L'Espagne propose d'accueillir l'"Aquarius" : "Ces bras-de-fer politiques jouent sur la vie de personnes", dénonce SOS Méditerranée

Fabienne Lassalle, directrice générale adjointe de SOS Méditerranée, a réagi lundi 11 juin sur franceinfo à l'offre du gouvernement espagnol d'accueillir les 629 migrants recueillis par l'ONG, après un refus de l'Italie et de Malte. "Pour l'heure, l''Aquarius' ne bouge pas", déclare-t-elle.

L\'\"Aquarius\" dans le port de Salerne en Italie, le 26 mai 2017.
L'"Aquarius" dans le port de Salerne en Italie, le 26 mai 2017. (CARLO HERMANN / AFP)

"On ne peut que dénoncer une fois de plus cette confusion qui se fait au détriment de la vie de centaines de personnes", a réagi lundi 11 juin 2018 sur franceinfo Fabienne Lassalle, directrice générale adjointe de SOS Méditerranée. Elle confirme que l'Aquarius ne fait pas encore route pour l’Espagne, qui a offert d'accueillir les 629 migrants à bord du bateau de SOS Méditerranée. L’Italie et Malte avait refusé d’ouvrir leurs côtes au bateau immobilisé de l'ONG française plus tôt dans la journée de lundi, malgré les pressions internationales.

franceinfo : Quelle est la situation actuellement pour l’Aquarius ?

Fabienne Lassalle : L'Aquarius n'a pas bougé à l'heure où l'on se parle [18h30, lundi]. Cette déclaration politique [de Pedro Sanchez, Premier ministre espagnol] n'a pas encore de concrétisation opérationnelle. Nous devons attendre les instructions d'une autorité maritime, et d'abord de l'autorité maritime qui a coordonné les sauvetages, le MRCC de Rome [centre de coordination des secours maritimes, ou Maritime Rescue Coordination Centre]. Nous n'avons rien eu de cela. Pour l'heure, l'Aquarius ne bouge pas. Si tant est que l'on reçoive ces instructions, il faudra encore en étudier la faisabilité. L'Aquarius est en surcapacité. Il peut accueillir 500 personnes, il y a 629 personnes recueillies à bord. Est-ce qu'il est sûr de parcourir près de 700 miles nautiques pour atteindre Valence ? 

Quelle serait la solution, trouver un pays à mi-chemin ? Est-ce que vous demandez à la France de vous accueillir ?

On ne fait pas de demande directe à une autorité politique, on se tourne vers ceux qui coordonnent et qui donnent les instructions, c'est à dires les autorités maritimes. C'est sur un plan politique que cela doit se négocier, mais ce n'est pas nous qui sommes à la manœuvre. 

Est-ce que les autorités maltaises et italiennes vous ont envoyé des vivres comme elles l'ont déclaré ?

Les autorités maltaises ont dépêché un bateau qui ravitaillé l'Aquarius. Les Italiens ont fait des propositions mais rien n'est fait à cette heure sur un possible transbordement des personnes les plus vulnérables. On est toujours dans l'expectative.

Déplorez-vous le manque de réaction du gouvernement français et le refus du nouveau ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini ?

On peut tout regretter. Ce qui est important c’est de respecter le droit maritime, que ceux qui sont les plus à même et les plus proches puissent répondre le plus rapidement possible. Ce qu’il faut dénoncer avant tout, c’est que ces bras de fer politiques jouent sur la vie de personnes, au détriment de tout respect de la protection humanitaire à laquelle ont droit ces personnes. Une fois de plus, on lance un cri d’alarme, car ce n’est pas une solution non plus de devoir être déportés vers l’Espagne, ce n’est pas du tout opérationnel. Le bateau sera lui-même mobilisé pendant plusieurs jours alors que depuis ce week-end il n’y avait pas d’autre bateau humanitaire dans la zone pour pouvoir porter secours. On ne peut que dénoncer une fois de plus cet imbroglio, cette confusion sur le terrain des sauvetages, qui se fait au détriment de la vie de centaines de personnes.