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UE = P

Il est de bon ton dans les milieux politiques et journalistes de considérer que l’équation UE=Paix est un argument désormais obsolète aux yeux des Européens et qu’il faut éviter d’en parler pendant la campagne des élections européennes. Ce qui se passe en Ukraine devrait les dessiller.
Article rédigé par Véronique Auger
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Kiss & Love

Troisième guerre mondiale. Nouvelle guerre froide. Ces mots font froid dans le dos. Ils restent encore confinés dans une enceinte très réduite, celle où gravitent les diplomates. Interdiction de les en faire sortir, pour l’instant. Comme le dit l’ambassadeur de la Pologne en France, Thomas Orlowski, les lâcher dans l’opinion signifierait leur donner du sens. On n’en est de toute façon pas là.

Pourtant, la situation en Ukraine est de plus en plus tendue et les relations entre l’Union européenne et la Russie risquent d’entrer dans une zone rouge après le 25 mai, date des élections présidentielles ukrainiennes.

La question est: l’Union européenne est-elle capable de protéger ses citoyens face à des velléités expansionnistes de Vladimir Poutine ?
Oui si les 28 sont sur la même position. Le seront-ils ?

Parmi les pays limitrophes, issus de la sphère soviétique, il y a ceux qui font partie de l’OTAN et qui se sentent protégés par les forces américaines et il y a la Finlande qui n’en fait pas partie. Ce pays prône plutôt la discussion avec les Russes, les autres sont plus fermes. La Pologne est encore un cas à part. C’est ce pays qui a été le plus allant en faveur d’un accord de voisinage UE/Ukraine. Il recueille déjà un demi-million de réfugiés ukrainiens. Une explosion de leur voisin au lendemain du 25 mai provoquerait une arrivée massive de demandeurs d’asile, situation que la Pologne aurait beaucoup de mal à gérer. « Par ailleurs, ajoute l’ambassadeur de Pologne, les Russes contrôlent déjà notre frontière avec la Biélorussie. Nous ne tenons pas à ce qu’ils contrôlent également notre frontière avec l’Ukraine ».

Les Européens de l’Ouest se sentent bien loin de ces territoires là. Ils sont pourtant désormais concernés par le simple jeu des alliances. A l’intérieur de l’Union européenne et à l’intérieur de l’OTAN. Pour l’instant les gouvernements marchent sur des œufs. Objectif : rester sur la défensive. Défendre nos valeurs sans nuire au dialogue avec les Russes. La ligne de conduite à suivre est subtile.
Exemple avec la France (j’aurai pu aussi faire la démonstration avec l’Allemagne ou la Grande Bretagne) : François Hollande maintient la vente des 3 navires Mistral à la Russie et confirme la présence de Vladimir Poutine à la cérémonie de commémoration du 70ème anniversaire du débarquement. Mais, en voyage chez Angela Merkel, il hausse le ton contre Monsieur Poutine puis va le narguer en effectuant des visites officielles dans les ex Républiques du Caucase. Aucun rapport, nous dit-on, il s’agit juste de créer des liens économiques. Nul doute, cependant, que la présence du Président de la République Française à Bakou, ville symbole de l’URSS, pourra être utilisée comme instrument de propagande contre ces « va-t-en guerre d’Européens » si besoin était.

Jean Monnet disait que l’Europe se ferait dans les crises. Après celle de l’euro, elle risque une nouvelle fois d’avoir à le démontrer. Au pire, ce pourrait être l’occasion de faire émerger l’Europe de la Défense. Au mieux, une Politique étrangère commune.

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