La controverse sur la sortie de la Grèce de l'euro en trois actes

Quelques semaines avant les législatives dans ce pays, Angela Merkel et la Commission européenne se sont affrontées sur la question. 

Alexis Tsipras, dirigeant de Syriza (gauche radicale), parti donné en tête des sondages avant les législatives du 25 janvier 2015 en Grèce.
Alexis Tsipras, dirigeant de Syriza (gauche radicale), parti donné en tête des sondages avant les législatives du 25 janvier 2015 en Grèce. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

La question d'une sortie de la Grèce de la zone euro refait surface. A trois semaines des élections législatives dans le pays, prévues le 25 janvier, la chancelière allemande, Angela Merkel, a semé le trouble au sein même de sa majorité en appuyant un tel scénario en cas de victoire de la gauche radicale. Impossible, a répondu la Commission européenne lundi 5 janvier.

Francetv info revient sur cette controverse en trois actes. 

Acte 1 : selon la presse, Merkel plaide pour une sortie de la Grèce de la zone euro

"Le gouvernement allemand juge quasiment inévitable une sortie [de la Grèce] de la zone euro, si le chef de l'opposition Alexis Tsipras [président du parti de la gauche radicale Syriza] dirige le gouvernement après les élections, abandonne la ligne de rigueur budgétaire et ne rembourse plus les dettes du pays." C'est ce qu'écrivait, samedi 3 janvier sur son site internet, l'hebdomadaire Der Spiegel (en allemand), s'appuyant sur "des sources proches du gouvernement allemand".

Pour les médias allemands, la chancelière et son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, (tous deux membres du parti conservateur CDU) tentent de faire pression sur les électeurs grecs et sur Alexis Tsipras lui-même, au moment où Syriza est donné en tête dans les sondages, comme le rapporte EuronewsLe parti de Tsipras n'entend pas quitter la zone euro, mais réclame la fin des politiques d'austérité aux conséquences sociales dramatiques. Trois millions de Grecs, soit plus d'un habitant sur quatre, n'ont plus de couverture santé.

Interrogés par l'AFP, la chancellerie et le ministère allemand des Finances n'ont souhaité ni confirmer ni démentir les informations du Spiegel. Mais l'Allemagne n'entend pas revenir sur les conditions d'austérité budgétaire imposées par la Troïka (Fonds monétaire international, Banque centrale européenne, UE) pour prêter l'argent dont a besoin la Grèce.

Acte 2 : la majorité d'Angela Merkel conteste vivement

Le propre parti d'Angela Merkel a réagi en s'opposant à l'idée d'une sortie de la Grèce de la zone euro. Un haut responsable de la CDU, Christian Bäumler, a ainsi adressé une mise en garde, dimanche : "En cas de sortie de l'euro, les dettes [de la Grèce] ne pourraient pas être remboursées, et l'Allemagne porterait une part significative du fardeau."

Les sociaux-démocrates (SPD), membres de la "grande coalition" au pouvoir à Berlin, ont également contesté la démarche attribuée à Angela Merkel. Dès samedi, le secrétaire d'Etat social-démocrate aux Affaires européennes, Michael Roth, a pris ses distances. "La Grèce est membre de la zone euro. Et doit le rester", a-t-il affirmé via son compte Twitter. 

Acte 3 : pour Bruxelles, l'appartenance de la Grèce à la zone euro est "irrévocable" 

Interrogée sur les révélations du Spiegel, la Commission européenne s'est retranchée derrière la loi : "L'appartenance à l'euro est irrévocable", a déclaré une porte-parole au cours d'un point de presse, rappelant que cette règle était inscrite dans le Traité de Lisbonne, "article 140, paragraphe 3".

Le correspondant de France 2 à Bruxelles, François Beaudonnet, a ainsi commenté cette déclaration :

Un autre porte-parole de l'UE, lui, a conclu : "Nous n'allons pas entrer dans des spéculations et des scénarios qui risquent d'être interprétés dans un contexte qui ne se pose pas."