Kobané, une ville libérée mais en ruines

Les forces kurdes ont chassé l'Etat islamique de Kobané en Syrie en début de semaine. Les combats ont laissé la place aux ruines et aux cendres. Le récit et les photos de nos envoyés spéciaux sur place.

(La cité, devenue le symbole de la guerre civile, a été aux trois-quarts détruite © Maxppp)

 Bâtiments éventrés, rues noyée sous les débris, quartiers déserts : la victoire des forces kurdes sur les djihadistes du groupe Daech après plus de quatre mois de combats acharnés a transformé la ville syrienne de Kobané en champ de ruines.

> Etienne Monin, envoyé spécial de France Info a rencontré des habitants : 

REPORTAGE - Sacrifice et abnégation à Kobané - Etienne Monin
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Deux jours après une bataille devenue un symbole de la guerre civile qui déchire le pays depuis 2011, les combattants des Unités de protection du peuple, la milice du principal parti kurde de Syrie, règnent en maîtres sur une cité aux trois-quarts détruite.

> Ecoutez le reportage sur place d'Omar Ouahmane, correspondant pour France Info :

REPORTAGE - "Certaines maisons sont éventrées, aplaties" - Omar Ouahmane
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A la plupart des carrefours, des groupes de miliciens en tenues dépareillées, dont de nombreuses femmes, ont salué la présence des journalistes par des rafales de Kalachnikov tirées en l'air et en faisant le "V" de la victoire.

Tout autour d'eux, la silhouette décharnée des immeubles témoigne de la violence des affrontements et des nombreux raids menés par les bombardiers de la coalition internationale conduite par les Etats-Unis.

Une victoire symbolique contre Daech

Pour Jacques Berès, fondateur de Médecins sans frontière et qui se rend régulièrement en Syrie auprès de la population civile, la libération de la ville est une victoire très importante. L’échec de Daech, selon lui, est d’autant plus symbolique que l’organisation terorriste avait fait de la ville martyre un objectif, notamment en proclamant qu’elle allait tomber dans leurs griffes.

"Les Occidentaux avaient clairement abandonné Kobané" Jacques Bérès (MSF)
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"Certes , explique-t-il, la ville est détruite : il y a eu plusieurs milliers de morts. Et les Kurdes sont héroïques. Mais ne minimisons pas le rôle des frappes de la coalition et celui des quelques centaines de peshmergas irakiens qui les ont rejoints ."

Une ville abandonnée par les Occidentaux

Sur le rôle de la coalition, Jacques Berès ne mâche pas ses mots : "Les Occidentaux, en quelque sorte, sont arrivés à la rescousse d’une ville qu’ils avaient clairement abandonnée. L’exemple d’Alep est éloquent : il y avait là-bas plus de deux millions et demi d’habitants. Il n’en reste plus que 200.000 qui continuent à être pilonnés : aujourd’hui, ce que demande les derniers combattants d’Alep, c’est un peu d’armement anti-aérien et nous ne sommes mêmes pas fichus d’y pourvoir… "

Dans certaines rues, des obus de mortier non explosés gisent encore sur les gravats, à côté de véhicules criblés de balles. Le calme est revenu mercredi sur toute la ville, mais les opérations de "nettoyage" se poursuivaient dans les villages environnants. Toujours à l'affût dans le ciel de Kobané, les avions de la coalition ont mené mardi et mercredi 13 frappes qui ont permis de détruire douze véhicules jihadiste.

Tentative de dialogue à Moscou

A Moscou, des opposants syriens tolérés par le régime de Damas et des émissaires du président Bachar al-Assad se sont retrouvés mercredi pour tenter de renouer un dialogue, rompu depuis l'échec des discussions dites de Genève II en février 2014. Les ambitions de ces discussions restent toutefois très modestes compte tenu de l'absence de la Coalition nationale de l'opposition syrienne, considérée par la communauté internationale comme la principale force d'opposition au régime.

(A quelques kilomètres de Kobané © RF-Etienne Monin)
(La place de la liberté, la ligne de front pendant les combats © RF-Etienne Monin)
(Des véhicules qui n'ont pas été déclenchées pendant les combats © RF-Etienne Monin)
(Un obus artisanal de Daech © RF-Etienne Monin)
(Une tranchée anti-voitures piégées dans Kobané © RF-Etienne Monin)