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Après le "non" au référendum, les trois questions qui se posent pour l'avenir de la Grèce

Le ministère de l'Intérieur a annoncé, dimanche, la large victoire du "non" au référendum sur l'avenir du pays, après le dépouillement de 95% des bulletins. Avec quelles conséquences ?

Article rédigé par Fabien Magnenou
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Des partisans du "non" au référendum célèbrent leur victoire annoncée, dimanche 5 juillet 2015 à Athènes (Grèce).  (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

Jusqu'au bout, les sondages ont annoncé un résultat serré. Le camp du "non" a finalement remporté une large victoire lors du référendum, dimanche 5 juillet, alors que les Grecs devaient se prononcer sur de nouvelles mesures d'austérité réclamées par leurs créanciers.

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Le "non" a recueilli 61,31% des voix, contre 38,69% pour le "oui", selon des chiffres quasi-définitifs du ministère de l'Intérieur grec. Francetv info interprète ces résultats qui précipitent la Grèce, mais aussi l'Union européenne, dans l'inconnu. 

Les négociations avec les créanciers vont-elles reprendre ?

Malgré la victoire du "non", les négociations ne se sont pas rompues. Le gouvernement d'Alexis Tsipras, qui ressort renforcé de ce scrutin, peut entamer de nouvelles discussions avec les membres de la troïka (Union européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne). "La question de la dette sera désormais sur la table des négociations", s'est d'ailleurs félicité le Premier ministre, lors d'une allocution télévisée.

Sa position semble davantage évoluer vers la modération – il pourrait négocier un troisième plan d'aide plus favorable à la Grèce en faisant des concessions – que vers la rupture et la sortie de la Grèce de la zone euro. Alexis Tsipras souhaite en tout cas la conclusion d'un accord dans les plus brefs délais. "Les négociations qui vont s'ouvrir doivent déboucher très rapidement, peut-être même d'ici 48 heures", a déclaré le porte-parole du gouvernement Gabriel Sakellaridis à la télévision grecque.

Lundi, les directeurs du Trésor de la zone euro ont prévu de se réunir, tandis qu'Angela Merkel et François Hollande réclament un sommet de la zone euro sur la Grèce le lendemain. Les ministres des Finances européens se réuniront dans la semaine, a annoncé dans la soirée un porte-parole du président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem.

Reste à connaître l'avis des créanciers eux-mêmes. Ceux-ci sont divisés : le ministre des Affaires étrangères italien a déjà tendu la main aux Grecs, sur Twitter : "Maintenant, il convient de commencer à tenter à nouveau de trouver un accord. Mais on ne sortira pas du labyrinthe grec avec une Europe faible, qui ne retrouve pas la croissance." En revanche, le président du Parlement européen Martin Schulz s'est montré plus ferme : "Le Premier ministre Alexis Tsipras pense être en meilleure position pour les négociations, mais je pense qu'il se trompe". De nouvelles discussions avec la Grèce sont "difficilement imaginables", surenchérit Sigmar Gabriel, le ministre de l'Economie allemand.

Les banques grecques vont-elles tenir ?

C'est sans doute la principale menace qui pèse sur le pays. Avec la victoire du "non", en effet, la BCE va-t-elle continuer à alimenter les établissements bancaires grecs en liquidités ? L'institution européenne a maintenu les prêts d'urgence accordés aux banques grecques, mais le 20 juillet, la Grèce devra lui rembourser 3,5 milliards d'euros. Dès dimanche soir, le ministre des Finances Yanis Varoufakis a rencontré les directeurs des établissements grecques, sans doute pour évoquer la question.

Selon le porte-parole du gouvernement, la Banque de Grèce devait envoyer dès dimanche soir une demande à la BCE, car il y a, selon lui, "des arguments solides pour faire remonter (le plafond de) l'ELA", l'aide d'urgence aux banques grecques qui sont fermées depuis une semaine et risquent de manquer rapidement de fonds. Cette question est d'autant plus vive que la Grèce sera officiellement en défaut de paiement, le 30 juillet.

Est-ce la fin de la Grèce dans la zone euro ?

Cette question est liée, entre autres, à l'attitude de la BCE. En cas de rupture, et pour tenter de recapitaliser des banques à sec, le gouvernement pourrait alors créer des liquidités avec une monnaie "parallèle", les "IOU" (I Owe You). "Si nécessaire, nous distribuerons des IOU, sous une forme électronique", a déclaré Yanis Varoufakis, cité par The Telegraph (en anglais). Nous aurions dû le faire il y a une semaine". Utiles également pour payer le salaire des fonctionnaires, ces reconnaissances de dette risqueraient de perdre rapidement de leur valeur. 

Face à l'inflation, les économies des épargnants seraient alors menacés. Sortie de facto de la zone euro, la Grèce pourrait alors revenir à la drachme, même si le ministre des Finances, Yanis Varoufakis, a écarté cette possibilité avant le vote, en rappelant que "les presses ont été détruites". Cette possibilité pourrait toutefois permettre de dévaluer sa monnaie et de relancer les exportations.

L'Union européenne ne prévoit aucun mécanisme de sortie de la zone euro. Mais un "Grexit" de facto pourrait inspirer d'autres pays confrontés à une forte dette, comme le Portugal. "Le cauchemar des 'euro-architectes' qui est qu'un pays peut quitter le club semble un scénario réaliste", a tweeté un représentant du camp des durs, le ministre des Finances slovaque Peter Kazimir. Certains interlocuteurs de la Grèce attendent Alexis Tsipras de pied ferme.

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