Mission sur la sécurité des ponts en France : les communes peinent à "mobiliser l'ingénierie" nécessaire pour un patrimoine vieux "de 60 à 70 ans", dit un sénateur

Faute de moyens suffisants, affirme le député PS Michel Dagbert, les maires sont souvent contraints "d'interdire l'accès au pont, ce qui provoque le mécontentement de leurs citoyens".

Le chantier du viaduc de Langeais (Indre-et-Loire), le 18 juillet 2019.
Le chantier du viaduc de Langeais (Indre-et-Loire), le 18 juillet 2019. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

Deux ans après l'effondrement du pont Morandi à Gênes, un nouveau pont est inauguré lundi 3 août dans la ville italienne. En France, après cet accident, un rapport sénatorial sur l'état des ponts du pays avait été rédigé. Michel Dagbert, sénateur PS du Pas-de-Calais, co-rapporteur de cette mission d’information sur la sécurité des ponts, a indiqué lundi sur franceinfo que la situation en France est problématique à plusieurs égards. "Si nous devons constater que les ponts qui sont du ressort des départements sont bien gérés, le bloc communal peine à mobiliser l'ingénierie qui lui serait nécessaire pour avoir une vision juste de ce qu'il conviendrait de faire sur un patrimoine qui malheureusement prend un peu d'âge puisque l'essentiel de ce patrimoine date de 60 à 70 ans", estime le sénateur.

Un carnet de santé pour chaque pont

"Nous avons identifié un besoin en ingénierie, publique ou privée", affirme Michel Dagbert qui a mené cette mission d'information au nom de la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable. "Nous avons fait en sorte d'entendre à la fois l'Association des départements de France mais aussi l'Association des maires de France qui, pour un certain nombre d'entre eux, nous disent à quel point il est compliqué d'avoir une vision exhaustive à la fois du patrimoine et de l'état sanitaire de celui-ci, indique le sénateur socialiste.

Il nous faut aujourd'hui traduire dans les faits les recommandations de ce rapport.Michel Dagbert, co-rapporteur de la mission d'information sur la sécurité des pontsà franceinfo

À savoir, la mise en place d'un système d'informations géographiques national qui recense la totalité des ouvrages d'art, ponts mais aussi murs de soutènement. Deuxièmement nous souhaitons la mise en œuvre d'un coffre fort numérique et la généralisation d'un carnet de santé dédié à chaque ouvrage."

Pas assez de moyen pour sécuriser les ponts

L'une des difficultés principales réside dans la diversité que recouvre la problématique de la rénovation des ponts. "Derrière l'appellation d'ouvrage d'art, il y a tous types d'ouvrages d'art, qui vont du petit pont en milieu rural jusqu'à des viaducs autoroutiers. Et donc nous avons un panel d'ouvrage d'art qui est assez large de par leur ampleur mais aussi leur mode constructif.", explique le co-rapporteur de la mission d’information sur la sécurité des ponts. 

Michel Dagbert a souligné l'importance d'aider les responsables territoriaux face à cet enjeu de sécurité.

Un certain nombre d'élus sont vraiment à la peine puisqu'ils ne disposent ni de l'ingénierie dans leur service, ni des moyens pour se payer une ingénierie privée.Michel Dagbert, sénateur PS du Nordà franceinfo

Par conséquent, ils n'ont, pour se protéger, d'autre moyen que d'interdire l'accès au pont, ce qui provoque le mécontentement de leurs citoyens."