L'ambassade de France au Yémen fermée après des menaces d'attentats

Les forces de sécurité yéménites étaient sur le qui-vive dimanche devant les ambassades occidentales, dont plusieurs sont restées fermées après une alerte lancée par Washington qui redoute des attentats d'Al-Qaïda.

(Catherine Grain Radio France)

Armés, soutenus par des blindés, les membres des forces spéciales yéménites sont sur le qui-vive ce dimanche. Postés devant les ambassades fermées des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la France et de l'Allemagne, ils redoutent des attentats contre ces chancelleries occidentales.

"Nous sommes déjà en état d'alerte, mais nous avons redoublé de vigilance" (Un policier yéménite)

Aux barrages de sécurité mis en place depuis le début de la semaine par les forces de sécurité et l'armée sur les principaux axes routiers de Sanaa, les forces de l'ordre procèdent à des contrôles réguliers, en particulier pour les accès menant aux chancelleries occidentales, selon des habitants.

Washington lance l'alerte

Réagissant à des annonces d'Al-Qaïda, Berlin et Londres ont déclaré vendredi qu'elles
fermeraient dimanche 4 et lundi 5 août leurs ambassades à Sanaa, capitale du Yémen. L'alerte venait en fait des Etats-Unis, qui ont fermé 22 de leurs chancelleries, dimanche. Samedi, la France a rejoint le mouvement et annoncé que son ambassade au Yémen sera elle aussi close dimanche.

Annoncée par le président Hollande, la décision de fermer l'ambassade de France au Yémen est prise pour des raisons de sécurité. 

Selon Mathieu Guidère, professeur des universités et spécialiste du terrorisme, les failles de sécurité mise en avant par les Etats-Unis s'appliquent à la France. Il affirme qu'Ayman al-Zaouahiri, numéro un d'al-Quaida avait "appelé explicitement à viser les représentations diplomatiques ". D'autre part, il rappelle que ce mois d'août sera marqué par les fêtes de l'Aïd, "traditionnellement propice aux actions djihadistes ".

Inquiétudes dans le monde entier

Ce sont des déclarations du département
d'Etat, équivalent du ministère des Affaires Etrangères aux Etats-Unis, qui ont provoqué ces décisions. A
Washington, les élus du Congrès ont en effet reçu des rapports sur des menaces
laissant "penser que ces menaces sont sérieuses ", selon Nancy Pelosi, la chef démocrate à la Chambre des représentants.

"Les informations
actuelles suggèrent qu'Al-Qaïda et ses organisations affiliées continuent à
préparer des attentats terroristes dans cette région et au-delà. Ils pourraient
concentrer leurs efforts pour perpétrer des attaques d'ici la fin août" (Annonce du département d'Etat)

"Des attentats terroristes potentiels dans les transports et
d'autres infrastructures touristiques
" ont également été évoqués dans l'annonce du département d'Etat.

Jeudi, Washington avait
annoncé la fermeture de 22 consulats et ambassades américaines dans des
pays musulmans ce dimanche, premier jour de la semaine de travail dans de nombreux pays
musulmans. Une décision prise par "précaution
pour nos employés et ceux qui pourraient visiter nos bâtiments
". Ensuite, l'administration américaine envisagera l'éventuelle réouverture
des représentations diplomatiques. Une porte-parole a cependant annoncé qu'il était possible "qu'il
y ait aussi plusieurs jours de fermeture
".

Des
attaques dirigées contre le Moyen-Orient

Vendredi, les Etats-Unis ont mis en garde : les menaces d'attentats qu'Al-Qaïda pourrait perpétrer en
août, ciblent en particulier le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Quelques heures
plus tard, un enregistrement audio posté sur des
forums jihadistes laissait entendre la voix du chef d'Al-Qaïda Ayman al-Zawahiri. Ce
dernier a accusé les Etats-Unis de "complot " avec l'armée
égyptienne et la minorité chrétienne copte, dans le but de faire destituer le
président islamiste égyptien Mohamed Morsi il y a un mois.

Les menaces seraient en effet "plus spécifiques " que les
précédentes, selon Martin Dempsey, chef d'état-major américain. Si la cible exacte n'a
pas été clairement annoncée, l'intention, elle, serait claire. "L'idée
est d'attaquer les intérêts occidentaux, pas seulement américains
", a
ajouté Dempsey.

Réactions européennes

Vendredi, un porte-parole du ministère britannique avait déclaré que son pays était préoccupé par "la situation de la sécurité dans les derniers jours du ramadan et pour (la fête de) l'Aïd ". Il avait par ailleurs expliqué avoir "retiré un certain nombre de membres du personnel (de l'ambassade) de Sanaa, en raison de préoccupations accrues sur la sécurité ".

La fermeture de l'ambassade d'Allemagne est également annoncée sur un site web allemand, qui renvoie par ailleurs aux recommandations du ministère aux voyageurs allemands, prévenant que "la situation dans tout le pays est à l'avenir incertaine ". Le ministère évoque notamment le risque d'"attaques terroristes dans certains endroits isolés du pays mais aussi dans la capitale Sanaa ".

"Toutes les mesures nécessaires "

Quelques mois après avoir annoncé de nouvelles directives en matière de lutte contre le terrorisme, le président
Obama
a ordonné à son équipe de sécurité nationale de mettre en place "toutes
les mesures nécessaires pour protéger les Américains
". Selon un
responsable de la Maison Blanche, Barack Obama serait "tenu au courant
d'une menace potentielle (d'attentat) qui se déroulerait dans la péninsule
Arabique ou en émanerait
".

Depuis
l'attaque du 11 septembre dernier contre le consulat américain de Benghazi, en
Libye, qui avait tué l'ambassadeur américain et trois de ses collaborateurs,
les Etats-Unis sont particulièrement vigilants concernant la sécurité de leurs représentations
à l'étranger. Suite à cet attentat, le département d'Etat avait reconnu en 2012
des ratés en matière de sécurité.