«Femmes de réconfort»: le maire d'Osaka entretient la polémique

Le 13 mai, les propos du maire d'Osaka jugeant «nécessaires» les «femmes de réconfort» pour les militaires ont nourri la polémique. Le 21, il a enfoncé le clou en accusant «les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la France, et même les soldats sud-coréens au Vietnam après la Deuxième Guerre mondiale» d'avoir «utilisé des femmes»...

Le maire d\'Osaka et leader nationaliste japonais, Toru Hashimoto, le 4 décembre 2012.
Le maire d'Osaka et leader nationaliste japonais, Toru Hashimoto, le 4 décembre 2012. (AFP PHOTO / FILES / Toru YAMANAKA)
Toru Hashimoto, co-leader du très nationaliste Parti de la restauration du Japon – droite, 57 députés, 3e force politique du pays – avait justifié la prostitution au service des armées devant les télévisions japonaises: «Quand les soldats risquent leur vie sous la mitraille et que vous voulez leur procurer du repos quelque part, c'est clair que vous avez besoin d'un système de femmes de réconfort.»

Des déclarations qui ont ravivé en Corée et en Chine le souvenir des exactions commises par l'armée impériale japonaise entre 1932 et 1945, notamment la prostitution contrainte de quelque 200.000 Coréennes, Chinoises, Indonésiennes et Philippines dans les bordels de campagne, où 75% d'entre elles seraient mortes.

Si en 1993, le gouvernement japonais s'est excusé auprès de ses voisins asiatiques pour ces pratiques, la droite japonaise a toujours nié toute responsabilité officielle dans la mise en place de ces maisons closes. Alors qu'il était Premier ministre en 2006-2007, Shinzo Abe l'affirmait en tout cas. Il n'a pour l'heure fait aucun commentaire sur le sujet. Le gouvernement a toutefois pris ses distances avec Toru Hashimoto.

Selon certains analystes, ces propos ont été rendus possibles par la montée des nationalismes sur fond d'instabilité économique dans l'archipel.

Une majorité de Japonais dénoncent 
Le 20 mai, sur 1.550 personnes interrogées par le quotidien nippon Mainichi, 71% ont jugé les déclarations de l'édile «inappropriées». Dans un autre sondage pour le quotidien Asahi conduit auprès de 3.600 personnes, 75% ont estimé que ses propos «pos(ai)ent problème». Les 20% restant ont eux approuvé, voire déclaré qu'ils ne leur posaient «pas ou peu» de problèmes...

A Séoul, où le sujet est d'autant plus sensible que Tokyo refuse de mener des discussions bilatérales à propos des demandes de réparation de ces femmes, très âgées aujourd'hui, la condamnation a été sans appel. «Nous sommes profondément déçus qu'une personnalité  officielle (japonaise) défende de tels crimes inhumains», a lancé le ministère des Affaires étrangères, alors que le quotidien sud-coréen Joong-Ang dénonçait des «hommes politiques japonais (ayant) perdu la raison».

Même son de cloche à Pékin, où le ministère des Affaires étrangères s'est indigné: «Le recrutement forcé de femmes de réconfort a été un crime grave commis par les militaristes japonais pendant la Seconde guerre mondiale, un affront à la dignité humaine et une grave violation des droits fondamentaux (...). L'avenir dira comment le Japon saura faire face à son passé. Ses voisins asiatiques et la communauté internationale attendent de voir quel sera son choix.»


Hashimoto ne lâche rien
Devant la condamnation de Washington, le maire d'Osaka a contre-attaqué en accusant sur twitter les forces d'occupation américaines de viols durant la période d'occupation (1945-1952). «Je ne peux m'empêcher de dire que c'est injuste que l'Amérique critique le Japon en passant sous silence des actes qu'elle a elle-même commis.» 

Peu avant, lors d'une visite à Okinawa où se trouvent quelque 22.000 des 47.000 soldats américains stationnés au Japon, Toru Hashimoto avait encouragé les GI à «utiliser davantage» les maisons closes. 25 associations de femmes d'Okinawa s'étaient alors insurgées, exigeant des excuses de Toru Hashimoto. 

Le 16 mai à la télévision, le leader nationaliste se disait prêt à le faire. Le 20, il accusait les médias et l'opinion publique de l'avoir mal compris... Et le 21, il