Guerre en Ukraine : "Nous sommes très méfiants et dubitatifs sur ces promesses de convoi humanitaire", déclare Amnesty International France

Selon Jean-Claude Samouiller, vice-président de l'ONG, les civils ne peuvent pas être évacués notamment parce que les bombardements se poursuivent et que les communications téléphone et internet sont coupées.

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Radio France
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Marioupol (Ukraine), le 12 avril 2022. (ALEXANDER NEMENOV / AFP)

Une nouvelle tentative d'évacuation de civils à Marioupol, dans le Sud-Est de l'Ukraine, samedi 23 avril, a été perturbée par les forces russes qui ont bombardé la ville. Depuis des semaines, la cité portuaire est constamment visée par l'armée de Vladimir Poutine."Nous sommes très méfiants et dubitatifs sur ces promesses de convoi, de corridor humanitaire, qui n'ont en réalité jamais été vraiment mis en place", déplore sur franceinfo Jean-Claude Samouiller, vice-président d'Amnesty International France. 

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franceinfo : Est-ce que vous croyez encore à ces évacuations ?

Jean-Claude Samouiller : Il faudrait qu'il y ait des cessez-le-feu, des trajets définis, l'heure de départ, l'heure d'arrivée. Il faudrait que l'information des populations soit faite parce qu'aujourd'hui à Marioupol, depuis le 3 mars, les civils vivent dans des caves ou des sous-sols, sans électricité, ni eau, ni chauffage.

Il n'y a plus de réseau téléphonique ni internet. Donc comment informer la population de la mise en place de ces corridors humanitaires ?

Jean-Claude Samouiller

à franceinfo

Et dernière chose, comment les personnes les plus vulnérables, c'est-à-dire les personnes âgées ou handicapées, peuvent-elles rejoindre ces convois humanitaires ? Tous ces éléments nous laissent à penser que cette promesse ne sera pas tenue. Nous avons des témoignages de déplacements forcés de populations vers la Russie, nous ne les avons pas encore authentifiés, mais si c'était le cas, on serait un fois de plus face à un crime de guerre puisque le déplacement forcé de populations est formellement interdit par le droit international humanitaire.

À Marioupol, vous le disiez, les habitants vivent dans des conditions sanitaires déplorables. Quelles sont les informations que vos équipes font remonter ?

Il y a déjà des gens qui sont morts, et il y a des gens qui vont mourir. C'est une guerre de siège, moyenâgeuse, qui vise principalement les civils. Or il y a des règles, même en cas de conflit il y a des lois : c'est ce qu'on appelle le droit de la guerre. En aucune façon on ne peut prendre les populations civiles en otage, en aucune façon on ne peut les bombarder ou les affamer.

Les personnes survivent dans des caves sans eau, sans nourriture, sans médicament pour les personnes malades, handicapées ou âgées. Elles n'ont plus accès à la santé, il reste très peu de nourriture.

Jean-Claude Samouiller

à franceinfo

Elles vivent dans des conditions effroyables et on parle encore de 100 000 civils présents à Marioupol. Nos équipes, celles d'autres ONG et des journalistes sont en train de collecter toutes ces informations et de les authentifier, mais vraisemblablement on est face à des crimes de guerre, à une violation massive du droit international humanitaire, où les populations civiles sont en souffrance, sont bombardées de façon délibérée, sont affamées, sont encerclées. C'est une violation massive du droit de la guerre.

Comment voyez-vous la suite des événements pour ces civils ? Dans quelle mesure les ONG peuvent-elles intervenir sur place, et dans quelles conditions ?

Quand on parle de couloir humanitaire, c'est dans les deux sens. Dans un sens, évacuer le maximum de civils des zones de combat, et dans l'autre sens, permettre l'intervention d'ONG qui pourraient apporter des médicaments, de l'eau, de la nourriture et des soins aux personnes qui restent sur place. Donc dans les deux sens, la situation est bloquée : les bombardements continuent, les ONG ne peuvent pas pénétrer dans les zones de conflit. Ça, c'est la première partie, mais il y a une deuxième partie de travail pour plusieurs ONG comme Amnesty. C'est de collecter les preuves pour les authentifier et les remettre, un jour, à la justice internationale, pour que les auteurs de ces exactions et de ces crimes soient jugés. Et non seulement les auteurs eux-mêmes, mais toute la chaîne de commandement puisque bombarder des civils, violer des civils, tuer des civils, ce sont des crimes de guerre dont la responsabilité incombe aux auteurs propres, mais aussi à toute la chaîne de commandement.

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