarkozy, "plus justicier que diplomate", a eu "raison de transformer, lui aussi, une affaire particulière en affaire d'Etat ?"

Pour Jean-Marcel Bouguereau, l'éditorialiste de La République des Pyrénées, "Sarkozy a agi comme un éléphant dans un magasin de porcelaine ". "En 24 heures, il s'est mis à dos tout un pays!"

Daniel Ruiz, dans le Journal La Montagne, déplore lui aussi que "décidément, les tenants de notre politique extérieure n'en finissent plus de se prendre les pieds dans le tapis." "Cette affaire du Mexique dans laquelle, une fois encore, la France a réagi à l'émotion, ne fait qu'enchaîner avec nos bredouillements dans les révolutions arabes, notre brouille avec les Chinois, ou la vente ratée du Rafale à notre ami Lula", estime l'éditorialiste.

"Une politique de l'émotion est-elle viable?" s'interroge Gérard Noël dans Vosges Matin. "La diplomatie à la hussarde avec menaces de représailles n'aboutit jamais aux résultats escomptés", juge l'éditorialiste lorrain. "S'adresser au président mexicain comme s'il s'agissait d'un vulgaire préfet français ne pouvait être que contre-productif, surtout dans un pays qui garde encore le souvenir de l'expédition lancée par Napoléon III pour installer un prince autrichien sur le trône du Mexique", estime pour sa part Bruno Dive dans Sud-Ouest tandis que Gilles Debernardi (Dauphiné Libéré) ironise: "On dirait l'histoire du 'pavé de l'ours', à la sauce chili con carne". "Au lieu d'une attaque frontale, l'Elysée aurait quand même pu réagir par les voies diplomatiques. La finesse et l'humilité ne nuisent pas, parfois", assène l'éditorialiste.

Michel Vagner (L'Est Républicain) critique lui aussi "une infructueuse stratégie du bulldozer" du président Sarkozy contre son homologue Felipe Calderon tandis que Philippe Waucampt, dans Le Républicain Lorrain, stigmatise "la diplomatie d'opérette de ces dernières années". "Il est évident qu'on ne traite pas un pays comme le Mexique avec une désinvolture de garçons de bain", juge-t-il.

Seul Laurent Joffrin, dans Libération, trouve quelques excuses à la diplomatie française, vu les "graves irrégularités" de la procédure: "On peut difficilement reprocher au président Sarkozy de s'intéresser de près au sort d'une de ses compatriotes condamnée dans des conditions contestables dans un pays étranger" juge-t-il même si "on peut ensuite discuter à perte de vue sur la meilleure manière de le faire."

Les réactions dans le milieu politique
Le chef de l'Etat français, qui a reçu lundi à l'Elysée les parents de la jeune femme, a réaffirmé mardi dans la Marne que la France n'abandonnerait pas Florence Cassez. "Je veux redire au peuple mexicain l'amitié du peuple français, l'admiration pour sa civilisation et notre volonté de partager des valeurs communes", a ajouté Nicolas Sarkozy. "Pour le reste, il faut garder son sang froid et obtenir des résultats. C'est ce à quoi je vais m'employer maintenant."

François Bayrou, président du MoDem, a jugé mercredi dans les 4 Vérités, sur France 2, que la "diplomatie brutale" et les "déclarations outrancières" de Nicolas Sarkozy à l'égard du Mexique constituaient un "risque et un danger" pour Florence Cassez. "Cette jeune femme est dans une situation malheureuse (...) j'ignore les détails" de l'affaire, a dit François Bayrou, relevant toutefois que "des gens au Mexique-même disent que le jugement n'a pas été bien pris".

Sur la même longueur d'onde, Claude Bartolone, député PS et ancien ministre, a jugé dès mardi: "Ce n'est pas devant les micros et les caméras qu'on gère la diplomatie. Ce n'est jamais bon de faire la leçon à un Etat démocratique, surtout quand on connaît le nationalisme du Mexique. J'espère que Florence Cassez n'aura pas trop à payer les erreurs qui ont été commises en termes de communication politique", a-t-il déclaré mardi dans les couloirs de l'Assemblée nationale.

Plus nuancé, le porte-parole du Parti socialiste français Benoît Hamon a jugé mardi que les Français avaient "raison de faire pression sur le gouvernement mexicain". A ses yeux, "le gouvernement mexicain se préoccupe de sa scène politique intérieure et parle aux Mexicains avant de parler aux Français".

Le député UMP Christian Vanneste, membre du comité de soutien à Florence Cassez, a, quant à lui, appelé à respecter le Mexique et sa justice et à cesser "les humiliations complètement inutiles". L'idée de dédier à la jeune femme l'Année du Mexique en France était intolérable pour Mexico "et ne pouvait que produire l'effet inverse" à celui recherché, a-t-il dit.

L'année au Mexique aura-t-elle lieu ?
"Nous sommes là, nous sommes prêts, nous avons déjà commencé (à organiser) quelques évènements, si on respecte les conditions par lesquelles nous avons été invités", a déclaré à la presse l'ambassadeur mexicain à Paris. Il a indiqué que l'organisation de cette année culturelle et économique du Mexique en France avait fait l'objet d'un accord bilatéral entre les deux pays précisant les "conditions" de l'organisation de cette manifestation.

