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Guerre en Ukraine : grâce à la "dépendance" de l'Europe au nucléaire russe, Rosatom échappe toujours aux sanctions de Bruxelles

Le président ukrainien demande aux 27 d'étendre les sanctions au géant du nucléaire russe. Mais la Finlande, la Hongrie ou encore la Bulgarie s'y opposent car leur production d'électricité dépend en grande partie de Moscou.
Article rédigé par Louise Bodet
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 1 min
Vladimir Poutine, le président russe et Alexey Likhachev, le directeur général de Rosatom, à Moscou, le 19 mai 2022. (MIKHAIL KLIMENTYEV / SPUTNIK)

Au lendemain de la tournée européenne de Volodymyr Zelensky, la Commission européenne entend sanctionner davantage les intérêts russes. Elle va proposer un dixième train de sanction d'ici le 24 février, un an après le début de l'invasion russe en Ukraine. Le président ukrainien, de son côté, exhorte les Européens à étendre ces sanctions à de nouveaux secteurs : matériel informatique, banques, et énergie. Le nucléaire a jusqu'ici totalement échappé aux mesures de rétorsion européennes. Pas étonnant, puisque le géant russe du secteur, Rosatom, fait tourner les centrales de nombreux pays d'Europe de l'Est.

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Près d'un réacteur sur deux actuellement en construction dans le monde est de conception russe et 46% de l'uranium enrichi utilisé dans le nucléaire civil est fourni par Rosatom. Des chiffres qui résument à eux seuls la domination spectaculaire d'un atome russe hyper compétitif. Pas même la France, pourtant mastodonte du secteur, n'y échappe. La seule usine au monde capable de retraiter l'uranium utilisé dans son parc nucléaire se trouve en Sibérie.

Viktor Orban signe un nouveau contrat avec Rosatom

Le leadership de la Russie est conçu comme un levier géopolitique, explique Phuc-Vinh Nguyen, chercheur en politique énergétique à l'institut Jacques Delors : "Vladimir Poutine a toujours eu cette stratégie d'exporter cette technologie à l'international, ça se fait notamment en Afrique où le président russe accepte de prendre en charge une partie du financement de ces usines qui sont extrêmement coûteuses. Le commerce sert une visée beaucoup plus large, une visée géopolitique en faisant en sorte qu'il y ait une forme de dépendance."

La Bulgarie, la Hongrie ou encore la Finlande sont dépendantes du nucléaire russe. Dans ces pays, les réacteurs de conception russe fournissent jusqu'à la moitié de l'électricité. Viktor Orban vient d'ailleurs de signer avec Rosatom la construction de deux nouveaux réacteurs. Difficile, dans ces conditions, d'obtenir l'unanimité des 27, requise pour adopter des sanctions. À moins d'entrer dans une interminable négociation d'exemptions. Sur le nucléaire, comme sur le gaz, la guerre en Ukraine agit comme un puissant révélateur des dépendances européennes. 

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