Tchernobyl : une immense cage en construction pour le monstre radioactif

Près de 30 ans après la catastrophe de Tchernobyl, la menace radioactive est toujours d’actualité. Aujourd’hui, une immense cage se dresse à 300 mètres devant le monstre nucléaire. Le premier sarcophage menace toujours de s’effondrer, une arche d’acier va donc venir le recouvrir d’ici la fin de l’année.

(L'arche en construction avec derrière le réacteur accidenté de Tchernobyl © Radio France/Anne-Laure Barral)

A près de 100 mètres de haut, sous le toit du hangar d’acier démesuré qui doit recouvrir le réacteur accidenté, tellement immense qu’il pourrait recouvrir la cathédrale Notre-Dame de Paris, des ouvriers s’affairent pour installer un pont roulant. D’en bas Nicolas Caille, le responsable du chantier pour Novarka, le consortium Bouygues Vinci,  les regarde avec inquiétude :  "Imaginez si l’un d’eux faisait tomber son marteau ". 

La présence de nombreux chiens errants sur le chantier ne lui plaît pas non plus mais l'ingénieur l’assure ce n’est pas la radioactivité qui lui donne des frayeurs : "Nous avons décontaminé le sol, recouvert d’une dalle de béton. Nous travaillons dans des conditions radiologiques normales, ici" .

Tchernobyl : une immense cage en construction pour le monstre radioactif - reportage Anne-Laure Barral
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Pas plus de 4h au pied du réacteur

Mais plus près du réacteur 4 de Tchernobyl, d’autres ouvriers construisent un mur de protection en béton. Au pied de ce mur, la radioactivité est plus forte, 9-10 microsievert par endroit. Les hommes équipés de masque ne peuvent pas rester plus de 4 heures sur place. Et il y a deux ans, un incident a provoqué l’arrêt du chantier pendant 2 jours. David Driscol, chef de la sécurité du chantier :

"Quand le toit du bâtiment turbine s’est effondré, cela a soulevé des poussières radioactives. Nous avons évacué le chantier en 17 minutes. "

(Au loin, le réacteur accidenté recouvert d'un sarcophage et le hangar en préparation © Radio France/Anne-Laure Barral)

Plus de 1.000 ouvriers par jour travaillent sur ce chantier, en majorité des Ukrainiens. Ils sont 2.500 au total à se relayer par tranche de 15 jours. Pour l’instant pas d’accident radiologique. Ils reçoivent des doses de rayonnements  légèrement inférieures aux ouvriers de nos centrales nucléaires en France. Cependant, l’un des moments cruciaux du chantier est prévu en novembre prochain. L’arche de 35.000 tonnes, construite sur rail, sera bientôt poussée au-dessus du premier sarcophage, puis une membrane en polymère reliera les deux structures. "Là nous n’aurons pas d’autre choix que d’envoyer des hommes sur place pour fixer la membrane à la structure existante ", explique Nicolas Caille.

"Ça sera une des tâches les plus difficiles au niveau radiologie, ça veut dire que les gens ne pourront pas rester plus de 3 heures. "

Une construction pour 100 ans

Cette arche ne doit pas être un deuxième sarcophage, elle doit permettre grâce à ses deux ponts roulants et des systèmes automatisés de démanteler l’ensemble. Ce chantier au coût pharaonique de plus de 2 milliards d’euros est financé par 40 gouvernements principalement du G7 et  la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD). Simon Evans  un des responsables de la BERD :

"L’Ukraine seule, surtout après la chute de l’Union soviétique, ne pouvait pas faire face à cette catastrophe. "

L’arche doit durer une centaine d’années, le temps que l’Ukraine trouve une destination finale pour les plus de 2 millions de tonnes de déchets nucléaires qui sortiront de Tchernobyl, mais avec la guerre qui touche aujourd'hui le pays, Kiev a encore d'autres préoccupations.

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