Ukraine : pourquoi la situation est explosive en Crimée

Que se passe-t-il dans cette région isolée ? Pourquoi des heurts ont-ils éclaté ? Quelle est l'influence de Moscou ? Francetv info vous explique tout ce qu'il faut savoir pour comprendre la situation.

Des manifestants pro-russes devant le Parlement de la république autonome de Crimée, à Simferopol (Ukraine), le 26 février 2014.
Des manifestants pro-russes devant le Parlement de la république autonome de Crimée, à Simferopol (Ukraine), le 26 février 2014. (BULENT DORUK / ANADOLU AGENCY / AFP)

A 1 000 km de Kiev, les habitants de Crimée sont très éloignés des préoccupations des révolutionnaires de la place de l'Indépendance. Mercredi, pendant que dans la capitale les manifestants donnaient leur approbation à un gouvernement de transition, des heurts éclataient dans ce bastion pro-russe.

La situation se tend encore un peu plus, jeudi 27 février, avec l'intrusion de militants acquis à la cause de la Russie dans le Parlement et le siège du gouvernement local. De quoi inquiéter un peu plus les nouvelles autorités ukrainiennes, qui craignent une sécession de la région. Vous êtes un peu perdu ? Cet article est là pour vous tenter d'y voir un peu plus clair sur les événements dans la région.

C'est quoi la Crimée ?

Regardez sur la carte, cap sur le sud-est de l'Ukraine, à 1 000 km de Kiev, la capitale. La Crimée est une petite péninsule de la mer Noire, située à l'extrémité du pays : 27 000 km2, organisés en république autonome depuis 1992 et la chute de l'Union soviétique.

Signe particulier : il s'agit de la seule région du pays où les Russes sont majoritaires. Ils représentent 58,5% de la population, rappelle la BBC (en anglais), contre seulement 24,4% d'Ukrainiens et 12,1% de Tatars, une minorité musulmane. Côté linguistique, la domination russe est encore plus forte : 76,5% des habitants revendiquent le russe en tant que langue maternelle, d'après le recensement de 2001.

Que se passe-t-il là-bas ?

Depuis la destitution du président ukrainien Viktor Ianoukovitch, la région est le théâtre de nombreuses tensions entre partisans de la révolution et pro-Russes. Ces derniers montrent des velléités de séparatisme. Plusieurs dizaines d'hommes armés se sont emparés jeudi des sièges du Parlement et du gouvernement local, sur lesquels flotte désormais le drapeau russe.

Francetv info

Difficile d'accéder à la région, a constaté mercredi Arnaud Comte, l'envoyé spécial de France 2 : armes à la main, des pro-Russes ont installé des barrages filtrants sur la route de Sébastopol, l'autre grande ville de la péninsule avec Simferopol. Objectif : empêcher les révolutionnaires de la place de l'Indépendance d'arriver en Crimée.

Arnaud Comte / Stéphane Guillemot / Arnaud Gidon / France 2

Pourquoi les Russes y sont-ils si influents ?

Pour le comprendre, il faut tout simplement se replonger dans les livres d'histoire. Voilà plus de trois siècles que la Crimée est dans le giron russe : précisément depuis 1783, date de son intégration à l'empire. La région obtient les faveurs de l'aristocratie russe, qui apprécie son climat agréable et son accès à la mer : elle est "le terrain de jeu des tsars", raconte la BBC.

Mais alors, qu'est-ce que la Crimée fait en Ukraine ?

Tout ça, c'est à cause de Nikita Khrouchtchev. En 1954, le leader soviétique de l'époque décide de rattacher la province à la République socialiste soviétique d'Ukraine, plutôt qu'à celle de Russie. Un cadeau, explique Rue89, à l'occasion du 300e anniversaire du rattachement de l'Ukraine à la Russie. Sauf qu'à l'époque, évidemment, personne n'imagine que l'URSS s'effondrera quelques années plus tard et que l'Ukraine prendra son indépendance.

Pourquoi Moscou surveille de près les événements ?

Stratégiquement, difficile pour Moscou de se passer de cette petite péninsule. La Crimée continue d'héberger une flotte russe dans le port de Sébastopol, ce qui permet à la Russie d'avoir un point de sortie vers la mer Noire, et de là, vers la Méditerrannée. Cette base navale russe comptait tout de même près de 10 000 hommes en 2008, rapporte RFI.

En 1995 et 1997, la Russie a signé un bail avec l'Ukraine pour pouvoir continuer à y abriter sa base historique, rappelle Libération, avant que l'accord ne soit remis en cause par la "révolution orange" et le virage pro-occidental de l'Ukraine. Les Russes peuvent remercier Viktor Ianoukovitch, qui a son arrivée au pouvoir, a prolongé l'accord jusqu'en... 2042, avec en échange, une réduction sur le prix du gaz russe.