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Margaret Thatcher, une vie en politique

PORTRAIT | Protectionniste, ultra-libérale, conservatrice..., la "Dame de fer" - c'est ainsi que la presse soviétique l'avait surnommée - a profondément marqué l'histoire du Royaume-Uni, pendant ses onze années passées au 10, Downing Street, un record de longévité pour le pays.
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C'est un regard bleu acier qui en a fait ciller plus d'un. Les mineurs, les détenus irlandais... Celui de Margaret Thatcher, première, et unique à ce jour, femme Premier ministre du Royaume-Uni entre 1979 et 1990 - un record de longévité jamais égalé.

Avant cela, Margaret Hilda Roberts naît le 13 octobre 1925 à Grantham, dans le Lincolnshire, dans le centre de l'Angleterre. Elle est la fille d'Alfred, un épicier qui finit maire de la ville. Un épicier qui est aussi prêcheur méthodiste, et qui inculque ses préceptes à ses deux filles, Muriel, née en 1921, et Margaret.

A force de travail, Margaret obtient une bourse d'études pour Oxford, au College Somerville, où elle obtient une licence en chimie - et une autre en lettres.. Elle travaille d'ailleurs comme chercheuse chimiste entre 1947 et 1951. Et commence (déjà) la politique : elle est candidate conservatrice à Dartford, forteresse travailliste du Kent. Elle échoue, en 1950 et 1951.

Elue députée en 1959

En 1951, elle se marie. Avec Dennis Thatcher. Cet homme divorcé, qui a dix ans de plus qu'elle, est l'héritier d'une entreprise de peinture, puis il dirige la compagnie pétrolière Burmah-Castrol. Elle se marie, et commence à étudier le droit. Elle devient avocate en 1953, spécialiste en droit fiscal... et met au monde deux jumeaux, Carol et Mark.

Il faut attendre 1959 pour assister à son retour victorieux en politique. Elle est élue députée conservatrice de Finchley, banlieue cossue du nord de Londres. De 1964 à 1970, alors que les Tories sont dans l'opposition, elle occupe plusieurs postes dans le "shadow cabinet".

Quand vient à nouveau le temps du pouvoir, Margaret Thatcher devient ministre de l'Education. Par souci d'économie, elle supprime, en 1972, la distribution quotidienne et gratuite de lait, pour les élèves de 8 à 11 ans. Tollé. Elle devient la "voleuse de lait", alors qu'en réalité elle obtient en contrepartie une hausse des crédits de son ministère.

La conquête du pouvoir

En 1975, elle prend le pouvoir au sein du parti Tory. Edward Heath s'essouffle, mais s'accroche. Elle le bat au premier tour, le 11 février 1975. Quatre ans plus tard, elle franchit la porte du 10, Downing Street. Elle a porté le parti conservateur au pouvoir - et celui-ci y restera 11 ans.

Margaret Thatcher remporte les élections face à des travaillistes usés, impuissants face aux grèves et aux syndicats. C'est alors le début d'une vague de libéralisme à tout-va : privatisations, baisse des impôts et des dépenses publiques, syndicats muselés. Voici la "Dame de fer" donc - c'est ainsi qu'un jour la presse soviétique l'a baptisée, son surnom est resté. Ses partisans louent sa ténacité, sa droiture ; ses adversaires dénoncent son intolérance, son sectarisme.

Fermeté à tous les étages

Le thatchérisme est aussi politique. Et se caractérise par une très grande fermeté. Face aux mineurs, qui font grève en 1984 pendant un an, elle ne cède pas. Face aux détenus irlandais, qui entament une grève de la faim pour se voir reconnaître le statut de prisonnier politique, elle ne cède pas. Bobby Sands meurt le premier ; neuf autres suivront. La grève prend fin après 172 jours.

A l'extérieur, c'est aussi la fermeté qui domine. Margaret Thatcher a "sa" guerre, celle des Malouines (Falklands). Une victoire totale, face à l'Argentine, pour le contrôle de ce petit archipel, en avril 1982. 255 morts côté britannique, 650 côté argentin.

Et puis, last but not least, il y a l'Europe. Le fameux "I want my money back", "Je veux qu'on me rende mon argent", qu'elle  annonce dès son premier sommet, à Dublin, en 1979. Ses efforts paient : en 1984, elle obtient un rabais considérable de la contribution britannique au budget de la CEE.

"Je suis pour le consensus. Le consensus sur ce que je veux faire"

Dès 1981, un sondage fait d'elle le Premier ministre britannique le plus impopulaire de tous les temps. Ce qui ne l'empêche pas d'être réélue triomphalement en 1983 et 1987.

"Je suis pour le consensus. Le consensus sur ce que je veux faire" , avait-t-elle l'habitude de dire. Faute de consensus pourtant, sur la "poll tax", un impôt local qu'elle ne parvient pas à imposer, elle se voit contrainte de démissionner. "Nous quittons Downing Street pour la dernière fois après onze années et demi merveilleuses, et nous sommes très heureux de laisser le Royaume-Uni dans un état bien, bien meilleur que lorsque nous sommes arrivés", déclare-t-elle. Elle part, donc. Mais le pays ne vit pas pour autant une alternance politique : John Major lui succède.

Quant à Margaret Thatcher, devenue baronne, elle siège à la chambre des Lords jusqu'en 2002. Elle se retire de la vie politique pour raisons de santé. 

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