ENTRETIEN. Ukraine : le gouvernement "se prépare à une action militaire de plus haute intensité encore, d'où la nécessité d'évacuer les civils" de la région de Donetsk

Pour Cyrille Bret, spécialiste en géopolitique et enseignant à Sciences Po Paris, il faut voir dans l'évacuation des civils dans le Donbass la volonté de Kiev d'intensifier son action militaire pour reprendre le contrôle de la région.

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Des habitations détruites par des tirs de missiles à Kramatorsk, dans le Donbass ukrainien, le 29 juillet 2022. (ABDULLAH UNVER / ANADOLU AGENCY)

"C'est un peu comme si le gouvernement ukrainien prenait acte du fait que le Donbass allait devenir un gigantesque champ de bataille", estime le géopoliticien, chercheur à l'Institut Jacques Delors et enseignant à Sciences Po Cyrille Bret ce dimanche sur franceinfo. Samedi 31 juillet, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a ordonné l'évacuation de toutes les populations civiles de la région de Donetsk, où les frappes russes s'intensifient de jour en jour.

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franceinfo : C'est la première fois qu'un tel appel est lancé par le président Zelensky ?

Cyrille Bret : En tout cas, cet appel intervient à un moment critique, pour la région de Donetsk en particulier et le Donbass dans son ensemble. Cela laisse présager une anticipation par le gouvernement ukrainien d'une résurgence des bombardements et des batailles pour les villes. Le premier objectif de cette déclaration, c'est de minimiser les pertes civiles côté ukrainien, et le deuxième, c'est de signaler au beau milieu de l'été et de ce qui peut être parfois une torpeur des opinions publiques, que les populations civiles ukrainiennes continuent à souffrir directement en Ukraine et en particulier dans le bassin du Don.

Il s'agit d'une évacuation obligatoire, c'est ce que précise le président Zelensky. Est-ce que cela veut dire que l'Ukraine abandonne cette région du Donbass ?

Dans un contexte post-soviétique et ukrainien, c'est plutôt la volonté d'épargner les populations civiles. Elles ont été durement frappées et on doute de la détermination des forces armées russes à les respecter. Cela signifie également que le gouvernement ukrainien considère désormais ce bassin du Donbass, avec 6 millions d'habitants avant le début de la guerre, des ressources gigantesques, notamment en matière minière, comme le principal enjeu de cette bataille qui va, je crois, durer plusieurs mois.

"L'Ukraine se prépare à une militarisation de son action dans le Donbass. C'est un peu comme si le gouvernement ukrainien prenait acte du fait que ce bassin du Don allait devenir un gigantesque champ de bataille."

Cyrille Bret

à franceinfo

Avant le début de la guerre, c'était la région la plus peuplée d'Ukraine après Kiev, et il reste évidemment des populations civiles à protéger. L'Ukraine ne renonce pas à ce territoire. Elle se prépare au contraire à avoir une action militaire de plus haute intensité encore. D'où la nécessité d'évacuer les civils.

Au moment où le président ukrainien lance cet appel, l'état-major de la flotte russe de la mer Noire, en Crimée, était attaqué par drones. Que faut-il en comprendre ?

Il faut voir la portée symbolique de cette attaque dans le temps. C'est le jour de la Flotte en Russie, avec des commémorations dont nous n'avons pas forcément idée. Mais c'est un peu comme un 14-Juillet de la Flotte qui donne lieu à des grands et grands défilés navals, notamment dans les grandes capitales navales de la Russie comme Saint-Pétersbourg.

Et c'est aussi une attaque symbolique dans l'espace : il s'agit de frapper la Russie par-delà les lignes, dans la région de la Crimée, cette péninsule du sud du territoire ukrainien qui a été annexée par la Russie depuis maintenant plusieurs années. Pour les autorités ukrainiennes, c'est une façon de montrer qu'elles n'ont pas renoncé à reconquérir la Crimée. Depuis plusieurs mois, des voix s'élèvent pour que l'Ukraine négocie la paix contre des abandons de territoires.

"Le message des autorités ukrainiennes est extrêmement clair : elle ne renonce pas à la Crimée puisqu'elle porte le feu symbolique jusque dans l'état-major de la Flotte de la mer Noire."

Cyrille Bret

à franceinfo

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