Ukraine : que veulent les chefs d'Etat réunis à Minsk ?

Le président ukrainien, Petro Porochenko, son homologue russe, Vladimir Poutine, François Hollande et la chancelière allemande, Angela Merkel, se réunissent dans la capitale biélorusse. 

Des journalistes devant le palais présidentiel à Minsk (Biélorussie), où se tiennent les négociations sur la crise ukrainienne, mardi 10 février 2015. 
Des journalistes devant le palais présidentiel à Minsk (Biélorussie), où se tiennent les négociations sur la crise ukrainienne, mardi 10 février 2015.  (SERGEI GAPON / AFP)

Le destin de l'Ukraine se joue à Minsk (Biélorussie). Mercredi 11 février, la capitale biélorusse accueille un sommet à quatre entre le président ukrainien Petro Porochenko, son homologue russe, Vladimir Poutine, François Hollande et la chancelière allemande, Angela Merkel. Ils doivent tenter de se mettre d'accord afin de trouver une issue à la crise ukrainienne, marquée par de violents combats entre séparatistes pro-russes et troupes fidèles à Kiev dans l'Est du pays.

Mardi, des représentants de la Russie, de l'Ukraine, des rebelles pro-russes et de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), s'étaient réunis pour essayer de parvenir à un accord sur la fin des combats, dont le bilan s'élève à plus de 5 000 morts depuis avril dernier. Ils ont démenti dans la nuit de mardi à mercredi être parvenus à un accord sur un cessez-le-feu.

A l'occasion de cette rencontre entre chefs d'Etat, francetv info revient sur les demandes des différents acteurs.

Les exigences du couple franco-allemand

Le président François Hollande a affirmé mardi qu'il se rendrait à Minsk avec la chancelière Angela Merkel avec "la ferme volonté d'aboutir" à un accord de paix pour l'Ukraine. Le plan franco-allemand prévoirait une plus large autonomie des régions de l'est de l'Ukraine, selon un haut responsable du Département d'État américain. Il se base sur la ligne de front actuelle, et prévoit une zone démilitarisée de 50 à 70 kilomètres de large le long de cette ligne, a précisé François Hollande sur France 2.

Samedi, Angela Merkel a rappelé, de son côté que, selon elle, la crise ukrainienne "ne peut pas trouver de solution militaire", rappelle le site de la mission allemande en France. Paris et Berlin excluent résolument l'option militaire. "Je ne vois pas en quoi un meilleur équipement de l'armée ukrainienne impressionnerait le président Poutine (...) Cela conduira plutôt à plus de victimes", a déjà fait valoir Angela Merkel.

"Nous voulons organiser la sécurité de l’Europe avec la Russie, pas contre la Russie", a-t-elle poursuivi, ne manquant pas de rappeler à l'ordre Vladimir Poutine, qu'elle appelle à respecter le droit international : "Les agissements de la Russie, d’abord en Crimée, puis dans l’est de l’Ukraine, ont violé ce fondement de notre coexistence en Europe. L’intégrité territoriale de l’Ukraine a été méprisée, tout comme sa souveraineté. Le droit international est violé."

Les exigences du président ukrainien 

Le président Petro Porochenko, arrivé au pouvoir en promettant de mettre fin à la guerre et de reconquérir les zones rebelles, a résumé l'enjeu de Minsk : offrir "l'une des dernières chances d'instaurer un cessez-le-feu inconditionnel et un retrait des armes lourdes". Dans ces conditions, il milite activement pour la fin des combats.

Pour ce qui est de l'hypothétique zone démilitarisée, Petro Porochenko a martelé lundi qu'il n'existait "qu'une seule ligne [de front], celle [du précédent] accord de Minsk" conclu en septembre 2014. Ce dernier trace la ligne de front bien en-deçà des positions atteintes par les rebelles après leur dernière offensive, puisque ces derniers contrôlent depuis 500 km2 supplémentaires.

Kiev exige que le cessez-le-feu s'accompagne de la fermeture des 400 kilomètres de frontière russo-ukrainienne passés ces derniers mois sous contrôle séparatiste et veut en récupérer le contrôle, conjointement avec l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe). Or, Moscou refuse d'aborder cette question, arguant que cela ne concerne que ses alliés séparatistes. Toutefois, selon une source gouvernementale ukrainienne, Kiev serait prêt à donner son accord sur la ligne de front actuelle pour le retrait des armes lourdes à condition que les rebelles reculent derrière la ligne de front de septembre. Ce dispositif créerait de facto une zone démilitarisée plus étendue. 

Les exigences de Vladimir Poutine

Lundi, Vladimir Poutine a pour sa part affirmé que la Russie "ne comptait faire la guerre à personne". "Mais il y a, c'est certain, une tentative de freiner notre développement par différents moyens", a-t-il pointé en allusion aux sanctions occidentales qui étranglent son économie. Concrètement, les rebelles et Moscou réclament de Kiev le retrait de ses soldats et la reprise immédiate du financement des territoires séparatistes interrompu en novembre, comme préalable à une détente.

Les Russes sont favorables à un statut de fédération ou d'autonomie pour les zones sous contrôle rebelle avec l'élection des gouverneurs régionaux pour, notamment, légitimer les "présidents" des républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk, élus lors de scrutins séparatistes en novembre que ni Kiev ni les Occidentaux n'ont reconnus. Une option jugée inacceptable pour Kiev.

Les Russes auraient par ailleurs proposé aux Européens d'installer dans ces territoires une force composée de Biélorusses et de Kazakhs, mais Kiev a refusé, estimant que ces deux pays étaient de facto des alliés de la Russie, selon une source gouvernementale ukrainienne. Quant à un éventuel contingent sous l'égide de l'ONU, il nécessite le feu vert du Conseil de sécurité de l'ONU, que les Russes pourraient bloquer si leurs militaires ne font pas partie de la mission. Or, "si on accepte des Russes au sein de la force d'interposition, on légitime de facto la présence de leurs troupes sur notre territoire", résume une source ukrainienne.