Pourquoi l'Europe ne doit pas craindre l'arrivée de Syriza en Grèce

Le parti d'Aléxis Tsípras, en tête dans toutes les enquêtes d'opinion, n'a cessé de promettre une renégociation de la dette grecque. Ce qui inquiète de nombreux pays européens, l'Allemagne en tête.

Aléxis Tsípras, figure de proue du parti anti-austérité Syriza, le 22 janvier 2015 lors du meeting de fin de campagne organisé à Athènes (Grèce).
Aléxis Tsípras, figure de proue du parti anti-austérité Syriza, le 22 janvier 2015 lors du meeting de fin de campagne organisé à Athènes (Grèce). (MICHAEL DEBETS / PACIFIC / SIPA )

C'était le 12 décembre dernier. Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne, ne faisait pas mystère de sa position quant à l'issue des élections législatives qui se profilaient alors en Grèce. "Ma préférence serait de revoir des visages familiers en janvier", lançait-il, interrogé par la télévision autrichienne.

Cet appel à peine voilé à reconduire le gouvernement mené par le conservateur Antónis Samarás s'explique facilement. A la différence de la formation de Samarás, Nouvelle Démocratie, Syriza, parti de gauche radicale favori de tous les sondages, souhaite renégocier les conditions du remboursement de la dette grecque auprès de la troïka (FMI, Banque centrale européenne, et Union européenne). La perspective d'une victoire de Syriza le dimanche 25 janvier n'enchante pas non plus Angela Merkel, qui a même laissé entendre qu'elle serait prête à laisser Athènes quitter la zone euro en cas de succès de la coalition emmenée par Aléxis Tsípras.

Pourtant, Syriza, si elle remporte les élections, ne devrait pas provoquer de cataclysme en Europe. Voici pourquoi.

Parce que Syriza ne veut plus quitter la zone euro

Contrairement aux dernières élections législatives organisées en 2012, au cours desquelles Syriza était secoué par un débat interne sur l'opportunité de rester ou non membre de la zone euro, le parti se présente cette fois devant les électeurs en ordre de marche. "A une époque, il y avait un courant qui était en faveur du retour à la drachme. Cette question est désormais tranchée : nous resterons dans la zone euro" déclarait ainsi fin décembre à Libération le député George Stathakis, présenté comme possible ministre des Finances d'un gouvernement mené par Aléxis Tsípras.

Cette position se veut d'abord pragmatique d'un point de vue électoral, 75% de la population grecque se déclarant attachée à la monnaie unique, selon un sondage effectué début janvier et rapporté par Le Parisien. Mais elle permet surtout de rassurer les futurs partenaires européens du parti, s'il accède aux responsabilités. 

Parce que le parti se veut plus conciliant avec ses partenaires européens

Tsípras ne cesse en effet de marteler depuis le début de la campagne qu'il souhaite engager une discussion plutôt qu'un bras de fer avec ses créanciers. "Nous voulons négocier un allégement de la charge de la dette avec les autorités européennes afin de la rendre soutenable", souligne ainsi George Stathakis à Libération. Preuve de la volonté de dialogue affichée par Syriza, des représentants du parti anti-austérité auraient débuté à la fin de l'année 2014 des discussions en coulisses avec un haut responsable du ministère des Finances allemand, rapporte le quotidien italien La Stampa.

C'est que, "si Syriza, une fois aux affaires, décidait unilatéralement de ne pas honorer les créances de son pays envers la troïka, la Grèce serait en situation de défaut de paiement", explique à francetv info Céline Antonin, économiste au département Analyse et prévisions de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). "Cela constituerait une atteinte au pacte conclu au sein de la zone euro, et légitimerait une sortie du pays de la monnaie unique". Un scénario catastrophe que Tsípras souhaite à tout prix éviter, quitte à faire des concessions.

Parce que Syriza risque de ne pas pouvoir gouverner seul

Si tous les sondages placent Syriza en tête des intentions de vote, aucun ne garantit que le parti obtienne à lui seul la majorité des 300 sièges de la Vouli, le Parlement grec. Sachant qu'un minimum de 3% des voix est requis pour qu'un parti entre à l'Assemblée, d'âpres discussions devraient s'engager dès dimanche soir entre Syriza et d'autres formations plus modestes en vue de former une coalition apte à gouverner.

Problème : la liste des interlocuteurs possibles de Syriza est relativement réduite. Pas question pour Tsípras de discuter avec la Nouvelle Démocratie (droite) du Premier ministre sortant ou avec le Pasok (parti socialiste), tenus responsables des politiques d'austérité mises en place depuis 2010. Une collaboration avec l'extrême-droite d'Aube Dorée est exclue, et le parti communiste KKE, radicalement anti-européen, fait la sourde oreille à une possible coopération.

Restent trois formations, toutes plus modérées que Syriza sur le plan économique : To Potami ("La Rivière", centre gauche), "plutôt libéral" selon Le Monde, la droite dissidente d'Anel, et Kínima ("Mouvement", gauche), parti fondé par l'ancien Premier ministre du Pasok Georges Papandréou. Une alliance avec un ou plusieurs de ces partis ne devrait pas se faire sans concessions de la part de Syriza. De quoi rassurer un peu plus les futurs interlocuteurs européens d'Aléxis Tsípras.