Travailleurs détachés : "Le système lui-même est problématique"

L'économiste spécialiste de l’économie européenne, Rémi Bourgeot, estime que l'organisation actuelle du travail détaché est "problématique" et dénonce les "contournements de ce système" et "les abus".

Rémi Bourgeot, le 23 août 2017.
Rémi Bourgeot, le 23 août 2017. (FRANCEINFO)

Emmanuel Macron entame une tournée de trois jours en Autriche, Roumanie et Bulgarie, pour mettre en place sa réforme du travail détaché, au sein de l'Union européenne. Le chef d'Etat veut que les salariés étrangers soient payés selon le salaire minimum du pays d'accueil, mais qu'ils paient leurs cotisations sociales dans leur pays d'origine.

Pour l'économiste, chercheur associé à l’IRIS, spécialiste de l’économie européenne, Rémi Bourgeot, une réforme du système actuel est nécessaire car "le système lui-même est problématique."

franceinfo : Qu'est ce qui pose réellement problème dans le système actuel des travailleurs détachés ?

Rémi Bourgeot : Il y a deux types de problèmes. Le système lui-même qui est quand même très controversé et qui a été mis en place dans les années 90, quand les pays d'Europe centrale n'avaient pas rejoint l'Union européenne. Par ailleurs, il y a le contournement de ce système, tous les abus. Si on regarde les travailleurs détachés en France, on peut en doubler le nombre avec tous ceux qui ne sont pas déclarés. Le système lui-même est problématique. Emmanuel Macron veut abaisser la période autorisée pour ces missions à un an alors que la proposition de la Commission européenne est plutôt sur deux ans. Il souhaite clairement un durcissement des règles elles-mêmes et de leur application, surtout en créant une institution européenne qui serait chargée de le coordonner.

Dans quels secteurs trouve-t-on les travailleurs détachés ?

Il y a une grosse concentration dans le secteur de la construction. De tous ces pays, beaucoup de travailleurs viennent de Pologne, de Roumanie. Il y a aussi la question des routiers, mais ce serait plutôt l'objet d'un autre texte. Il y a aussi le secteur agricole.

Lors de son déplacement, Emmanuel Macron évite la Pologne. Pourquoi ?

Il semble y avoir une sorte de contournement et c'est le cas. On a deux blocs dans ces négociations avec les pays d'Europe de l'Ouest qui sont pour une réforme approfondie et de l'autre les pays d'Europe centrale, orientale, qui sont opposés à cette réforme. Certains ont une position plus flexible comme la République tchèque et la Slovaquie. Il y a une vraie impasse politique sur ce plan-là, mais, par ailleurs, il n'y a pas besoin d'une unanimité. Il s'agit de construire une assez forte majorité pour pouvoir faire une proposition qui pourra passer. Donc, oui, on est plutôt dans une logique de contournement de la Pologne et de la Hongrie.

Comment Emmanuel Macron va-t-il, à lui tout seul, pouvoir imposer de nouvelles règles ?

Il y a plusieurs décisions de la justice européenne défavorables, même à un véritable contrôle des gouvernements sur cette question-là. On a vraiment un cadre très compliqué, mais ce qui aide Emmanuel Macron c'est qu'on a un large consensus, aujourd'hui, de l'Europe occidentale. Il faut éviter d'avoir une rupture entre l'Ouest et l'Est en Europe. Très clairement l'Allemagne est favorable à une réforme, mais comme elle a des relations très tendues avec certains pays, et notamment la Pologne, elle n'est pas mécontente de voir Emmanuel Macron partir à l'assaut.