Guerre en Ukraine : dans la rue, par courriel ou avec de l'argent, Moscou muscle sa campagne de recrutement dans l'armée

S'il n'est pas question d'une nouvelle mobilisation en Russie, l'armée russe a quand même besoin de renforts.
Article rédigé par France Info
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Des soldats russes marchent sur la Place Rouge, à Moscou, en février 2023. (ALEXANDER NEMENOV / AFP)

La Gare de Leningrad, à Moscou, commence à se remplir : il est 17 heures, et sur le parvis un jeune homme distribue des prospectus. Un peu plus loin, sa collègue tient un petit stand aux couleurs de l'armée russe. Tous les deux expliquent qu'ils ont été embauchés il y a une semaine pour faire la promotion des contrats dans l'armée. Pourtant, le Kremlin repousse toujours l'hypothèse d'une nouvelle mobilisation depuis celle de septembre, qui a permis de recruter plus de 300 000 hommes partis sur le front en Ukraine. Il n'est pas question d'une seconde vague a encore redit, début avril, le porte-parole de Vladimir Poutine.

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Pourtant, ce document qu'ils distribuent en énumère les avantages : inscription gratuite à la crèche pour les enfants, aide à domicile pour les parents âgés, médecine gratuite et surtout le salaire. Une rente d'environ 250 000 roubles par mois pour ceux qui partent en Ukraine, l'équivalent de 3 000 euros, soit six fois le salaire moyen en Russie. Mais cela ne convainc pas Andrei, qui examine le prospectus. "Vous pensez que donner sa vie pour 250 000 roubles est acceptable ? Eh bien non, pas du tout. Si certains veulent aller chercher de l'argent là-bas, au moins, ils devraient nous prendre en charge de manière décente. 250 000 roubles, ce n'est plus rien", tranche-t-il.

Depuis quelques jours, des stands comme celui-ci fleurissent partout en Russie. Les autorités locales expliquent qu'elles ont des objectifs à remplir : Moscou doit ainsi trouver 27 000 volontaires. À Nijni Novgorod, le document distribué promet même des primes pour chaque kilomètre gagné sur le front. Il prévoit également des indemnités, jusqu'à trois millions de roubles (35 000 euros) en cas de blessure. Mais rien n'est indiqué en cas de décès. 

Un e-mail pour les réservistes

Cette campagne s'inscrit également dans l'adoption, mercredi 12 avril, d'une loi par la Douma qui prévoit que dorénavant les futurs mobilisés de l'armée pourront l'être par voie électronique. Une mesure qui va avoir pour conséquence qu'il sera plus difficile d'échapper à l'armée. Cette mesure vise aussi ceux qui ont déjà fui à l'étranger pour échapper à la première vague de mobilisation en septembre dernier, en jouant au chat et à la souris avec les commissariats militaires. Pour être valables, les ordres de mobilisation devaient être remis en main propre. Beaucoup n'ont donc pas répondu aux agents qui frappaient à leur porte, ou pris des vacances à la campagne, ou même carrément quitté le pays, puisque rien ne les en empêchait.

Il semble même que le pouvoir s'accommodait du départ à l'étranger des plus réfractaires, soupçonnés d'être des opposants politiques. Mais depuis des mois, la frange la plus radicale du régime réclame des sanctions contre ces fuyards dont certains travaillent toujours à distance pour leur entreprise russe ou continuent de toucher depuis l'étranger certains revenus comme des loyers. Dorénavant, la convocation sera envoyée sur le compte service public que possèdent la plupart des Russes, et considérées comme reçue dès son envoi. Ceux qui ne se présenteront pas au commissariat militaire ne pourront plus louer ou vendre leur logement ou leur voiture et ceux qui sont encore en Russie seront interdits de sortie de territoire. De quoi relancer la grande crainte d'une nouvelle mobilisation, que le Kremlin dément pour l'instant.

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