Quelles conséquences si Londres sortait de l'Union européenne ?

Le départ du Royaume-Uni serait synonyme de nombreux changements à l'échelle nationale et mondiale. Tour d'horizon.

Un manifestant eurosceptique arbore une dizaine de badges anti-européens, le 22 octobre 2011, lors d\'un rassemblement à Londres.
Un manifestant eurosceptique arbore une dizaine de badges anti-européens, le 22 octobre 2011, lors d'un rassemblement à Londres. (OLI SCARFF / GETTY IMAGES EUROPE)

Dans le jargon, on appelle cela le "brexit". Une contraction de "Britain", pour Grande-Bretagne, et de "exit", pour sortie. Le scénario d’un départ du Royaume-Uni de l’Union européenne fait frémir. David Cameron en a clairement brandi la menace, mercredi 23 janvier, en proposant un référendum sur la question afin de motiver l’Europe à se réformer. Le climat, de plus en plus eurosceptique outre-Manche, inquiète quant à son issue. Que changerait ce départ ? Eléments de réponse.

1Une sortie d'abord difficile à réaliser

La menace se fait de plus en plus pressante, mais le Royaume-Uni peut-il vraiment sortir de l'Union européenne ? En théorie, oui. Comme le rappelle Slate.fr, l'article 50 du traité de Lisbonne de 2009 autorise n'importe quel Etat membre à "décider conformément à ses règles constitutionnelles de se retirer de l'Union". Mais le document ne précise pas les conditions de ce départ. Les négociations seraient donc interminables, précise le site. 

Pour éviter les déconvenues, Londres pourrait chercher à négocier un statut à part, à l'image de la Norvège ou de la Suisse, note Le Monde.fr (article abonnés). Mais le Royaume-Uni, éternel poil à gratter de l'UE, risque d’essuyer un refus de ses partenaires échaudés, notamment de la France et de l'Allemagne.

2Un pari à double tranchant pour Londres

Des bénéfices quasi immédiats Sortir de l'Union européenne aurait de prime abord des conséquences bénéfiques pour le Royaume-Uni. Il arrêterait ainsi de prendre part à la politique agricole commune, qu'il déteste, et se libérerait des règles imposées par Bruxelles, notamment en matière de pêche et de temps de travail. Le Figaro cite ainsi une députée conservatrice pour laquelle la semaine de 48 heures est "responsable de la mort de patients dans les hôpitaux". Surtout, le Royaume-Uni verrait disparaître la facture salée de sa contribution annuelle au budget européen, soit huit milliards d'euros.

Une perte de noblesse pour la City Mais le Royaume-Uni essuyerait toutefois la contrepartie de ce départ. La City, surtout, paierait un lourd tribut, alors que la finance représente près de 10% du PIB britannique. Le Figaro prédit que "la plupart des banques américaines implantées à Londres" chercheraient "à s'implanter ailleurs". La plateforme financière se verrait toujours soumise aux réglementations européennes, mais sans avoir son mot à dire.

Un impact sur le commerce En outre, le Royaume-Uni devra "renégocier des douzaines d’accords commerciaux bilatéraux", et ce "en position affaiblie", explique The Economist (en anglais). Sans compter que les produits anglais devront se soumettre à des droits de douane pour être vendus en Europe. Selon les calculs du quotidien britannique, le cheddar serait soumis à 167 euros de taxes pour 100 kilos.

Le scénario d'un départ britannique inquiète en tout cas les investisseurs. Car "nous avons l'avantage d'être un pays plus business friendly que la France", explique Iain Begg, professeur à la London School of Economics, au Monde. En cas de sortie de l'UE, Londres pourrait ainsi voir disparaître nombre d'usines étrangères – et donc d’emplois. Le quotidien cite l'exemple du géant de l'automobile Toyota, qui pourrait bien déménager si le Royaume-Uni ne jouait plus son rôle de porte d’entrée en Europe pour le marché asiatique. 

3Un "coup dur" pour l'Union européenne

L'intégration remise en cause Contacté par francetv info, François Beaudonnet, correspondant de France 2 à Bruxelles, n'en fait pas mystère : la sortie du Royaume-Uni de l'UE représenterait un énorme changement et une première pour l'Europe. Celle-ci "sortirait affaiblie après ce coup très dur porté à la construction européenne"La réaction de Guido Westerwelle, ministre allemand des Affaires étrangères, sous-entend la même idée. Il estime que "face au défi de la mondialisation, nous, en tant qu'Européens, sommes tous dans le même bateau. Nous n'avons pas besoin de moins mais de plus d'intégration".

Une Europe dénaturée "L'Union européenne a besoin du Royaume-Uni", renchérit Yves Bertoncini, directeur de l'institut Jacques Delors - Notre Europe et interrogé par RMC. "Cela contribue à son dynamisme, surtout en matière de politique étrangère et de défense." Dominique Moïsi, conseiller spécial de l'Institut français des relations internationales, ne dit pas autre chose à La Croix (article abonnés) : "L'Europe a besoin de la tradition démocratique du Royaume-Uni, de son pragmatisme, de son influence mondiale, de son rôle de pont avec les Etats-Unis."

Perte d'un allié pour les Américains Washington chérit bien trop son lien symbolique et stratégique avec Londres pour le laisser s'évanouir. "Les Etats-Unis perçoivent la Grande-Bretagne comme l'endroit par lequel on peut entrer en Europe, de la façon la plus profitable", explique l’historien et sociologue britannique Theodore Zeldin, interviewé par Challenges

Lors d'un récent échange téléphonique, le président Obama a donc fait savoir à Cameron qu'il appréciait "un Royaume-Uni fort, dans une Union européenne forte". Une façon claire de le contraindre à y rester pour faire affaire avec une Europe "équilibrée". Washington "estime qu'elle ne le serait plus si le Royaume-Uni partait", analyse Dominique Moïsi. Pour lui, "le message américain est aussi de dire aux Britanniques : 'la relation privilégiée entre Washington et Londres n'existe plus'". En cas de départ, les Américains chercheraient donc un nouvel allié. Berlin s'imposerait naturellement, prédit Le Figaro.