Exécutions en forte hausse en Iran : "La seule solution qu’ils ont trouvée pour intimider la population", dénoncent des ONG

Les ONG Human rights watch et Ensemble contre la peine de mort estiment que les exécutions en Iran ont augmenté de 75% en 2022. Un chiffre probablement en dessous de la réalité. Les mollahs, dont le pouvoir est de plus en plus contesté, entretiennent un sentiment de peur.
Article rédigé par France Info - Nathanaël Charbonnier
Radio France
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Temps de lecture : 2 min
Mohammad Mahdi Karami and Seyyed Mohammad Hosseini ont été exécutés en 2023 en Iran pour avoir tué un membre des forces paramilitaires lors des manifestations du 5 décembre 2022. (- / IRINN / VIA AFP)

Dans un rapport très documenté d'une centaine de pages rendu public jeudi 13 avril, les deux associations Human rights watch et Ensemble contre la peine de mort estiment à au moins 582 les personnes condamnées à mort et exécutées en 2022 en Iran. Il faut remonter à 2015 pour retrouver un nombre d'exécutions aussi important. Cette année-là, 972 personnes avaient été tuées.

La peine de mort, un outil politique 

La crise du Covid avait permis de faire retomber ce triste décompte mais avec la mort de la jeune Mahsa Amini l'année dernière, arrêtée au prétexte qu'elle ne portait pas correctement son voile, et le souffle de révolution qui a secoué le pays, le recours à la peine de mort pour mater les contestataires a fait son retour.

>> Iran : où en est la mobilisation, six mois après la mort en détention de Mahsa Amini ?

"La peine de mort est utilisée comme un outil politique, affirme Raphaël Chenuil-Hazan directeur général d'ensemble contre la Peine de mort, pour maintenir au pouvoir le régime iranien. Cela a toujours été le cas depuis 1979. Il y a eu des exécutions massives dans les années 1980, la même chose dans les années 2000, lors des mouvements étudiants. Aujourd’hui la société iranienne n’accepte plus cet étau du pouvoir iranien, alors que les femmes iraniennes se sont rebellées, la seule solution qu’ils ont trouvée, encore une fois, c’est la peine de mort pour intimider la population". 

 

 

La répression vise notamment les minorités ethniques qui contestent le pouvoir, comme la communauté baloutche, concernée par 30% des exécutions alors qu'elle ne représente que 2 à 3% de la population. Et puis, il y a cette particularité des mollahs : ils n'hésitent pas à tuer des mineurs, explique le neuroscientifique norvégio-iranien Mahmood Amiry-Moghaddam, qui représente Human Rights Iran. "Si vous regardez le nombre de mineurs exécutés dans les 10-15 dernières années, l’Iran est le seul pays à en tuer tous les ans. L’Arabie saoudite le faisait aussi mais ils ont changé la loi depuis quelques années. Il faudra voir ce que cela donne vraiment."

 

"Dans les 30 dernières années, plus de 70% des enfants tués dans le monde l’ont été par la République islamique d’Iran."

Mahmood Amiry-Moghaddam, de Human Rights Iran

à franceinfo

 >> Les signes de rapprochement entre l'Arabie saoudite et l'Iran se mutiplient

Les deux ONG, Human Rights et Ensemble contre la peine de mort en appellent à la communauté internationale pour dénoncer ces horreurs, car ils l'assurent, la pression de cette dernière fonctionne sur le régime des mollahs. Elle avait réussi un temps à réduire le nombre d'exécutions publiques dans le pays. Le Conseil des droits de l'homme des Nations unies a approuvé mardi une résolution exprimant sa "profonde préoccupation face au nombre croissant d'exécutions, y compris celles d'individus condamnés à mort pour leur participation supposée aux récentes manifestations". Le texte étend également le mandat du rapporteur spécial de l'ONU sur les droits humains en Iran, Javaid Rehman, pour une année supplémentaire, provoquant la colère de l'ambassadeur iranien Ali Bahraini qui a rejeté ce texte, jugeant inadmissible de "faire des droits humains une arme de politique étrangère".

 

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