Mini-sommet des pays du sud de l'UE face au défi migratoire : "L'urgence, c'est le sauvetage en mer", selon SOS Méditerranée

Sophie Beau, vice-présidente de l’association SOS Méditerranée qui secourt les migrants, a demandé, mercredi, la mise en place d'"une politique qui mette fin à cette crise humanitaire" alors que se tient un mini-sommet européen sur la question dans la soirée.

Une opération de sauvetage des migrants par les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), en Méditerranée, le 26 décembre 2017.
Une opération de sauvetage des migrants par les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), en Méditerranée, le 26 décembre 2017. (FEDERICO SCOPPA / AFP)

"Depuis 2014, ce sont 15 000 personnes qui sont mortes en Méditerranée dont 88% entre la Libye et l’Italie", a rappelé Sophie Beau, mercredi 10 janvier sur franceinfo. La vice-présidente de l’association SOS Méditerranée qui secourt les migrants en perdition en Méditerranée a réagi en amont d'un mini-sommet européen réunissant l’Italie, la France, l’Espagne, le Portugal, Chypre ou encore Malte. Ils vont se pencher pour la quatrième fois sur la question migratoire à travers différents thèmes.

franceinfo : Qu’attendez-vous de ce nouveau rendez-vous européen sur la question des migrants ?

Sophie Beau : Il est important que les politiques se réunissent, parce que la crise migratoire est toujours là et elle se déroule principalement en mer. Depuis le début de l’année 2018, il y a déjà eu deux naufrages. Depuis 2014, ce sont 15 000 personnes qui sont mortes en méditerranée dont 88% entre la Libye et l’Italie. C’est l’axe migratoire le plus meurtrier au monde donc, forcément, on a des attentes importantes. Il faut mettre en place une politique qui mette fin à cette crise humanitaire sans précèdent. Mais, malheureusement, ce qu’on voit actuellement ce sont des accords entre les pays européens et la Libye. L’Europe finance les garde-côtes libyens pour intercepter des embarcations de migrants et les ramener dans ce qu’on peut qualifier d’enfer libyen. Et tout cela contre le droit international qui impliquerait de les déposer dans un port sûr et donc en Europe.

Faudrait-il créer des routes migratoires officielles et contrôlées ?

Tout à fait. La France a commencé dans ce sens en s’engageant à accueillir 3 000 réfugiés [en allant les chercher directement en Afrique], mais qu’est-ce que représentent 3 000 personnes comparées aux centaines de milliers de migrants qui sont actuellement bloqués en Libye ? C’est cette question qu’il faut se poser. C’est un problème de longue haleine qu’il faut régler sans oublier que, pour l’instant, l’urgence ce sont ces milliers de personnes qui se noient en mer sous nos yeux. Notre association demande d'abord la mise en place d'un véritable dispositif de sauvetage institutionnel par les Européens. Cela a existé entre 2013 et 2014 et a permis de sauver 150 000 personnes. Il faut que ce dispositif soit renouvelé.

Avec SOS Méditerranée, constatez-vous que le mouvement migratoire maritime diminue ?

Globalement, les flux migratoires en mer Méditerranée ont baissé, notamment parce qu’il y a eu moins de passage entre la Turquie et la Grèce. Malgré tout, ce sont quand même 120 000 migrants qui sont arrivés en Italie l’an dernier. Notre activité de sauvetage a augmenté en 2017. On a secouru 15 000 personnes, c’est un tiers de plus qu’en 2016. Il faut donc réagir, on ne peut pas les laisser se noyer sans rien faire.