En formant des étudiants africains, l'Inde consolide sa position en Afrique

L'Inde fait les yeux doux aux étudiants africains pour les former dans leurs universités. Une manière pour le gouvernement indien de s'implanter durablement en Afrique. Mais tout n'est pas rose pour les jeunes Africains, souvent victimes de racisme et de discrimination une fois qu'ils foulent le sol du sous-continent. Explications de Nicolas Bertrand, correspondant de France 2 à New Delhi.

Université de New Delhi (août 2006).
Université de New Delhi (août 2006). (Creative commons (https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/))

Pourquoi l'Inde s'intéresse-t-elle aux étudiants africains?
L'Inde ne cache pas son jeu. Depuis plusieurs années, la République développe bourses et programmes à destination des étudiants africains. En contrepartie, évidemment, le pays s'implante toujours un peu plus en Afrique, développe ses échanges commerciaux et l'import de matières premières.

A Delhi, il y aurait 4.000 étudiants africains, et 30.000 dans toute l'Inde, selon les estimations données par l'Association des étudiants africains en Inde. Ils viennent en majorité du Kenya, du Congo, du Nigeria et de l’ile Maurice. L’Inde offre aussi des programmes d'enseignement à distance, notamment via le Pan-African e-Network, qui propose de la télé-éducation et télé-médecine dans 53 pays africains.
 
Quelles sont les ambitions avouées de l'Inde sur le continent Africain?
Tracteurs, médicaments génériques, textile... l'Inde investit l'Afrique. New Delhi importe de son côté hydrocarbures et matières premières agricoles. En 2013, l'Inde se classait à la troisième position, après les Etats-Unis et le Royaume-Uni, en nombre d'investissements directs en Afrique ; et à la première position en capital (rapport Ernst&Young 2014, Africa Attractiveness Survey).

New Delhi, le 19 juin 2015: le président tanzanien Jakaya Kikwete et son épouse Salma Kikwete sont reçus par le Premier ministre indien, Narendra Modi.
New Delhi, le 19 juin 2015: le président tanzanien Jakaya Kikwete et son épouse Salma Kikwete sont reçus par le Premier ministre indien, Narendra Modi. (REUTERS / Adnan Abidi)
 
Les filiales du géant indien Tata – producteur de voitures, entre autres – se multiplient, en Zambie, en Ouganda, en Afrique du Sud. Airtel, premier opérateur téléphonique en Inde consolide aussi son réseau en Afrique. Présent dans 17 pays africains, c'est désormais le premier opérateur téléphonique au Gabon, le deuxième au Nigeria (en termes d'utilisateurs). L'Inde commence aussi à investir dans le secteur minier, et – en plus du Moyen Orient – regarde vers l'Afrique pour le pétrole. L'Afrique représente désormais 20% des importations pétrolières de l'Inde, qui dépend à près de 80% de ses importations.
 
Pourquoi les étudiants africains viennent en Inde? Y souffrent-ils de racisme?
L'Inde est réputée en Afrique pour son éducation de qualité et bon marché. Selon Eugene Elikem Tornyeavah, Ghanéen, bénévole à l'Association des étudiants africains en Inde, «en Afrique, les bonnes universités sont peu nombreuses et la sélection est rude. L'Inde offre plus d'universités de qualité et c'est plus facile d'y avoir accès.» Il n'y a pas la barrière de la langue, avec une éducation en majorité en Anglais. L'argent n'est pas non plus un problème, que cela soit au niveau du coût des études ou du coût de la vie: «Les bourses indiennes à destination des étudiants africains sont nombreuses et c’est assez facile d'en profiter.»

Pourtant, après leurs études, la grande majorité des étudiants africains quittent l'Inde. Impossible de travailler ici, notamment à cause des discriminations à l'embauche.

Insultes, regards désapprobateurs, mais aussi agressions, les Africains souffrent en Inde d'un racisme violent. En octobre 2014, en plein après-midi, trois étudiants africains ont été lynchés dans la station de métro la plus empruntée de New Delhi... sous le regard d'un bon nombre de passants et de policiers passifs. Revenant sur les faits, un des trois étudiants avait déclaré à la presse : «Tous les jours on souffre de racisme ici. On ne vit pas en Inde, on survit.»