Mort du président iranien Ebrahim Raïssi : l'histoire derrière le hashtag "HeliKotlet"

Rapidement après l'annonce de l'accident d'hélicoptère qui transportait le chef d'Etat iranien, dimanche, certains internautes ont fait émerger ce mot-clé issu d'un jeu de mots… culinaire.
Article rédigé par Xavier Allain
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Le président iranien, Ebrahim Raïssi, à New-York (Etats-Unis), le 22 septembre 2022.  (ED JONES / AFP)

"Happy #HeliKotlet Day !" : en Iran, et plus largement parmi la diaspora iranienne à travers le monde, tout le monde n'est visiblement pas en deuil depuis l'annonce de la mort d'Ebrahim Raïssi. Le président iranien et son ministre des Affaires étrangères ont été tués dans un accident d'hélicoptère dans le nord-ouest de l'Iran, dimanche 19 mai 2024.

La mort du "boucher de Téhéran" à 63 ans ouvre une période d'incertitude politique en Iran, au moment où la région est secouée par la guerre dans la bande de Gaza entre Israël et le Hamas palestinien, un allié de la République islamique. Élu en 2021, il était considéré comme l'un des favoris pour succéder au Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, âgé de 85 ans. Et c'est sans doute pour cela aussi que sa disparition n'est pas accueillie avec tristesse par certains opposants au régime de mollahs.

Des boulettes comme symbole de résistance

En effet, rapidement après l'annonce de l'accident d'hélicoptère, dimanche, un hashtag a fait son apparition sur les réseaux sociaux : "#HeliKotlet". Sous le mot-clé, sur X, on peut découvrir pêle-mêle des images de feux d'artifice dans les rues de Téhéran, des memes se moquant de Raïssi, des femmes qui dansent ou encore des clips musicaux festifs, loin des images au ralenti sur des chants religieux diffusées par la télévision d'État.

Derrière ce hashtag, repris massivement par la diaspora iranienne hostile au pouvoir actuel ainsi que par des Israéliens qui se réjouissent de cette disparition, il existe une histoire pour le moins… étonnante.

Si le mot "hélicoptère" semble évident, en référence au crash mortel dans une zone montagneuse à proximité de la frontière avec l'Azerbaïdjan, "Kotlet" est, vu de l'extérieur, plus complexe à saisir. Pour comprendre le jeu de mots, il faut aller… en cuisine. Les kotlet sont en effet des boulettes de viande et de pommes de terre parfumées de safran, typiques de l'Iran. Ce plat populaire et relativement simple à faire se déguste en famille.

Or, depuis quatre ans, elles sont surtout devenues un symbole de résistance : comme le notent nos confrères canadiens du Devoir, ces boulettes sont aussi au cœur d’une blague - de mauvais goût -, qui a circulé après la mort du chef des services de renseignement iranien. Qassem Soleimani, ex-chef de la force Qods et architecte des opérations militaires iraniennes au Moyen-Orient, a été tué en janvier 2020 dans une attaque de drone américaine en Irak. Lors de cette "frappe de précision", on ne retrouve rien de son corps, à l'exception d'une main, dont une bague qui permettra son identification. Et un internaute iranien de plaisanter en disant donc que l'homme, présenté comme un héros par le régime ou comme un tyran par certains, a été transformé… en kotlet.

Passé sous le spectre de la censure, le nom de la spécialité culinaire se murmure dans la résistance avant de se moquer ouvertement du pouvoir : en janvier 2023, pour les trois ans de la mort de Qassem Soleimani et en plein mouvement Femme, Vie, Liberté, une "journée internationale de la kotlet" est lancée. Mais les mollahs ne goûtent pas à cette initiative et encore moins à la moquerie de celui présenté comme un martyr : un chef iranien, Navab Ebrahimi, est alors arrêté pour avoir publié une recette de kotlet sur son compte Instagram. En réponse, de très nombreux internautes ont défié les autorités en postant, eux aussi, des images de ces désormais galettes persanes de la colère.

Un jeu de mots aujourd'hui repris par ceux qui célèbrent la mort de Ebrahim Raïssi, qui était considéré comme un "dur" du régime théocratique iranien et considéré par de nombreux observateurs comme l'un des favoris pour succéder à Ali Khamenei, 85 ans.

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