Surmortalité mystérieuse en Italie

C'est l'inquiétante découverte qu'ont faite les démographes italiens. Les statistiques montrent une forte hausse des décès sans qu'une cause précise soit identifiée. La question se pose : est-ce une nouvelle tendance ou un phénomène ponctuel inexpliqué ?

Cimetière de Florence (Italie)
Cimetière de Florence (Italie) (GUY BOUCHET / PHOTONONSTOP)

Mais qu'est-ce qui fait mourir les Italiens ? Cette question est dans la tête de tous les démographes du pays. Les statistiques des huit premiers mois de 2015 font apparaître une forte hausse de la mortalité en Italie. 11,3% d'augmentation, soit  67.000 morts de plus que 2014. Le taux de mortalité regressait régulièrement depuis des années, mais surtout n'avait jamais atteint un pourcentage à deux chiffres. 

Des prévisions alarmantes
La mortalité est passée de 50.000 décès par mois à 55.500 sans que la moindre raison ne vienne justifier cette augmentation qui est loin d'être anecdotique. De janvier à août, 444.658 décès ont été entregistrés. Si la tendance se maintient, le total pourrait atteindre 667.000 morts. Et même si les chiffres sont provisoires, les tendances et analyses des années précédentes ont toujours été confirmées à peu de choses près.

Une surmortalité tout à fait incompréhensible donc pour le moment. Après avoir tenté d'incriminer une épidémie de grippe mal jugulée à cause d'une polémique sur le vaccin, les autorités ont bien été obligées de reconnaître que cette affaire ne justifiait pas la totalité des 23.000 décès supplémentaires de janvier à mars.

De même, le petit épisode caniculaire de juillet n'explique pas les 10.000 décès supplémentaires enregistrés ce mois là.

Mobilisation générale
Les démographes, mais aussi les experts de santé se mobilisent pour arriver à déterminer si des tranches d'âge spécifiques ont été atteintes et identifier les causes des décès. Le but : voir si quelque chose de saillant apparaît pour expliquer un tel phénomène, jamais vu depuis des décennies. L'agence sanitaire des régions, Agenas, enquête directement auprès des hôpitaux pour tenter d'avoir au plus vite une idée des causes de cette hécatombe.  
 
«Le chiffre est impressionnant. Mais ce qui le rend tout à fait inhabituel est le fait que, 
pour trouver une hausse similaire,  avec des ordres de grandeur comparables, vous devez remonter à 1943.  Et, avant cela, il faut remonter aux années entre 1915 et 1918», écrit le professeur Gian Carlo Blangiardo, sur le site de démographie Neodemos.

«Nous devons comprendre si nous nous trouvons face à une inquiétante inversion de tendance», a déclaré à La Repubblica le démographe Alessandro Rosina. «Notre population toujours plus âgée est particulièrement sensible aux conditions liées au climat ou au fonctionnement de l'Etat-providence».