L'Oeil du 20H : comment la communication officielle russe justifie la guerre en Ukraine

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L'Oeil du 20H - Decryptage de la communication de guerre de Moscou
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France Télévisions

Plus l’opération russe dure en Ukraine, plus le discours officiel de Moscou s’adapte pour justifier son intervention. L’Oeil du 20h vous décrypte les dessous de la communication de guerre du Kremlin.

Dès le début de l’offensive, Vladimir Poutine - qui doit compter sur le soutien de son peuple - a proscrit le mot “guerre”. Il lui préfère “Opération militaire spéciale”, sans doute moins anxiogène.

Dans son discours prononcé le 24 février dernier, il explique que cette intervention est sensée dit-il "protéger les populations du Donbass" victimes, selon-lui d’un “génocide” par le régime de Kiev qu’il entend “dé-zanifier”.

Susciter le consentement des russes

Combattre le "nazisme" et les nationalistes ukrainiens : ce discours est souvent repris dans les médias russes. Y compris dans des programmes spécialement conçus pour les enfants. Dans une séquence produite par le ministère de l'éducation russe, un présentateur explique sur un plateau de télévision à une petite fille que le pouvoir ukrainien serait responsable de la mort d’enfants de son âge, dans le Donbass.

“Pendant 8 ans, les enfants de ces territoires ont vécu dans des abris anti-bombes ou ont péri. À Donetsk, il y a une “allée des anges”, qui est dédiée à ces enfants morts”, lui lance t-il, comme pour justifier que les miltaires russes ne font que défendre les droits de ces populations russophones dans le Donbass. Cette vidéo a été regardée par plus de 5 millions d'écoliers, selon la presse russe.

Laisser penser que la Russie serait la victime et l’Ukraine l’agresseur : une stratégie bien rodée, selon David Colon, enseignant et chercheur à Sciences Po Paris.

Vladimir Poutine en appelle aux représentations des russes. Il cherche à fabriquer le consentement en évoquant un thème bien connu dans la propagande soviétique, qui renvoie aux grandes heures de la Seconde Guerre Mondiale, lorsque la Russie était en guerre ontre l'Allemagne nazie.

David Colon, enseignant et chercheur à Sciences Po Paris

Une communication de guerre qui servirait aussi à semer le doute auprès des Occidentaux. Le ministère de la défense russe s’y attèle avec des conférences de presse régulières mais aussi par le biais de la messagerie cryptée Telegram, où elle diffuse sa version des événements.

Des "vérités alternatives" pour semer le doute dans l'esprit des occidentaux

L’offensive en Ukraine ? Une réponse - selon Moscou - à une menace d’invasion de la région pro- russe du Donbass, comme l'attesterait ce document militaire ukrainien, partagé sur les fils Twitter et Télégram du Ministère de la défense russe et même de l'ambassade de Russie en France.

Ordre de commandement ukrai... by L DVH

Ce document nous l’avons fait traduire auprès d'une interprète. Il ne s’agit pas d’un projet d’attaque, mais d’un calendrier de redéploiement des bataillons ukrainiens et du matériel militaire dans la région. Rien n'indique que ces quelques pages, présentées comme authentiques par les russes, ne soit une preuve que l'Ukraine préparait une offensive.

Le bombardement de la maternité de Marioupol serait lui "une mise en scène" selon ce communiqué de l’ambassade de Russie en France.

Communiqué Ambassade de Russie - Marioupol by L DVH on Scribd

Autre accusation non étayée, mais relayée sur la téléviion d’état : l’Ukraine posséderait notamment des armes chimiques. Une façon pour le Kremlin de justifier une possible escalade de sa réponse militaire selon Maxime Audinet, spécialiste de la Russie et chercheur à l’IRSEM.

Le fait que les Etats-Unis réagissent aux accusations des russes, concernant les armes chimiques et biologiques ukrainiennes - qui seraient financées par Washington - c'est effectivement la preuve que cette stratégie de communication de Moscou fonctionne [...] Ce qui est plus surprenant, c'est la manière dont les ambassades russes sortent de la diplomatie pour basculer dans l'offensive sur les réseaux sociaux.

Maxime Audinet, spécialiste de la Russie et chercheur à l'IRSEM

Contactée, l'ambassade de Russie à Paris n’a, à ce jour, pas répondu à nos sollicitations.

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