Migrants en Biélorussie : "Un jour, il y aura le procès de toute cette gestion des flux migratoires", assure une chercheuse du CNRS

"Ce que pourrait faire l'Europe, c'est se répartir les personnes pour examiner si certains relèvent de l'asile ou pas", a estimé sur franceinfo jeudi Catherine Wihtol de Wenden, chercheuse au CNRS, à propos des milliers de migrants bloqués à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne. 

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Radio France
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Des militaires polonais derrière une clôture de barbelés à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, et des migrants dans la région de Grodno, le 10 novembre 2021.  (RAMIL NASIBULIN / BELTA / AFP)

"Un jour, il y aura le procès de toute cette gestion des flux migratoires", a assuré Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche émérite au CNRS, spécialiste des politiques migratoires, jeudi 11 novembre sur franceinfo. Plusieurs milliers de migrants sont massés en Biélorussie à la frontière avec la Pologne. Les Occidentaux accusent le régime d'Alexandre Loukachenko de vouloir déstabiliser l'Europe. Pour la chercheuse, ce n'est pas nouveau. L'argument des migrants comme arme diplomatique a déjà été utilisé par la Turquie ou le Maroc.

franceinfo : Que peut faire l'Europe ?

Catherine Wihtol de Wenden : Il y a urgence. Ce que pourrait faire l'Europe, c'est se répartir les personnes pour examiner si certains relèvent de l'asile ou pas. Mais on ne peut pas laisser les gens en pleine forêt. Il n'y a pas d'autres solutions. Il y a huit morts dans cette zone. Je ne vois pas bien comment, si on tergiverse, on va régler la situation. Il faut trouver une solution humanitaire pour les personnes qui ont été les victimes des passeurs du fait de la Biélorussie et qui ont été amenées jusque-là pour que la Biélorussie puisse faire pression sur l'Union européenne. Certes, il ne faut peut-être pas céder au chantage, mais que faire dans des cas comme ça ? On ne peut pas laisser les gens être pris en otage aux frontières de l'Europe.

Cette situation rappelle d’autres situations migratoires par le passé ?

L'idée de prendre les gens en otage à travers l'argument migratoire a déjà été utilisée par la Turquie. Elle avait affrété des bus à la frontière vers la Grèce, qu'elle a dû ensuite rappeler puisqu'il y a eu la crise de la Covid-19 et le confinement. Idem pour le Maroc. L'Espagne avait sur son territoire un ancien militant du Front Polisario au printemps dernier, en 2021. Le Maroc a laissé passer les personnes qui étaient du côté de Ceuta et Melilla librement vers l'Espagne pour protester contre le fait que l'Espagne accueillait quelqu'un du Front Polisario. Cette prise d'otage est nouvelle. C'est une des expressions parmi d'autres de cette prise d'otage des migrants pour gérer une forme de diplomatie, de conflit sur la scène internationale.

L'Union européenne ne peut pas laisser pourrir la situation ?

Il faut trouver une réponse complètement organisée, structurelle, et puis assurer le quotidien humanitaire pour les personnes. On ne peut pas laisser mourir les gens à la frontière sous prétexte que la Pologne veut fermer ses frontières aux nouveaux arrivants et a le mandat de renforcer les frontières extérieures de l'Europe. On est dans une périphérisation de la gestion des migrations. On a laissé la Grèce, l'Italie se débrouiller pour ne pas dire autre chose face à l'arrivée des migrants. On va payer la Grèce pour qu'elle accueille les gens, mais on n'envisage surtout pas qu'ils aillent ailleurs. Là, c'est pareil. On dit, "c'est à la Pologne de se débrouiller. Elle ne veut pas accueillir des migrants". On est dans une zone de non-droit, et en même temps d'urgence. Un jour, il y aura le procès de toute cette gestion des flux migratoires que l'on a en Europe avec le nombre de morts que l'on a aussi bien en Méditerranée, entre Calais et Douvres, à la frontière grecque et à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. On est dans une situation dramatique.

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