Evacuation d'un camp de migrants à Paris : "Cela devait se terminer"

Près de 400 migrants africains ont été évacués mardi matin d'un campement qu'ils occupaient boulevard de la Chapelle, à Paris. Tous vont être hébergés. Notre reportage sur place.

Des migrants attendent de monter dans un autocar, après l\'évacuation de leur campement, le 2 juin 2015, à Paris.
Des migrants attendent de monter dans un autocar, après l'évacuation de leur campement, le 2 juin 2015, à Paris. (AURÉLIEN MORISSARD / CITIZENSIDE.COM / AFP)

"C'est une opération humanitaire, pas une opération de police." Pendant que des bus remplis de migrants quittent la zone, Pierre Henry, directeur général de l'association France-Terre d'Asile, répond aux journalistes : "Cela devait se terminer. On ne pouvait pas laisser perdurer une situation indigne", lâche-t-il devant les micros, mardi 2 juin, près de la station de métro La Chapelle.

Sur place, quelques heures plus tôt, commençait l'évacuation du campement, demandée par la mairie de Paris et menée par la préfecture de police, sous l'œil attentif des associations. Depuis l'été dernier, jusqu'à 400 migrants en provenance d'Afrique s'étaient entassés sur le terre-plein du boulevard de la Chapelle (18e arrondissement), sous la ligne de métro aérienne, dans des conditions d'hygiène déplorables.

L'évacuation était imminente

Cars de CRS, périmètre de sécurité, circulation coupée sur le boulevard… Le top départ de l'opération est donné à l'aube.

Cette évacuation est tout sauf une surprise pour les migrants et les associations, qui la savaient imminente depuis que le préfet de police avait pris un arrêté en ce sens. Dans le calme, les 380 personnes présentes sur les lieux ce mardi matin ont d'abord été invitées individuellement à exposer leur situation et à indiquer leur choix de demander ou non l'asile en France, avec l'aide de France-Terre d'Asile et d'Emmaüs Solidarité. Avant d'embarquer à bord d'autocars.

Brétigny-sur-Orge, Courcouronnes, Aulnay-sous-Bois… La destination s'affiche en toutes lettres sur des pancartes mises en évidence à travers le pare-brise. Les demandeurs d'asile (une centaine) sont dirigés vers des centres d'accueil spécifiques. Ceux qui ne sont pas demandeurs d'asile (parce qu'ils n'y sont pas éligibles, ou parce qu'ils préfèrent demander l'asile dans un pays du nord de l'Europe) bénéficieront d'un hébergement d'urgence. Quant aux femmes et aux enfants, largement minoritaires dans le campement, la ville de Paris se charge de les héberger.

Un hébergement pour tout le monde

Les autocars passent au compte-gouttes. A chaque fois que l'un d'entre eux quitte le périmètre de sécurité, une centaine de militants d'extrême gauche regroupés devant les CRS donnent de la voix : "Solidarité avec les migrants !"

A l'intérieur des bus, on aperçoit furtivement des migrants applaudir et sourire en signe de reconnaissance. "L'épidémie, c'est le capitalisme, ses flics, ses guerres, ses frontières", est-il écrit sur la banderole des manifestants, en écho aux risques sanitaires évoqués pour justifier l'évacuation. "Ils vont être hébergés dans des centres éparpillés aux quatre coins de la France, et au bout de deux jours, ils seront à la rue", dénoncent deux militants syndicaux présents dans la manif. Tout en soulignant le rôle, qu'ils estiment ambigu, "des associations entre guillemets humanitaires qui aident à trier les gens".

Entre deux départs d'autocars, l'adjointe au maire de Paris en charge de la lutte contre les exclusions, Dominique Versini, assure que "toutes les personnes qui le souhaitaient peuvent bénéficier d'un hébergement". L'ancienne Défenseure des enfants et secrétaire d'Etat souligne que tout s'est fait "dans un grand calme". "Ce sont les associations qui ont pris en charge les personnes. La police était là pour sécuriser le site", relate-t-elle, en expliquant que la municipalité n'aurait jamais donné son aval "à une évacuation sèche, sans mesure d'hébergement".

Dominique Versini, adjointe au maire de Paris chargée de la lutte contre les exclusions, le 2 juin 2015 à Paris.
Dominique Versini, adjointe au maire de Paris chargée de la lutte contre les exclusions, le 2 juin 2015 à Paris. (ILAN CARO / FRANCETV INFO)

Un autre campement bientôt évacué à Paris

En milieu de matinée, une conférence de presse est improvisée dans un gymnase voisin. Le préfet de police, Bernard Boucault, se félicite de la "coordination de tous les acteurs publics et associatifs", qui a permis de trouver "des solutions correspondant à la situation de chacun".

Danielle Simonnet, conseillère de Paris et secrétaire nationale du Parti de gauche, est loin de partager le satisfecit général. "Il y a dans cette histoire beaucoup d'hypocrisie, critique-t-elle. Cela fait presque un an que ces personnes sont là, et on ne reconnaît leurs droits que maintenant. En attendant, on laisse les gens vivre dans l'indignité. Même si l'évacuation s'est passée dans le calme, ce n'est pas la bonne manière de procéder."

L'histoire pourrait pourtant se répéter. Le préfet de police a confié qu'une opération similaire serait menée dans les jours à venir dans un autre camp de réfugiés africains à Paris, près de la gare d'Austerlitz.