Vidéo Yonne : comment le département a refait un pont à neuf… mais trop bas

Publié Mis à jour
L'oeil du 20 heures - 5 mai 2020
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France Télévisions

L’affaire est ubuesque. Dans l'Yonne, le conseil départemental a fait faire des travaux sur un pont des années 1940, à l'issue desquels l’ouvrage a baissé de 38 centimètres. Résultat : les péniches ont bien du mal à passer dessous.

C’est l’histoire d’un pont qui traversait l’Yonne, et sous lequel les bateaux passaient depuis 80 ans. Le département a entrepris de remplacer ce pont vieillissant par un pont flambant neuf, mais plus bas que le précédent.  

A Pont-sur-Yonne, le nouveau pont du département, encore en travaux, est devenu le cauchemar des bateliers comme Pascal Malbrunot. Pour passer avec sa péniche, il doit maintenant baisser sa cabine... et la tête. "Attention de ne pas abîmer le pont avec le crâne !" prévient-il. Le nouveau pont est 38 centimètres plus bas que l’ancien. Et ça passe tout juste. "Je passe parce que je n’ai pas de chargement encombrant," explique Pascal Malbrunot. "On ne comprend pas comment le département peut s’entêter à faire un nouveau pont plus bas que le vieux, alors qu’on les a alertés."  

Selon le département, Voies Navigables de France, qui gère la rivière, lui avait communiqué une hauteur minimum réglementaire : 4,70 mètres. Avec 5,10 mètres, le nouveau pont est donc dans les clous. Mais tout de même moins haut que le précédent. Voies Navigables de France admet que la réglementation est respectée, mais juge le projet surprenant : "à aucun moment le maître d’ouvrage, le département de l’Yonne, ne nous a mentionné sa volonté de diminuer la hauteur du pont," s’étonne Virginie Pucelle, directrice adjointe de l’établissement public en Bourgogne. "Au-delà de la réglementation, un pont plus bas qu’un ancien pont est surtout une action incohérente avec les perspectives de développement de l’axe".

1000 emplois seraient menacés  

Car cette baisse de gabarit n’est pas sans conséquences, notamment pour le port fluvial de Gron, situé en amont. 11 millions d’euros d’argent public y ont été investis pour permettre aux entreprises de la région d’exporter vers le monde entier. Or la marchandise volumineuse qui passait sous l’ancien pont, ne passe pas toujours sous le nouveau. "C’est de l’argent public de gaspillé," soupire David Buquet, du port fluvial de Gron. "En créant des contraintes comme ça, on a des mariniers qui vont certainement ne plus vouloir venir, ou alors qui vont augmenter considérablement les prix. Moins de bateaux disponibles, ça veut dire envolée des coûts de transport." Selon la Chambre de Commerce et d’Industrie, plus de 1000 emplois seraient menacés par ce pont plus bas que le précédent.

Il y aurait bien eu une solution : Voies Navigables de France a proposé de prendre à sa charge le million d’euros de travaux nécessaires pour rehausser le pont déjà posé. Le chantier aurait été rallongé de trois mois. Mais plouf : offre déclinée par le département, qui compte bien livrer le pont le mois prochain. "Ce n’est pas si simple que ça," se justifie Patrick Gendraud, le président (LR) du département de l’Yonne. "Il fallait que l’assemblée délibère, je ne pouvais pas prendre seul la décision, donc c’était matériellement impossible."  

Les bateliers ont déposé un recours en justice contre ce chantier à 8 millions d’euros.  Une somme élevée, pour un pont jugé trop bas.

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