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Reportage À la frontière entre l'Ukraine et la Roumanie, le dévouement d'Anastasia pour aider les réfugiés : "Je me sens mieux parce que j’ai pu aider"

Il y a deux jours, Anastasia a passé la frontière dans le nord de la Roumanie avec sa fille de 8 ans. Elle est devenue interprète et aide les familles fuyant la guerre en Ukraine. Ce conflit est une véritable tragédie pour sa famille qui vivaient dans les territoires séparatistes.

Article rédigé par Mathilde Dehimi
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Des citoyens ukrainiens arrivent en Roumanie au poste frontière de Siret, à Suceava, le vendredi 25 février 2022. Photo d'illustration. (ALEX NICODIM / NURPHOTO)

Plus de 500 000 réfugiés ukrainiens ont passé les frontières polonaises, moldaves et roumaines d’après le décompte du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR). En Roumanie, la moitié ont déjà quitté le pays vers d’autres destinations à l’étranger. Certains ont choisi de rester comme Anastasia, 36 ans, qui a passé il y a deux jours, dimanche 27 février, la frontière avec sa fille de 8 ans à Siret, dans le nord de la Roumanie.

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Hébergée par un volontaire, Anastasia "la réfugiée" est devenue une bénévole interprète sur la frontière. Elle se glisse dans la foule. Au téléphone, une famille semble perdue devant la douane : la jeune femme se précipite pour les retrouver. Une étreinte vaut mieux que des mots. Anastasia guide Ioula et les enfants vers une tente, au chaud, où elles rempliront les formalités avant de monter dans un bus.

À la frontière entre l'Ukraine et la Roumanie, le dévouement d'Anastasia pour aider les réfugiés. Le reportage de Mathilde Dehim

"C’est une énorme tragédie pour ma famille"

Rien ne la distingue des autres bénévoles sauf quand son téléphone sonne. Elle tremble, sa gorge se serre puis elle sourit. Cette fois, c’est sa cousine qui lui annonce qu’ils sont proches de la frontière mais il y a deux jours, elle appelait pour lui annoncer la mort de son oncle. "Il n’était pas dans l’armée, c’est un retraité, raconte Anastasia. Il se cachait dans le sous-sol avec sa famille, dans un petit village près de Donetsk mais c’est en territoire ukrainien. Les Russes envoyaient des roquettes sur les maisons, alors il a décidé de sortir pour leur dire d’arrêter de tirer. Ils l’ont abattu."

Donetsk, ville russophone et séparatiste de l’est, est le berceau de la famille d’Anastasia : "C’est une énorme tragédie pour ma famille… En 2014, quand les Russes nous ont envahi, on est parti pour un endroit plus sûr, on s’est installé dans différents coins d’Ukraine, ma sœur à Kiev, ma mère près de la frontière polonaise et mes amis vivent à Kharkiv et Kiev, je suis encore sous le choc." Son père qui travaille à Moscou est bloqué et doit se cacher, son mari s’est engagé dans l’armée.

"Mon père m’a promis qu’il ferait de son mieux pour nous protéger, protéger nos terres, de tout faire pour qu’on puisse rentrer chez nous au plus vite."

Anastasia

à franceinfo

Une autre famille appelle, Anastasia se sent enfin utile. "Après cette journée chargée, je me sens mieux parce que j’ai pu aider. J’espère être assez fatiguée pour pouvoir enfin dormir", confie l'Ukrainienne. Mais avant, elle publie une nouvelle vidéo sur Instagram avec de nouveaux conseils pour passer la frontière.

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