Élections municipales en Italie : à San Luca en Calabre, l’ombre de la mafia plane sur les urnes

Depuis 2013 et la dissolution du conseil municipal pour infiltration mafieuse, aucun candidat ne se présente à l'élection municipale de dimanche dans ce bourg de 4 000 âmes, berceau de la mafia calabraise.

Vue générale de San Luca, en Calabre.
Vue générale de San Luca, en Calabre. (MATHILDE IMBERTY / RADIOFRANCE)

Une partie des Italiens sont convoqués dimanche 10 juin aux urnes à l’occasion des élections municipales lors desquelles une commune sur dix renouvelle son conseil municipal et élit son maire. Un premier test, en somme, pour évaluer le poids local des partis parvenus au pouvoir, à savoir la Ligue et les 5 Etoiles.

Le berceau de la redoutable ‘Ndrangheta

Pourtant, à San Luca, en Calabre, le berceau des clans les plus redoutables de la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise, pas le moindre frémissement électoral. Le bourg de 4 000 habitants, dont une dizaine de familles mafieuses, accroché aux flancs montagneux et sauvages de l’Apremont, ne vote plus depuis 2013 et la dissolution du conseil municipal pour infiltration mafieuse. Aussi, reflet d’une réalité toute italienne, à l’instar de 43 autres communes italiennes (dont 22 en Calabre), San Luca n’a plus de maire et se voit gérée par un haut fonctionnaire.

Cette année encore aucun candidat ne se présente car la loi est devenue très stricte explique Nicola Gratteri, le procureur chargé des plus gros dossiers mafieux. "Dans ces communes-là, explique le magistrat, il est vain de vouloir entrer en politique. Car si tu montes une liste, il y figurera nécessairement à un moment ou un autre le nom d’un lointain parent de 'ndranghetiste'. Six mois ou un an plus tard, le conseil municipal sera dissous. Même les gens honnêtes risquent de se voir imposer par la ‘Ndrangheta un ou deux noms pas propres.

Il faut savoir que la ‘Ndrangheta vote et fait voter ! Et elle fait en sorte de ne jamais se retrouver dans l’oppositionNicola Gratterià franceinfo

Faute de maire, San Luca est géré par un Commissaire qui, aux dires des habitants, réintroduit la légalité dans la commune. L’eau est payée par tous, les impôts locaux sont payés par tous. Le cimetière a été rénové et un terrain sportif a vu le jour. Du coup, à San Luca, on reconnaît quelques mérites à cette mise sous tutelle. "On n’a rien contre, explique un habitant. On ne vote plus, c’est comme ça. C’est plus simple avec un Commissaire..."

"Il faudra bien que quelqu’un se jette à l’eau !"

L’arrivée d’un Commissaire à la gestion de la commune a permis à certaines initiatives de naître. Par exemple, ces Jeux olympiques de San Luca organisés en 2017 par l’association Auser de Antonio Pecorella, ancien gendarme bien au fait des réalités du terrain. "A San Luca, l’eau est payée, les impôts aussi : avant il y avait de la magouille, mais le Commissaire a dit : Vous voulez de l’eau ? Alors payez les taxes. Vous voulez qu’on ramasse vos poubelles ? Alors vous devez payer ! On ne peut plus dire que son voisin, lui, ne paie pas... Ce sont les règles. Point. Mais bon, tôt ou tard il va bien falloir que quelqu’un d’autre se jette à l’eau !" Le sursaut n’a pas encore eu lieu : aucun candidat maire ne s’est fait connaître. Aussi, San Luca ne votera pas ce dimanche.