Migrants évacués à Paris : "Ils vont reprendre leur errance", s'indigne l'association Utopia 56

Expulsés de la place de la République lundi soir, ces exilés ont été chassés de Paris, sans perspective d'hébergement pour l'instant.

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Des migrants sont chassés de la place de la République qu'ils ont brièvement occupée pour obtenir un logement, le 23 novembre 2020, à Paris. (JEROME GILLES / NURPHOTO / AFP)

Ils sont repartis encore un peu plus démunis, après avoir été chassés de la place de la République à Paris. Avec l'aide d'associations humanitaires, plusieurs centaines de migrants avaient brièvement installé des tentes, lundi 23 novembre, pour demander un hébergement d'urgence, avant que la police ne les expulse en faisant usage de gaz lacrymogène et de grenades de désencerclement. D'où venaient ces exilés ? Qu'est-ce qui les attend maintenant ? Eléments de réponse.  

"Entre 500 et 800 personnes sont restées sur le carreau après l'évacuation du camp de Saint-Denis"

"On est là pour montrer qu'on a nulle part où aller. On ne veut pas vivre comme des animaux, on est juste venus demander l'asile", témoignait lundi, place de la République, Murtaza, un Afghan de 20 ans cité par l'AFP. Le jeune homme fait partie, comme d'autres, de ces centaines d'étrangers qui errent dans et autour de la capitale, sans abri, même précaire, depuis que le camp de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) a été démantelé, mardi 17 novembre. 

Selon les associations d'aide aux migrants, les pouvoirs publics étaient censés proposer des solutions d'hébergement à tous ceux qui y vivaient, mais leur nombre a été visiblement sous-estimé. Les "équipes de maraudes de France terre d'asile présentes quotidiennement sur le terrain avaient évalué à 2 500 le nombre de migrants vivant à Saint-Denis", confie l'association à franceinfo, tout en précisant que ce chiffre était un indicateur parmi d'autres. Mais à l'arrivée, quelque "3000 personnes ont voulu être orientées vers des hébergements d'urgence, ce qui a fait des centaines de personnes sans solution. Le delta vient peut-être du fait que d’autres personnes se sont rajoutées", pour bénéficier de l’hébergement, suppose encore France terre d'asile.

Résultat, remarque l'association Médecins du monde, "le dispositif a été sous-évalué, et du coup il y a eu entre 500 et 800 personnes dispersées et chassées sans solution". "Près de 1 000 personnes sont restées sur le carreau", accuse de son côté l'association d'aide aux exilés Utopia 56, qui est à l'origine, avec Médecins du monde, de l'installation des tentes lundi au pied de la statue de la place de la République, à Paris, pour rendre visible leur situation en pleine crise sanitaire.

"C'est parce qu’il n’y avait pas de solution qu’on a monté l’opération"

"Lors de l'évacuation de Saint-Denis, les familles étaient prioritaires pour le relogement. Ce sont les femmes, les enfants, les populations vulnérables qu’on a fait monter d’abord dans les bus vers les hébergements d'urgence", explique France terre d'asile.

Du coup, même si plus de 3 000 personnes (principalement des hommes afghans, qui constituent une bonne part des demandeurs d'asile) ont bénéficié d'une mise à l'abri dans des centres d'accueil ou des gymnases en Ile-de-France, mardi 17 novembre, des centaines de migrants sont restés dehors.

"Retour au point de départ, dans une situation encore pire"

Lundi soir, l'objectif de les rendre visibles, fixé par Utopia 56, a été atteint. Mais pour quel résultat ? "Les personnes sont désormais sans tente et sans couverture et à nouveau Porte d’Aubervilliers. Retour au point de départ, dans une situation encore pire", déplore Médecins du monde. "La plupart des exilés ont été chassés de Paris après une courte nuit, après avoir vu détruites 500 tentes et 1 000 couvertures. On les a amenés entre Aubervilliers et Saint-Denis et ils vont reprendre leur errance dans le nord de Paris", fustige de son côté Utopia 56.

"On ne sait pas ce qu’ils vont devenir maintenant", avoue Médecins du monde. "L'objectif est de faire pression sur le gouvernement, alors que certains sont depuis des mois à la rue", s'indigne Utopia 56. "Le démantèlement des camps est le seul accès à l’hébergement d'urgence, estime encore l'association d'aide aux exilés. Sans changement de politique d'accueil, le cycle campement-démantèlement continuera. Nous demandons à la mairie de Paris et à la préfecture d'ouvrir des places en urgence. Ils en ont la capacité".

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