Témoignages Guerre en Ukraine : "Je ne veux pas vivre dans un territoire contrôlé par la Russie", s'inquiètent des Ukrainiens après les référendums d’annexion

Les autorités prorusses des régions ukrainiennes de Zaporijjia, Kherson, Lougansk et Donetsk ont revendiqué mardi la victoire du "oui" en faveur d'une annexion par la Russie, lors des "référendums" d'annexion organisés par Moscou et dénoncés par Kiev et ses soutiens occidentaux.

Article rédigé par
Jérémy Tuil - Omar Ouahmane
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Accueil et prise en charge de réfugiés d'Enerhodar à Zaporijia, dans le sud de l'Ukraine, en septembre 2022. (BENJAMIN THUAU / RADIO FRANCE)

Certains arrivent au compte-gouttes et ont voyagé la peur au ventre depuis la région de Kherson, au sud de l'Ukraine. Andreï, la quarantaine, craque : "C'était terrifiant ! Il y avait les services secrets russes au checkpoint. J'ai déjà été arrêté et interrogé trois fois, mais grâce à Dieu, je suis enfin sur une terre libre." 

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Comme lui, de nombreux habitants des territoires ukrainiens sous le contrôle de Moscou ont fui avant même que le verdict du référendum organisé dans quatre régions d'Ukraine par les autorités pro-russes ne tombe. Les autorités prorusses des régions ukrainiennes de Zaporijjia, Kherson, Lougansk et Donetsk ont, sans surprise,  revendiqué la victoire du "oui" en faveur d'une annexion par la Russie, lors des "référendums" d'annexion organisés par Moscou, le mardi 27 septembre 2022. La prochaine étape revient au Parlement russe, censé voter dans les jours qui viennent un traité formalisant l'intégration des quatre régions au territoire russe.

Pour tous ces déplacés ukrainiens, c’est l’histoire qui est en train de se répéter, comme en 2014 après l’annexion de la Crimée. "J’ai de la famille en Crimée, j’ai déjà vécu cela, partage Alexander, originaire de la ville d’Enerhodar. Depuis qu’elle a été annexée, on ne peut plus leur rendre visite", regrette-t-il. Et autant de questions qui se posent : cette fois, que va-t-il se passer ? Les milliers de déplacés vont-ils être autorisés à rentrer chez eux ? Tous assistent impuissants à ce nouveau coup de force du Kremlin, synonyme de partition de l'Ukraine. 

Une fuite des territoires occupés

Svetlana ne cache pas son pessimisme : "Tout va changer, rien de bon ne va en sortir. Ils vont instaurer une frontière, et, moi, je ne veux pas vivre dans un territoire contrôlé par la fédération de Russie." Oleg a voyagé avec son frère. Ils n'ont pas 30 ans mais ont réussi à franchir les barrages russes, contrairement à de nombreux jeunes de leur âge. "Quand les soldats ukrainiens nous ont vus, ils n'en revenaient pas, raconte-t-il. Ils nous ont dit : mais comment avez-vous fait ? Et on a répondu : on ne sait pas ! Nous non plus, on n'en revient pas !"   

"Je n'ose pas imaginer ce qui se serait passé si on était resté là-bas. Ils nous auraient probablement donné des passeports russes, puis enrôlés de force pour creuser des tranchées ou pour servir de chair à canon."

Oleg, déplacé ukrainien

à franceinfo

Il y a aussi ces femmes contraintes de voyager seules avec leurs enfants. C'est le cas d'Irina, dont le mari a choisi une autre option. "Les Russes ne l'ont pas laissé passer la première fois. Du coup, on est partis sans lui. Il essaie de rejoindre l'Europe en passant par Moscou, les Pays Baltes puis la Pologne. L'idée, c'est de se retrouver ici, en Ukraine. C'est dur, mais on n'avait pas le choix...", explique la mère de famille.

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"Je ne reverrais plus Berdiansk"

Nombreux ont pris fait et cause pour leur patrie, comme Ludmila, habitante de la ville occupée de Berdiansk, et ne sont plus les bienvenus dans leur ville. Elle a refusé de collaborer avec la nouvelle administration pro-russe. "Un jour, j’ai reçu un coup de téléphone le numéro était inconnu. La voix au bout du fil m’a dit que je ne reverrais plus Berdiansk, que j’avais quitté la ville et que c’était hors de question que j’y remette les pieds, que Berdiansk était russe. C’est un cauchemar, car mes parents sont restés là-bas", souffle Ludmila. Comme elle, ces déplacés s’accrochent à un espoir que l’armée ukrainienne poursuive sa reconquête des territoires occupés.

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