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La chaîne arabe Al Jazira a commencé à révéler des centaines de documents confidentiels sur les négociations de paix

Ces documents, qui ont commencé à être diffusés dimanche soir, sont présentés par la chaîne du Qatar comme "la plus importante fuite dans l'histoire du conflit israélo-palestinien".Ils montrent notamment que les négociateurs palestiniens étaient prêts à d'importantes concessions sur Jérusalem et le sort des réfugiés.
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Ces documents, qui ont commencé à être diffusés dimanche soir, sont présentés par la chaîne du Qatar comme "la plus importante fuite dans l'histoire du conflit israélo-palestinien".

Ils montrent notamment que les négociateurs palestiniens étaient prêts à d'importantes concessions sur Jérusalem et le sort des réfugiés.

Selon le compte-rendu confidentiel d'une réunion obtenue par Al Jazira, l'Autorité palestinienne a proposé en 2008 qu'Israël annexe la plupart des colonies construites dans et autour de Jérusalem depuis 1967.

Al Jazira, qui dit disposer d'un ensemble de quelque 1.600 documents relatifs au processus de paix qu'il a baptisé "Palestinian papers", promet de diffuser prochainement d'autres documents montrant que les Palestiniens étaient aussi prêts à des concessions importantes sur la question sensible du droit au retour des réfugiés palestiniens.

Le détail du document daté de juin 2008
Lors de cette rencontre du 15 juin 2008, Ahmed Koreï, un des principaux négociateurs palestiniens à l'époque, proposait devant ses interlocuteurs israéliens et américains qu'Israël annexe toutes les implantations juives dans l'agglomération à l'exception de Har Homa, dans le cadre d'un accord de paix plus large prévoyant la création d'un Etat palestinien indépendant.

"C'est la première fois dans l'histoire que nous faisons une telle proposition", déclare Koreï, selon ce compte-rendu.

Il a souligné que les Palestiniens avaient refusé cette concession lors des négociations conduites par le défunt président palestinien Yasser Arafat en 2000. Mais les Israéliens n'ont rien offert en retour, estimant que l'offre n'allait pas assez loin, précise ce compte rendu.

Israël avait alors insisté notamment sur sa volonté d'annexer tous les blocs de colonies en Cisjordanie et de garder l'ensemble des quartiers de colonisation à Jérusalem-Est.

Prêts à un retour très limité de réfugiés ?
Les négociateurs palestiniens auraient accepté dès le début des pourparlers avec le gouvernement d'Ehud Olmert que seule une infime partie des 5 millions de réfugiés palestiniens de 1948 puissent rentrer en Israël, selon les documents diffusés lundi soir par Al-Jazira.

Un des document montre notamment que, dans une réunion en 2009, le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, juge "illogique de demander à Israël de prendre cinq millions ou même un million (de réfugiés ) parce que cela signifierait la fin d'Israël."

Cité par Al Djazira, Saeb Erekat, le principal négociateur de l'Autorité palestinienne, indique en janvier 2010 que les Palestiniens ont proposé à Israël le retour d'un "nombre symbolique" de réfugiés.

Ces révélations mettent l'Autorité palestinienne en porte-à-faux
La révélation de ce document par la chaîne qatarie Al Djazira pourrait fragiliser la position du chef de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, dont ce document vient contredire la position officielle.

Le Hamas, le mouvement islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza, a estimé que ces documents mettaient au jour le rôle de l'Autorité palestinienne dans la "tentative de liquider la cause palestinienne".

Interrogé par Al Jazira, le négociateur palestinien Saeb Erekat a qualifié le document de "tissu de mensonges" et a affirmé n'avoir "rien à cacher" à ce sujet. "Ce qui a été diffusé a été déformé et sorti de son contexte, et contient des mensonges", a-t-il dit.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a pour sa part exprimé sa "surprise", affirmant avoir toujours tenu les dirigeants arabes informés de l'état des pourparlers.

Yasser Abed Rabbo, un des proches collaborateurs d'Abbas, s'en est pris Al-Jazira et à l'émir du Qatar, accusé d'avoir donné son feu vert pour lancer une campagne de dénigrement contre la direction palestinienne actuelle. Pour lui, les citations ont été sorties de leur contexte ou tronquées, présentées dans une émission "manipulée et dramatisée" à une heure de grande écoute, accompagnée "d'une bande sonore de film d'horreur".

Réactions en Israël
L'ancien vice-Premier ministre israélien Haïm Ramon, membre du parti Kadima (opposition centriste), a estimé que les documents publiés par Al Jazira prouvent le sérieux des Palestiniens.

Le gouvernement israélien "dispose d'un véritable partenaire pour la paix, encore faudrait-il qu'il la recherche" sincèrement, a déclaré l'ancien membre du gouvernement d'Ehud Olmert.

Nous étions tombés d'accord "pour que certains quartiers arabes de Jérusalem passent sous souveraineté palestinienne et des quartiers juifs restent sous souveraineté israélienne", a-t-il précisé, en référence à des quartiers de colonisation juive à Jérusalem-Est.

Le chef de la Diplomatie israélienne Avigdor Lieberman a estimé de son côté que ces documents montrent la nécessité "de rechercher un accord intérimaire à long terme" avec les Palestiniens.

Les USA souhaitent la poursuite du dialogue
Les Etats-Unis continueront à rechercher une solution à deux Etats au conflit israélo-palestinien malgré la diffusion depuis dimanche soir par la chaîne Al-Jazira de centaines de "documents confidentiels" sur les négociations de paix.

"Le gouvernement américain étudie ces documents palestiniens présumés diffusés par Al-Jazira. Nous ne pouvons pas garantir leur véracité", a indiqué le porte-parole du Département d'Etat, Philip Crowley.

L'épineuse question du statut de Jérusalem
Le statut de Jérusalem, que Palestiniens et Israéliens revendiquent comme capitale, est l'une des questions les plus épineuses des négociations israélo-palestiniennes.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas déclarait encore la semaine dernière que l'avenir de Jérusalem n'est pas un sujet de discussion.

"De notre point de vue, il n'y a pas de négociations sur Jérusalem. Jérusalem est à nous." Il a toutefois également souligné que Jérusalem-Ouest était israélienne et pourrait être la capitale de l'Etat juif.

Israël a capturé Jérusalem-Est lors de la guerre des Six-Jours en 1967, puis annexé la vieille ville et une partie des territoires de Cisjordanie autour de Jérusalem, une annexion non reconnue par la communauté internationale.

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