Migrants évacués à Paris : "Ils nous ont poussés et nous ont frappés, c’était une situation horrible", témoigne un réfugié afghan

L'un des demandeurs d'asiles qui a été évacué de la place de la République à Paris, lundi 23 novembre au soir, témoigne sur franceinfo. Une évacuation qui a été dénoncée par plusieurs personnalités politiques notamment.

Article rédigé par
William Gay Costa - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Des migrants dans des tentes sur la place de la République à Paris avant d'être évacués par les forces de l'ordre, le 23 novembre 2020. (CHRISTOPHE PETIT TESSON / EPA / MAXPPP)

Murtazar est Afghan. Il est arrivé en France il y a trois mois. Il a été délogé de la place de la République lundi 23 novembre où il avait installé sa tente : "Les policiers sont venus. Ils nous ont encerclés et ils ont pris nos tentes. Ils nous ont poussés et nous ont frappés. Ils ont battu tous ceux qui étaient restés dans le cercle. C’était une situation horrible."

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Une vaste opération de police a délogé lundi soir des centaines de demandeurs d’asile qui avait installé leurs tentes sur cette place de l'est de la capitale suscitant l’indignation. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin lui-même s’est ému face à des images "choquantes", des responsables de gauche comme Eric Cocquerel dénoncent des violences policières inacceptables.

Murtazar avait décidé de s’installer sur la place pour faire passer un message : "C'était de montrer aux autorités que nous existons dans ce pays, que nous vivons dans une situation intenable."

"Nous espérions que la police ne nous ferait rien devant les médias mais malheureusement, ils ne nous ont rien épargné."

Murtazar, réfugié afghan

à franceinfo

Cette évacuation est la deuxième que vit Murtazar. Mardi dernier, il a été délogé d’un camp à Saint-Denis, où il vivait depuis son arrivée en France. Avec l’intervention policière de lundi soir, Murtazar n’a désormais plus aucun abri pour passer ses nuits. "Des amis et moi, on a trouvé un endroit, explique-t-il. On y a dormi sans tente, ni couverture. C’est ça la situation pour nous en France. C’est comme ça qu’on accueille les réfugiés."

Un manque de places d'hébergement

La situation de Murtazar n’est pas isolée. Elle touche près d’un millier de demandeurs d’asile en Île-de-France selon les associations. Alix Geoffroy qui travaille pour Cèdre essaye de les aider dans leurs démarches administratives : "Aujourd’hui, on est un peu dépassé parce qu’on n’a pas d’information fiable. On ne sait pas quand est-ce que ces gens pourront être mis à l’abri. On ne sait pas très bien quoi leur dire en fait après ce qu’il s’est passé."

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Des structures existent déjà pour loger les demandeurs d’asile qui sont sans abri, rappelle la préfecture de police de Paris mais elles sont beaucoup trop insuffisantes souligne Maël de Marcellus, le coordinateur parisien de l’association Utopia 56, à l’origine du camp place de la République. "Il y a deux accueils de jour financés par les pouvoirs publics à Paris qui font des orientations vers les centres d’hébergements mais c’est quelques orientations par jour, ce n'est absolument pas suffisant", explique-t-il.

"Il faut la création immédiate de 1 000 places d’hébergement. Et tant que ce n’est pas fait, tout le reste c’est des demi-mesures."

Maël de Marcellus, Utopia 56

à franceinfo

L’association demande la réquisition des logements vides et des hôtels pour permettre à Murtazar et aux milliers d’autres de retrouver un toit.

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