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"J'ai vraiment envie de pleurer" : les habitants du Golfe, traumatisés par les conséquences de la crise avec le Qatar

Depuis le 5 juin dernier, le Qatar est isolé dans le Golfe. La crise diplomatique et les sanctions imposées par ses voisins dans la région ont des conséquences directes sur les habitants du Golfe.

Article rédigé par
Edité par Alexandra du Boucheron - Mariam El Kurdi - franceinfo
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Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Un homme passe devant le siège saoudien de la compagnie Qatar Airways, à Riyad, le 5 juin 2017. (FAYEZ NURELDINE / AFP)

Le Qatar est plongé dans la tourmente depuis que plusieurs pays arabes ont décidé, le 5 juin 2017, de rompre leurs relations diplomatiques avec le pays. L'Arabie Saoudite, le Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Yémen et l'Égypte accusent Doha de soutenir le terrorisme et de défendre les Frères musulmans, perçus comme une force d'opposition potentiellement déstabilisatrice. Des sanctions économiques sont également appliquées. Cette crise est sans précédent dans la région du Golfe arabo-persique. Doha dit tenir bon mais, pour les habitants de la région, la situation est particulièrement difficile.

Séparé de sa famille du jour au lendemain

Abdallah vit et travaille à Dubaï depuis plus de 15 ans. Ce Qatarien de 45 ans, père de trois enfants, est marié à une Émiratie. Il rentrait d'un voyage lorsqu'il a été arrêté à l'aéroport de Dubaï, le 6 juin dernier. "On m'a dit : 'Tu n'as pas le droit de rester à Dubaï. Tu dois retourner au Qatar immédiatement, par le prochain avion', raconte-t-il. J'ai répondu : 'Mais, je travaille ici, je suis résident ici, avec mes trois enfants, avec ma femme, ici, à Dubaï !'."

On m'a demandé : 'Quelle est la nationalité de ton épouse ?' J'ai dit : 'Elle est émiratie'. On m'a répondu : 'Tu ne peux pas la voir et elle ne peut pas venir te voir. Tu retournes au Qatar, c'est tout !'

Abdallah

à franceinfo

Depuis, la vie de famille d'Abdallah est bouleversée. "J'ai vraiment envie de pleurer maintenant, assure-t-il. Il y a quelques jours, c'était l'anniversaire de ma fille de 10 ans. Au téléphone elle m'a demandé : 'Papa, papa, est-ce que tu pourras venir à mon anniversaire ?' Que dire ?... Mes enfants et ma femme me manquent beaucoup. Ils sont si loin. Je suis perdu. Ils représentent tout pour moi."

Le cas d'Abdallah est à l'image de celui de milliers de Qatariens qui résident dans les pays du Golfe, selon Amnesty International. L'ONG dénonce également la situation des résidents saoudiens, émiratis ou bahreïniens installés au Qatar. Leurs pays d'origine ont exigé leur retour avant 14 jours maximum, sous peine de sanctions. Plus de 10 000 personnes seraient concernées.

Temps de trajet aérien multiplié par trois

Les autres résidents du Qatar sont, eux aussi, touchés par cette crise sans précédent. Un embargo aérien a été imposé à la compagnie Qatar Airways et aux avions immatriculés au Qatar. L'effet a été immédiat pour Amal. Cette Égyptienne ne peut plus voyager comme avant : "Maintenant, si on veut aller en Égypte, on doit passer par la Turquie ou par le Liban, ou encore par le Koweït. C'est une énorme galère pour nous : le trajet est interminable, il y a des transits, le voyage peut durer 19 heures au total." 

Vu mon âge et mon état de santé, je ne peux faire que des trajets directs. C'est ce que j'ai toujours fait avec Qatar Airways, c'était confortable, les trajets duraient trois, quatre heures maximum. Maintenant, c'est au minimum 11 à 12 heures.

Amal

à franceinfo

Amal explique avoir réservé un vol pour l'Égypte pour son fils qui doit s'inscire à l'université là-bas. Il passera par le Koweït. Elle ne pourra pas le rejoinre.

Les conséquences de la crise sont aussi économiques

Inès est Française, elle vit entre le Qatar et le sud de la France. À la tête d'une agence de luxe, elle a lancé, il y a un a, une marque de parfum fabriqués à Grasse dans les Alpes-Maritimes et vendus notamment au Qatar. Le problème c'est que ces parfums sont mis en bouteille à Dubaï. Impossible de les faire passer au Qatar.

Aujourd'hui, "entre 700 et 1 000" bouteilles de parfum, à "200 euros la bouteille", sont ainsi bloquées. "C'est le mental qui prend un gros coup. Honnêtement, ça dégoûte, dit-elle. Là, je suis bloquée parce que les parfums ne vont pas pouvoir venir et j'avais un engagement avec les Galeries Lafayette à Cannes, pour être positionnée là-bas."

J'avais une demande de 250 parfums par mois pour les trois prochains mois à livrer pour les Galeries Lafayette. Pour l'instant, on me dit qu'il faut attendre.

Inès

à franceinfo

"Attendre" mais combien de temps ? Ce qui est sûr, c'est que l'isolement du Qatar semble avoir échoué. L'Iran et la Turquie sont venus à la rescousse de Doha pour l'approvisionnement en produits alimentaires, à la place de Riyad. Quant aux Américains, apparemment méfiants de l'Iran et des Frères Musulmans, comme les Saoudiens, ils continuent et même renforcent la coopération sécuritaire avec le Qatar. Ils viennent de signer un contrat de vente d'avions de combat F-15 de 12 milliards de dollars. États-Unis, Koweït, Oman, Paris... Tous multiplient les efforts diplomatiques pour mettre fin à cette crise fratricide.

Au Qatar, les habitants traumatisés par les sanctions et la crise diplomatique : le reportage de Mariam El Kurdi
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