Ferguson : comment les réseaux sociaux ont attiré l'attention du monde

La mort de Michael Brown aurait pu rester une affaire locale, cantonnée aux articles de la presse du Missouri. Mais les centaines de photos et vidéos postées sur Twitter par des habitants de la petite ville Ferguson et des journalistes ont fait passé un dramatique fait divers en fait de société.

(Manifestants à Ferguson durant la nuit de lundi à mardi © Reuters)

Je viens de voir quelqu’un mourir, oh mon dieu ”. Thee Pharoah ne le sait pas encore, mais ce rappeur de 27 ans est le premier à parler de la mort de Michael Brown, abattu par un officier de police le 9 août dernier. La scène se passe sous ses yeux, devant sa fenêtre, et le jeune la commente en direct sur son compte Twitter. Photo à l’appui (

).

C’est aussi le premier à témoigner sur le réseau social du rassemblement de protestation quelque minutes plus tard. Il sera très vite imité par plusieurs habitants de Ferguson, cette ville de 20.000 habitants dans la banlieue de Saint-Louis, Missouri.

Il a suffi de poster sur les réseaux sociaux des textes, des photos et des vidéos accompagnés de hashtags, de mots-clés, comme et  ou , pour dénoncer à la fois la violence de la police locale et attirer l’attention de tout un pays… voire d’une partie du monde.

D’après Twitter, le nom de Michael Brown a été cité plus de six millions de fois sur le réseau social les cinq premiers jours suivant sa mort. La plate-forme a d’ailleurs publié une carte évolutive montrant comment la disparition de l’adolescent est passé d’un fait divers local à un fait de société de grande ampleur en un temps record.

Conclusion pour le jeune rappeur Thee Pharoha dans un autre message posté sur le réseau social : “Twitter est la raison pour laquelle on parle de nous. Nous sommes les médias, la voix du peuple .”

Antonio French, le “citoyen-journaliste”

Antonio French fait partie de ces “citoyens-journalistes” qui ont contribué à donner une ampleur nationale à l’affaire Michael Brown. Dès le lendemain de la mort du jeune homme, ce dernier commence à poster sur Twitter des Vines, du nom d’une application sur smartphone qui permet de faire de petites vidéos de six secondes.

Sur les réseaux sociaux, Antonio French s’improvise à la fois reporter aux côtés des enovyés spéciaux des médias américains et militant, dénonçant régulièrement la brutalité policière face aux manifestants.

(Capture d'écran du profil Twitter de Antonio French ©)

Depuis, le conseiller municipal de Saint-Louis, la grande ville près de Ferguson, est devenu l’une des figures emblématiques de la contestation de Ferguson, surtout après avoir passé une nuit au poste.

Il y a dix jours, au moment de la mort de Michael Brown, 4.000 personnes étaient abonnés à ses tweets, d’après twittercounter. Désormais, chacun de ses messages est potentiellement lu par près de 109.000 personnes.

C’est moi en train de tweeter dans un nuage de gaz lacrymogène

Cette popularité sur Twitter semble d’ailleurs avoir de lui un acteur incontournable sur le terrain. Il rencontre la plupart des personnalités de passage à Ferguson, comme le révérend Jesse Jackson, et joue les intermédiaires entre le chef de la police et les plus violents des manifestants de Ferguson.

Preuve supplémentaire du poids desces images postées sur les réseaux sociaux, Barack Obama, l'un des "followers" d'Antonio French, a officiellement demandé aux policiers de ne pas faire “un usage excessif de la force ”.

Des policiers pris de court

Le 15 août, après une semaine de quasi-silence sur Ferguson, l'agent qui s'occupe bénévolement du , poste un message dans lequel il dit recevoir "des centaines de menaces de mort" mais se réjouit de savoir ce que les gens pensent en temps réel de l'action de ses collègues grace aux réseaux sociaux.

Depuis ce compte Twitter est entièrement dédié à la contestation avec des messages d'apaisement ou des demandes de dénonciation de casseurs.

Quand Twitter contribue à la libération de journalistes

Le gouverneur démocrate de l’Etat du Missouri a lui aussi choisi Twitter pour sortir de son silence sur les événements de Ferguson. Jeudi dernier, il a demandé aux forces de l’ordre de “respecter les droits des citoyens et de la presse”. L’annonce intervient quelques heures après la diffusion d’une image montrant une équipe de la chaîne Al-Jazeera visé par une grenade lacrymogène.

Le même soir, un journaliste du Washington Post et son confrère du Huffington Post sont arrêtés par des policiers dans un McDonalds de Ferguson pour ne pas avoir rangé leurs affaires assez rapidement au goût des forces de l’ordre. C’est grâce à des tweets postés par des manifestants depuis Ferguson que les rédactions des deux médias ont été mis au courant de l’interpellation et ont pu contacter les forces de l’ordre.

Erreur sur la personne

Si les événements de Ferguson montrent que Twitter peut être un moyen de communiquer efficacement et d’informer rapidement, tout ce qui est posté sur le réseau social n’est pas toujours digne de confiance.

En fin de semaine dernière, le groupe d’activistes Anonymous a publié ce qu’ils affirmaient être le nom et la photo du policier qui a tiré sur Michael Brown. C'était une erreur. Twitter a suspendu le compte des hackers mais trop tard. L’identité de l’inconnu avait déjà reprise des dizaines de fois. 

Pancarte lors d'une manifestation à Ferguson : "La révolution sera télé-vinée ", du nom de l'application qui permet de diffuser de courtes vidéos sur Twitter.