Fukushima : pour Tepco, la question de l'eau contaminée reste insoluble

La récente fuite de près de 300 tonnes d'eau radioactive révèle l'incapacité du gestionnaire de la centrale japonaise à décontaminer le site.

Un employé de Tepco (Tokyo Electric Power) travaillant sur les cuves de stockage des eaux contaminées, le 12 juin 2013, à Fukushima (Japon). 
Un employé de Tepco (Tokyo Electric Power) travaillant sur les cuves de stockage des eaux contaminées, le 12 juin 2013, à Fukushima (Japon).  (NOBORU HASHIMOTO / AFP)
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Un incident de plus sur une liste désormais très longue, mais qui illustre la complexité du traitement des eaux contaminées de la centrale de Fukushima (Japon). Le 19 août, 300 tonnes d'eau hautement radioactive se sont échappées d'un des réservoirs de stockage du site. Un "incident grave", de niveau 3 sur une échelle allant de 0 à 7, et inédit depuis le 11 mars 2011.

La radioactivité mesurée à environ 50 cm au-dessus de ces flaques était d'environ 100 millisieverts par heure, selon la compagnie gérante du site, Tokyo Electric Power (Tepco). Une personne tomberait malade après seulement dix heures au contact de ce liquide, avec des nausées et une chute du nombre de globules blancs.

Déjà, courant juillet, Tepco avait reconnu que l'eau radioactive s'écoulait dans l'océan Pacifique. Francetv info revient sur le casse-tête que constitue la gestion de cette eau contaminée. 

D'où vient cette eau ? 

Une grande partie de l'eau présente dans la centrale est arrivée avec la vague qui a submergé les installations lors du tsunami du 11 mars 2011. Ensuite, dans l'urgence, de l'eau de mer puis de l'eau douce ont largement été utilisées pour arroser les réacteurs et faire baisser leur température.

Si la situation est désormais partiellement stabilisée, le refroidissement se fait toujours en injectant près de 350 m3 d'eau par jour. "Elle se charge alors en radioactivité. Du fait de l'inétanchéité des cuves et des enceintes de confinement, l'eau injectée s'écoule dans les sous-sols des bâtiments, d'où elle est reprise pour être traitée et réutilisée afin d'assurer le refroidissement des réacteurs", détaillait en juillet l'INRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) dans un état des lieux repris par Slate.

Que faire de cette eau contaminée ?

"Les mesures mises en œuvre à ce jour par Tepco ne sont qu'un pis-aller", estime, dans Le MondeJérôme Joly, directeur général adjoint de l'IRSN. Car pour éviter que cette eau contaminée ne s'infiltre dans la nappe phréatique, les équipes du gestionnaire de la centrale doivent la pomper en permanence, à raison d'environ 700 m3 par jour.

Une partie de cette eau (près de 300 m3 par jour) est traitée et décontaminée. Mais les 400 m3 restant sont versés dans les centaines de citernes qui parsèment le site. Si la capacité de stockage est aujourd'hui de 300 000 m3, et devrait bientôt être portée à 450 000 m3, elle n'est pas sans limite. "Il n'est pas possible de continuer ainsi indéfiniment", analyse le directeur adjoint de l'IRSN. D'autant, note Libération, que maintenir un tel système sans aucune fuite sur plusieurs années semble aujourd'hui impossible.

Plus que jamais, les capacités du gestionnaire de la centrale sont mises en doute. "Tepco semble débordé face à ce qui est un problème très grave", estime Akio Yamamoto, un professeur de génie nucléaire à l'université de Nagoya cité par le New York Times, et qui sert d'expert à l'Autorité de réglementation nucléaire japonaise.

Comment arrêter les fuites ?  

Pour tenter d'endiguer ces fuites, Tepco a déjà injecté dans le sol, sous les stations de pompage, des résines chimiques formant une barrière entre la nappe phréatique et la mer. Revers de la médaille, le niveau de la nappe ne cesse d'augmenter, obligeant Tepco à pomper davantage...

Le gouvernement imagine quant à lui une autre solution, qui conduirait à geler entièrement le sol de la centrale avec de l'azote liquide. "Une option complexe, dont il faut s'assurer qu'elle est à la fois efficace et sans danger", explique Jérôme Joly.