Selon le diplomate, le lien désormais établi entre l'affaire Florence Cassez et l'année du Mexique dénature cet accord bilatéral. Lundi, le président Nicolas Sarkozy avait décidé de "maintenir " la manifestation et de la "dédier" à Florence Cassez. Mexico "considère que n'existent pas les conditions pour que (...) soit mis en oeuvre l'objectif pour lequel [cette manifestation] avait été conçue", a réagi le gouvernement mexicain. A Paris, on parle désormais d'"affaire d'Etat".

L'Année du Mexique en France prévoit de célébrer ce pays pendant toute l'année 2011 à travers plus de 360 manifestations, dont plusieurs grandes expositions et événements culturels, scientifiques et économiques.

La détention de Florence Cassez
Les relations entre les deux pays se sont tendues après le rejet, par un tribunal mexicain, du pourvoi en cassation de Florence Cassez, citoyenne française emprisonnée au Mexique, qui clame son innocence depuis plus de cinq ans. Le tribunal a confirmé sa condamnation à 60 ans de prison pour enlèvements, port d'armes et participation à une délinquance organisée.

Dans son communiqué, le gouvernement mexicain réaffirme, comme il l'avait déjà fait en mars 2009 après le jugement en appel, qu'il ne peut donner son accord au transfèrement de Florence Cassez en France dans le cadre de la Convention de Strasbourg, comme l'a redemandé l'Elysée. Il faut tenir compte "des différences substantielles entre les systèmes juridiques des deux pays", estime Mexico. "Il est vraiment surprenant qu'un chef d'Etat prenne une décision de politique extérieure affectant les liens entre deux peuples et deux gouvernements en consultant une personne condamnée par la justice mexicaine pour des délits de nature particulièrement grave", soulignent les autorités du Mexique.

Pour le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, "on prend la culture en otage". "Ce n'est donc plus une affaire de culture, mais une affaire d'Etat", a-t-il ajouté.

Les parents de Florence Cassez à l'Elysée
Nicolas Sarkozy a reçu pour la 10e fois, lundi en fin de journée, pendant une heure environ, les parents de Florence Cassez à l'Elysée. Comme il le fait "régulièrement" depuis son élection, il a de nouveau parlé "longuement" au téléphone avec elle et c'est avec "son plein accord et celui de ses parents" qu'il a pris ses décisions.

Charlotte Cassez, la mère de Florence, avait réclamé vendredi au chef de l'Etat l'annulation des festivités de l'année France-Mexique. Mais elle s'est finalement rendue aux arguments de sa fille, qui, depuis sa prison dans le sud de Mexico, avait de son côté affirmé qu'il fallait au contraire les maintenir pour qu'on parle d'elle. "Le pire, ce serait l'oubli", avait-elle dit. Entouré de Charlotte et Bernard Cassez, et de la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, Nicolas Sarkozy a donc déclaré à la presse qu'il avait décidé "maintenir l'année France-Mexique" et de la "dédier" à Florence Cassez.

"La supprimer serait une offense au peuple mexicain", "un peuple ami" dont "nous admirons la culture" et "nous faisons la différence entre lui et l'attitude de certains de ses dirigeants", a-t-il affirmé. "Ce serait donc une décision parfaitement inappropriée, contraire aux intérêts de Florence et contraire aux intérêts de nos deux peuples", a-t-il affirmé. Nicolas Sarkozy demande à chaque officiel qui prendra la parole au cours des manifestations culturelles, scientifiques ou économiques prévues tout au long de 2011 de "commencer par parler" de la jeune femme "afin qu'on ne l'oublie pas".

"Nous ne laisserons pas 60 ans de plus cette jeune femme dans une prison", a-t-il dit, "j'espère que la raison va finir par triompher". Il a également demandé aux autorités mexicaines de "veiller à la sécurité" de la prisonnière, une demande qui "a rassuré" sa fille, selon Mme Cassez.

L'affaire Florence Cassez brouille depuis des mois les relations franco-mexicaines. Elle avait en partie monopolisé la visite du président Sarkozy au Mexique, en mars 2009. L'affaire avait irrité la presse locale et la population dont les nerfs sont mis à vif par le fléau des enlèvements (8000 par an) suivis de demandes de rançons et très souvent d'assassinats.

Florence Cassez: appel des faits

Florence Cassez a été accusée de participation à des enlèvements en compagnie de son ami mexicain de l'époque, Israel Vallarta, présenté comme le chef d'une bande de ravisseurs. Il a avoué avoir commis des enlèvements mais affirmé que la jeune femme n'avait rien à voir avec ces agissements.

La police mexicaine avait finalement reconnu que son arrestation avait été mise en scène - pour faire l'objet d'une retransmission télévisée - et n'avait pas eu le lieu le 9 décembre 2005, comme annoncé initialement. La Française avait clamé avoir été arrêtée la veille et mise au secret en attendant l'aube. La police avait donc reconnu, par la suite, avoir procédé à une "reconstitution". Or cet élément n'était apparu ni au procès initial ni au procès en appel.

En novembre 2010, la Française a reçu deux soutiens notables: celui de l'Eglise catholique du Mexique et celui d'un ex-procureur général fédéral, l'équivalent du ministre de la Justice. Tous les deux ont affirmé croire en son innocence.

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